1917 de Sam Mendes

Sam Mendes est un réalisateur surprenant. Après le poétique et sulfureux American Beauty (1999), il tourne sa caméra tantôt vers du drame familial avec Les noces rebelles (2009), tantôt vers des blockbusters avec les deux James Bond Skyfall (2012) et Spectre (2015). En 2020, il revient avec un film de guerre, à la trame historique inédite : deux hommes sont chargés d’empêcher un assaut, sans quoi 1 600 hommes perdront la vie. Une course haletante aux premières loges des terres ennemies.

Blake (Dean-Charles Chapman) et Schofield (George MacKay)

Un homme pour tous les arrêter

Hope is a dangerous thing”. Cette phrase, prononcée par un général, marque la fin du parcours du héros et nous renvoie là où tout à commencer. Car le défis est de taille : Schofield (George MacKay) et Blake (Dean-Charles Chapman) sont réquisitionnés pour livrer un important message : celui de stopper un assaut, jugé suicidaire. Et sans espoir, difficile d’arriver à ses fins. Schofield mène alors une lutte inflexible contre le temps, son principal ennemi. Sam Mendes accentue cette dynamique par de très longs plans séquences. Certains temps morts sont cependant appréciables, comme pour redonner du souffle au spectateur : la découverte de certains lieux, les rencontres avec d’autres soldats, la descente dans un lac au bleu froid, où les pétales volantes des arbres en fleurs tracent un chemin blanc au personnage. Le réalisateur semble alors privilégier la beauté au discours : ne souhaitant rendre simplement un énième film de guerre à haute tension, il accouche d’un film à la photographie soignée, sublimée par des plans travaillés

1917, l’esthétique avant le récit

Le travail de silhouettes et de symétrie des plans est en effet récurrent dans 1917. Ce qui est une prouesse en plan séquence, où les cadres et les actions s’enchaînent au millimètre près. Une grande importance est donnée à la lumière, puissante et diffuse. En perpétuel jeu de champs contre champs avec elle, le cinéaste l’utilise pour parfaire certains plans. Par exemple, lors de la scène du convoi, qui pourrait être anodine, Schofield se place exactement au milieu de tous les personnages. Ils l’encerclent, le regardent. Seule la silhouette de son visage apparaît, contrastant avec la lumière du dehors. On retrouve cette idée d’ombre chinoise dans la scène de nuit, où les flammes d’un jaune vif explosent autour de lui. Sam Mendes capte alors deux émotions chez son spectateur : l’idée de confinement, d’apaisement, avec des teintes jaunes-orangées communes aux feux de cheminées, et une crainte haletante de le voir nez à nez avec l’ennemi. Car 1917, c’est aussi un rythme : à toute pause esthétique arrive un détail glaçant, rappelant l’horreur de la guerre.

1917, un film de guerre à l’esthétique soignée

1917 : un scénario de bon ton ?

Le scénario est simple, et nous l’avons déjà balayé. Ce qui rend le film à la fois très ciblé et très vague. 1917 semble être une parenthèse de l’histoire. Un moment qui aurait à la fois compté mais qui n’aurait pas laissé de trace visible dans les bouquins. En sera-t-il de même chez son spectateur ? Cela s’accentue avec l’effet de “boucle bouclée”, où nous retrouvons le même plan au début et à la fin du film. Serait-ce là l’idée que tout n’était qu’un rêve ? 24 heures avant, rien encore n’existait. Ni la mission, ni la course, ni la perte. On pense alors à Alice au pays des merveilles, qui s’endormit près d’un arbre. Songes noirs ou réalité ? On pense aussi au texte d’Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du Val » . Si l’issue peut donc être discutée, la course en vaut toutefois la peine. À voir.

© Pour le dire

Ce contenu a été publié dans Film. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.