Aux gens de passage

Pour chaque rencontre, un mot s’échange.
Devient une phrase, au mieux
Et là tout change.
On se sent drôle, puis détaché
Une nouvelle terre d’écoute,
Un inconnu, un abandon,
Bâtissent pour dix minutes
Une intime cloison.
On peut tout dire car, face à l’autre,
On est encore un étranger.
Sans avis corrompus par une longue amitié.
Sans impliquer la famille, où l’interdit se voit régner.
Alors, pourquoi eux, lui ou elle ?
Pourquoi sortir nos pires secrets
À cette rencontre accidentelle ?

Confier une peur. Confier un doute.
Se dire qu’au moins, ce sera sans jugement.
De l’inconnu à la complaisance.
Du presque convenu à ce qu’on nomme d’étrange
Les paroles glissent et jamais ne dérapent
C’est intangible, et si fragile,
Ces gens qui presque nous rattrapent
Puis partent, sans laisser mot,
Sourient, au mieux. Et peut-être à bientôt.

© Pour le dire