Captain Fantastic de Matt Ross

Captain Fantastic raconte le projet de toute une vie d’un père de famille, décidé à quitter la société et ses abondances pour vivre au cœur de la nature. Débuté avec sa femme avant son hospitalisation, ce mode de vie prend peu à peu forme par la contribution active et la confiance aveugle de ses 6 enfants. Tous se déploient pour créer une société parfaite, autour de la libre parole et d’un apprentissage religieux des écrits de philosophes, sociologues, physiciens et chefs d’États de notre civilisation. C’est en cultivant leur bien-être moral et physique que Bo, Vespyr, Zaja, Kielyr, Rellian et Nai vont développer une sensibilité envers le monde qui les entoure dans tout ce qu’il a de plus brut et sauvage. Le réalisateur Matt Ross réussit à créer un univers sans fausses notes, dans lequel les décors, les tenues, les paroles forment un équilibre sur lequel le film danse sans jamais basculer.
La société est traversée de manière objective, et donc cruelle. Captain Fantastic ose aborder l’ostracisme sans tomber dans la morale anti-capitaliste ou dans le jugement facile. Personne n’est tout noir ou tout blanc, chacun vit à sa manière, selon les règles qu’il a décidé de suivre. Pour la plupart, c’est aller à l’école, avoir un travail, consommer puisqu’il le faut. Et pour Ben, c’est vivre du minimum pour créer l’auto suffisance. À travers son rôle de héro, nous apercevons aussi ses failles. Son modèle de vie assure-t-il vraiment un avenir sain à ses enfants ? Ne fait-il pas d’eux des êtres inadaptés, alors que la logique tendrait vers le contraire ?

La caméra va tourner autour des enfants, formant un halo de lumière autour de ces têtes bien pensantes et charmantes. Le nom de Captain Fantastic renverrait presque au regard posé sur un père aux larges épaules, qui donne autant d’amour que de savoirs à sa famille. Nous découvrons leur quotidien, leurs façons d’appréhender plusieurs cultures et langues à la fois en ne vivant pourtant qu’à travers un champs restreint de personnes. Le déclic qui changera peut-être leur vision ? Un road-trip improvisé dans Nord-Ouest des Etats-Unis, à l’aide d’un car réaménagé en colonie de vacances roulante. Même dans le malheur, tout inspire à la nouveauté, au renouveau. La mort n’est même plus une souffrance accablante mais un voyage à traverser.

 Le voyage est une invitation proposée au spectateur dès les premières images de Captain Fantastic. On pense aux road-movies et aux sensations d’air pleins nos poumons, on pense à l’authenticité de la photographie de Théo Gosselin, qui capture des paysages américains et des moments de vies authentiques. Contrairement à Christopher dans Into the Wild, ces enfants vont prendre le chemin inverse et découvrir, depuis leur monde façonné autour de la nature, des villes et des habitants contrastés. Et s’émerveiller du meilleur comme se désillusionner du pire. Ben, interprété par Viggo Mortensen, garde un œil bienveillant et fier sur ce qu’il a fondé. Tout n’est pas au mieux mais il l’a fait du mieux qu’il le pouvait, et c’est cette volonté qui transperce l’écran. Jusqu’à vouloir faire vivre encore, et encore, cette débrouillardise et cette innocence qui les anime, malgré les opposants.

© Pour le dire

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