El Reino, thriller politique haletant de Rodrigo Sorogoyen

Manuel López-Vidal est membre d’un parti politique espagnol de renom. Bientôt en mutation de poste, pour passer à la direction nationale du parti, il s’enlise dans des affaires peu reluisantes pour atteindre certains objectifs. S’amorce alors une course contre la montre haletante et dérangeante pour tenter de sauver sa peau.

Un thriller politique novateur

Rodrigo Sorogoyen fait de ce film un genre hybride du polar politique. Il exclue presque la cause de ce revirement de situation pour cet homme qui semblait aimé et respecté de tous. Quel est le mot, le moment où tout a vrillé et où les doigts se sont pointés vers lui, en unique coupable ? On ne le sait pas, en tout cas, pas au premier visionnage. Peut-être est-ce alors une expérience cinématographique qui préfère l’action et la tension aux explications. Ce qui peut être totalement immersif mais également frustrant.
Le cinéaste rend donc au genre du thriller de nobles apparats. Par de nombreux plans séquences et gros plans, il permet au spectateur de s’isoler avec notre anti-héros que l’on suit dans sa chute. Il déjoue également plusieurs facilités : le coupable ne s’en sort pas si facilement. Plusieurs mailles du filet le rattrape, lorsqu’il pensait – et nous avec – berner l’ordre, la justice et ceux qui le condamne. Le réalisateur ne créé pas nécessairement une empathie pour son personnage, Manuel. Ainsi, nous sommes libérés du schéma classique de vouloir le sauver au profit d’une véritable expérience cinématographique.

Antonio De la Torre, l’interprète de ce politique, façonne un personnage impénétrable. Son jeu se révèle par ailleurs lors de ses échanges avec la journaliste, interprétée par Monica Lopez. Ce rapport confiné, presque animal, de dominant-dominé, tire de nombreuses ficelles de jeu d’acteur des deux comédiens. Entre séduction, haine et confidences, chacun tourne autour de l’autre comme pour l’attaquer au moindre signe de faiblesse. Là encore, le réalisateur ne se laisse pas convaincre par une histoire de romance dans cette étendue aride de faux-semblants.

La bande-son d’Olivier Arson : une techno envoutante et oppressante

La Bande-Originale d’El Reino est signée Olivier Arson, compositeur français qui a remporté le 33e Prix Goya de la meilleure musique originale. Cette collaboration avec le cinéaste Rodrigo Sorogoyen fait corps avec la tension permanente du film. Les notes de musiques électroniques sont habilement choisies : la techno minimale, puissante et énergique, noient le personnage dans une lutte sans issue. Manuel López-Vidal, va devoir affronter une dernière fois l’arène médiatique. Cette course lui aura-t-elle permis de répondre aux mêmes questions que nous nous posons depuis le coup de feu de départ : Pourquoi lui, pourquoi maintenant ?
À voir.

La Bande-originale d’El Reino par Olivier Arson


El Reino,de Rodrigo Sorogoyen – Actuellement à l’affiche
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