À l’intérieur du Woodstower – Portrait d’une bénévole

La fraîcheur automnale à l’avantage de raviver les beaux souvenirs d’été. Si vous avez vu des bananes fleurir votre champ de vision cet été, c’est normal. Le woodstower a frappé fort en optant pour une communication sur tous les plans : affichages, réseaux sociaux, partenariats avec les festivals de la région… Cette banane jaune, symbole de l’édition 2019, était partout. Si bien qu’elle a suscité l’intérêt des curieux. Une édition chargée, en rebondissements comme en coups à encaisser. Et qui mieux qu’une bénévole pour en parler ? Retour.

Bénévole, bénévole, qu’est-ce qu’un bénévole ?

Un bénévole est en définition un individu qui souhaite s’investir dans une association et proposer, à titre gratuit, ses services. Il fait un don à la communauté, en quelque sorte, un don de soi. Plus sérieusement, il peut réellement impacter la santé d’une association grâce à un rôle actif et à un soutien parfois financier. Mais ce dernier point est rare car sa présence est en elle-même reconnue comme évitant de faire appel à un prestataire payant ou à un employé, tout simplement.
Le bénévole doit donc tenir une charte de bonne conduite, totalement officieuse. Elle est généralement transmise d’anciens bénévoles en nouveaux bénévoles, telle une tradition, un bâton de relai, un mot doux glissé au coin de l’oreille d’un nouveau né : sois gentil, droit et honnête et le monde te sourira. Du moins, ce petit monde que l’on crée l’espace de quelques jours suivant la manifestation de l’association. Ici, on parlera festival de musique. Si on va au bout de l’entonnoir, on parlera Woodstower. Car si les apparences sont parfois trompeuses, un festival de musique ne rime pas toujours avec organisation à l’arrache et hectolitres de bières consommés en une soirée. Bon, la deuxième est à reconsidérer.

Le festival Woodstower : le dernier rendez-vous phare de l’été

Une recette de festival est toute simple : soyez proche de votre communauté sur les réseaux sociaux, proche de vos partenaires et fournisseurs et surtout proche de vos bénévoles. Un festival est un écosystème à lui seul et le Woodstower l’a bien compris. Festival qui a lieu chaque été le dernier week-end d’août en périphérie de Lyon, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes (important partenaire du festival), il propose une programmation éclectique avec un léger penchant rap-électro. Rodé depuis maintenant 20 ans, le festival grandit un peu plus chaque année. En 2015, il y avait une soirée payante pour deux jours gratuit. En 2019, on est désormais à 3 soirées payantes pour 4 journées gratuites. Mais ce pic n’est pas forcément le signe que tout est gagné : le défi est de taille pour garder cette chaleur, cette proximité avec toutes ces têtes qui gravitent autour de l’association. J’ai atterri dans ce beau monde en 2017. Pour moi, Woodstower était un festival comme un autre : convivial, sympathique, qui présente les artistes phares de l’année en cours, donne la place aux nouvelles têtes avec des scènes tremplin, et ravive la nostalgie de quelques festivaliers en proposant des artistes de la génération du dessus. Un peu mélange, en somme. Mais de l’intérieur, qu’est-ce que cela allait donner ?

Bénévole en festival de musique : une expérience, un vocabulaire et un monde à part entière

Première règle : rejoindre un groupe Facebook dédié à la communauté des bénévoles. Généralement, ce groupe est fermé au public et nécessite l’ajout d’un membre déjà actif. En bref, devenir bénévole se fait généralement par un bouche à oreille d’une personne déjà active. Mais rien n’est universel : peut-être avez-vous vous-même, lecteur.trice, sélectionné par un intérêt profond voire viscéral l’association que vous vouliez rejoindre. Cela n’a pas été mon cas. Pour des raisons d’abord financière, puis par une curiosité de festivalière avertie, j’ai voulu passer de l’autre côté de la barrière. Cette barrière invisible, imperceptible pour les festivaliers et qui cache un tout autre monde. A l’image de l’armoire de Narnia, on passe d’un univers plutôt classique à un monde merveilleux. D’accord, j’hyperbolise. Mais pas tant que ça. Derrière les barrières qui encadrent l’exploitation, on trouve :
Les techniciens, dits les “tech’”, qui ont généralement mille bracelets de couleurs différentes relatives à leurs différents accès sur l’enceinte du festival ,
Les accrédités : presse ou photographes circulent aussi dans cette arrière cour ;
Les bénévoles, les plus nombreux. En 2017, nous étions 300 et des poussières. En 2019, ce sont 500 bénévoles qui ont chômé tout sourire pour Woodstower ;
Les artistes : ces gens que l’on pense inaccessible et sur-humains sont en fait des gens comme vous et moi. Ils mangent, vont aux toilettes, sont malades, parfois. Sont tantôt abordables, tantôt réservés.
Dans ce périmètre ou tout est réglé, les relations sont souvent, elles, aléatoires : bénévoles et techniciens peuvent être super copains, et un accrédité presse peut aussi prêter main forte à l’équipe technique. Tout le monde se retrouve dans le même bateau pour construire une édition que l’on souhaite toujours plus belle que la précédente. Si les relations sont malléables, le vocabulaire du bénévole, lui, est assez figé. Petit panorama des expressions que vous rencontrerez en tant que bénévole non averti :

  • L’exploit’ : désigne l’exploitation, c’est-à dire aux jours réels de la manifestation. Pour Woodstower, cela s’étend du jeudi soir au dimanche journée.
  • Le montage : période charnière du festival où tout se construit, prend forme. Période, aussi, préférée par les festivaliers expérimentés qui retrouvent l’esprit de petite colonie de vacances qu’ils ont plaisir à retrouver chaque année. Généralement, le montage dure 7 à 10 jours.
  • Le catering : désigne l’espace de restauration de l’équipe technique / orga / artiste et bénévole du festival. On s’y restaure 3 fois par jour et on a même un peu de vin des meilleurs cubis de notre région.

Quand on parlait d’écosystème tout à l’heure, ce n’était pas anodin. Dans un festival de musique qui s’étend sur plusieurs jours, on mange, on boit, on écoute de la musique, on papote avec les copains et les nouvelles rencontres, on dort, et on recommence. Un bénévole au Woodstower a droit à tout cela : il a son propre camping bénévole où siester tranquillement, des petits prix d’amis sont pratiqués au bar bénévoles pour les moments conviviaux de fin de journée, et il dispose de son propre espace de restauration, le catering. Et le tout, tenu par des bénévoles : un camarade servira autant votre portion de lasagnes maison que votre bière fraîchement sortie du fût. L’art est donc à la politesse et à la reconnaissance. Car si tout le monde s’active, les conditions ne sont pas toujours égalitaires et les horaires non plus. Un bénévole en cuisine pourra donc se lever très tôt pour pouvoir servir le café, et un bénévole du bar bénévole tiendra toujours la caisse même à 4h du matin. Cette atmosphère rend la communication facile entre nous car nous savons que nous avons tous un rôle important dans cette chaîne humaine créée pour l’occasion.

Et le Wood’ dans tout ça ?

Pourquoi, depuis trois ans, j’y retourne chaque année ? Pourquoi ce festival et pas un autre?
Et bien, force est de constater que Woodstower se différencie de ses compères, à la communication tout aussi soignée. Il prend les bénévoles sous son aile, et ne les laisse pas sans informations ni interrogations. Je me souviens encore de la personne chargée à l’époque d’accueillir les bénévoles et de gérer ce flux humain parfois (souvent) désordonné. Amélie m’avait rassuré, avait répondu à mes questions. Je pouvais m’arranger – sans en abuser – sur les horaires s’il y avait un artiste que je voulais voir. Je pouvais compter sur les plus anciens pour m’aiguiller dans cette nouvelle aventure. J’étais apaisée, et ce sentiment ne m’a pas quitté. Woodstower opte pour la méthode dite paternaliste. En management, on dit d’un dirigeant paternaliste qu’il s’implique avec coeur dans un projet tout en responsabilisant ses collaborateurs. Ils se sentent alors utiles, croient en ce projet et ont envie d’avancer. Pour Woodstower, c’est exactement ça. Dès la première édition, on m’a donné le rôle de chargée de l’animation des bénévoles : se ballader tout sourire, gérer les problèmes s’il y en a, gérer l’approvisionnement de l’espace bénévole, avoir un regard sur l’hygiène du lieu (oui, ça compte aussi pour les WC). Bref, faire de cet espace de vie qui s’étale sur 10 jours et plus pour le démontage, un lieu où tout est coordonné et facilité pour les techniciens-bénévoles-organisateurs-accrédités. “Ah, donc ce poste n’est pas réservé aux anciens ?” Me suis-je alors soufflé. Et bien, non. Si les organisateurs sentent que tu en as les capacités, ils te donnent envie d’y croire, toi aussi. Alors, on retrousse ses manches, fiers, et on travaille sans même voir passer le temps. On profite des concerts, aussi, on y retrouve d’autres bénévoles qu’on avait pas croisé jusqu’à présent. On passe du bon temps, à l’avant comme à l’arrière. Un festival dans un festival, c’est comme ça que j’aime à l’appeler. Un petit monde où, une fois qu’on y est rentré, ne donne plus envie d’être “juste” festivalier. Merci Woodstower pour m’avoir écouté, comprise, dès le début. Pour m’avoir montré que la singularité et la différence sont autant acceptées qu’encouragées. Pour m’avoir fait confiance sur cette belle édition 2019 et permis d’interviewer des artistes de la scène lyonnaise. Après le 3, viens le 4. Donc à l’année prochaine.

Bonus – “Pour toi, Woodstower, c’est ?”

Un mois après le festival, j’ai demandé à quelques bénévoles de décrire, par une phrase ou quelques mots, cette édition du Woodstower. Petit florilège des impressions recueillies auprès de notre charmante communauté de bénévoles.

  • L’amour” Boris – Magasinier
  • Pour avoir fait bénévole sur plusieurs festivals, Woodstower est largement la meilleure expérience car même si on est très nombreux, on est très bien traité” Alexiane – Brigade verte
  • Woodstower, c’est incroyable comme chaque année. Pendant le montage, on retrouve les mêmes têtes et c’est incroyable comme tout le monde se connaît : on a presque l’impression que c’est une grande famille. Chaque année, j’attends une seule chose c’est de revoir ces gueules avec qui on passe forcément un bon moment.” Antoine – Chargé de l’animation bénévoles
  • Woodstower c’est une sorte de colo avec pleins de copains ! Déjà 9 ans que j’y participe !” Océane – Chargée de l’animation bénévoles
  • « Je viens depuis Rennes, soit 740km environ. Je fais pas mal de festival dans l’année, principalement en bénévole et à côté de chez moi, alors pourquoi faire 740 bornes pour venir au wood ? Parce qu’on y est bien ! On s’y sent bien, on est formidablement bien accueilli et encadré. Y’a une ambiance générale formidable au sein des équipes. C’est un peu la colonie de vacances sauf que tu montes, puis tu bosse sur puis tu démontes un festival. Et c’est dur mais tu le fais avec le sourire ! Et les gens sont formidables ! Je viens pour voir des gens que j’ai rencontré en 2015/2014, puis en 2018 et il y a eu encore de belles rencontres en 2019. C’est l’un des festivals où je préfère bosser. (Et un gros big up au catering parce que c’est le meilleur catering bénévoles de France je pense !) Mon regard de bénévole sur le Wood c’est un regard amoureux. J’aime le Woodstower ! » Jack – Run artiste et en plateau
  • « Le mot « rubalise » pourtant peu usité en temps normal, est utilisé dans la moitié des phrases que je peux prononcer sur l’exploit: « Il te reste combien de rouleau de rubalise jaune? » ou « j’ai déroulé des rubalises toute la journée » ou « j’ai encore rêvé de rubalise cette nuit » Iris – Décoration
  • Une phrase : Combien y’a de litres de Suze déjà ?” Léa – Bar bénévoles

En tant que bénévole-accréditée presse, j’ai aussi eu l’occasion d’interviewer Claire Days et Kaffe crème. Cliquez sur les noms des artistes pour découvrir leur interview.


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