Imagine Picasso – L’exposition immersive à la Sucrière

La Sucrière accueille de nombreux artistes et c’est au tour de Picasso de revivre dans les murs de cette immense salle. “Imagine Picasso” est née de l’envie de ses créateurs, Anabelle Mauger et Julien Baron, de sortir le tableau de son cadre. Retour sur l’exposition, à voir jusqu’au 19 janvier 2020.

Créateurs des expositions “Imagine”, Anabelle Mauger et Julien Baron réinventent le concept immersif de projections des oeuvres avec Imagine Picasso. Le tableau n’est donc plus une simple vitrine immobile d’un artiste. Il grandit, s’étend, se tord et se perd dans un volume indéfini. Peut-être avez vu entendu parler de l’Atelier des Lumières, à Paris, qui accueillait Gustav Klimt et Vincent Von Gogh. La Sucrière reçoit un autre artiste de taille : Pablo Picasso.

Imagine Picasso : un concept novateur ?

Si ces mises en scène sont originales, le concept, lui, n’a rien de récent. En 1975, Albert Pécy propose un nouveau moyen de diffusion de l’art : l’espace lui-même. L’art exposé ne sera plus nécessairement en formats tableau, sculpture ou vidéo, mais bien en images. Elles défileront dans un cadre complexe, composé de figures planes et solides. Avec « Cathédrales d’images » , il s’associe avec l’architecte Hans Walter Muller pour développer et concrétiser cette idée. En 1977, la topoprojection arrive dans nos musées.
Imagine Picasso reprend donc ces codes. Elle apporte toutefois un complément : une toile des tableaux de Picasso, en guise d’introduction au personnage et à son coup de crayon. Nous cueillons au fil des plaquettes des petites anecdotes sur l’artiste et son univers. Cette mise en perspective facilite rend alors compte de la diversité et de la complexité de l’Oeuvre Picasso, et facilite le passage à la salle suivante. Faites de trajectoires imprécises, au bon gré du visiteur, la salle de topoprojection invite le spectateur dans une expérience immersive. Se mouvant entre les grands angles de Rudy Ricciotti, architecte, le public s’immerge de différentes expressions artistiques. Dans un noir parsemé de jets d’oeuvres, le visiteur fait sa propre expérience : s’asseoir et contempler, immobile, ou bien se promener et laisser les lumières se confondre entre nos corps et les figures.

toiles de Picasso a l'exposition Imagine picasso, la sucriere lyon
La toile des toiles de Picasso © Pour le dire
Exposition picasso sucriere lyon 2019
Les toiles de Picasso dans l’univers de Rudy Ricciotti © Pour le dire

Mais l’organisation et la mise en place d’un tel événement est forcément attendu au tournant. Elle affine la frontière entre inventaire et analyse, entre originalité et apport sensible.

Image Picasso : une proposition qui ne remporte pas tous ses défis

Imagine Picasso est donc une manifestation où la proposition artistique dépasse la transmission de savoirs. Bien que l’événement se destine au grand public, qu’il soit amateur ou averti, il n’atteint pas l’essence d’une rétrospective : faire revivre un artiste. Nous sommes dans la fascination de l’expérience interactive, collés à ce décor de jeu de son et lumière. Si elle nous diversifie, elle ne nous enrichit pas pour autant. Si l’effort d’une toile géante pour introduire l’artiste est notable, il aurait peut-être été bienvenu de décupler ce format en une ou deux salles connexes. Il y a comme un manque d’explication, qui mène à la frustration. Investir dans un divertissement culturel n’est pas anodin : nous voulons en retirer quelque chose. Qu’il s’agisse de plaisir ou de connaissances, nous avons envie, pour la plupart, d’atteindre la satisfaction intérieure de s’élever socialement et culturellement. Difficile d’apprécier le génie d’un artiste dans un format miniature ou déformé. Découvrir Guernica entre deux projections ne peut rendre compte de la puissance symbolique et visuelle de l’oeuvre. Aussi, l’agencement n’est pas au service de l’installation. Les écriteaux forment des passages qui cassent l’espace souhaité lorsque l’on s’imprègne d’une oeuvre. Le recul n’est donc pas possible, au sens comme au figuré.

« Imagine Picasso » signe un triste constat moderne : rendre l’art tellement ludique qu’on le réduit à un angle, à un mode unique de consommation. Ici, la projection. Comme si le spectateur était devenu assez fainéant physiquement et mentalement pour ne plus pouvoir traverser des salles et jongler entre les différentes formes d’art. Un format sympathique mais à plus que jamais consolider pour y apporter une véritable valeur ajoutée. À éviter.


© Pour le dire