Ce que Jacques Delille en aurait dit

Une nouvelle année, ce n’est finalement qu’un jour de plus dans le mélodrame médiatique qui opère depuis plusieurs mois déjà. Des conflits qui ne cessent de nous affecter mais qui ne nous prennent plus aux tripes comme avant. Parce que trop loin, parce que trop fréquents.
Une horrible banalisation qui gèle notre combat contre cette guerre insidieuse. Nous ne devons pas avoir peur, non.  La peur, c’est le plus terrible. C’est ce qui nous garde éveillé. À l’affût du moindre geste, du moindre cri, du basculement qui nous enlèvera une part d’humanité.
Il est important d’en parler, d’écrire, de penser en dehors des rangs. D’avoir de l’espoir en ce qui nous attend.
À l’aube de la Révolution Française, Jacques Delille, Abbé, poète et membre de l’Académie Française (1774) écrivait ces quelques vers. Elle arrive sûrement maintenant, notre Révolution. Mais elle ne sera pas nationale : l’horreur n’a pas de frontières.
Alors c’est peut-être gentillet, un peu candide de croire que des mots combattent le sang, mais l’écriture a de vertus qu’elle nous permet de partager, d’agir à notre façon, d’apprendre et de comprendre, et ne plus regarder, chaque jour, impuissant et impassible, des villes s’écrouler. Notre chance aujourd’hui, c’est de pouvoir crier, et qu’on nous entende. L’écriture est votre arme, et l’ouverture au monde une force.
Heureuse année 2017.
Clara.
Épître à Jacques Delille, 1782 (Extraits)
Ces jours furent sanglants, affreux, mais désormais
Périsse enfin la haine au cœur de tout Français
Périssent jusqu’aux noms de ces monstres sauvages.
Et pour vaincre leur haine et tant de nations,
La France a mis sa cause aux mains des passions. 
Montrez-moi nos héros, nos bienfaiteurs, nos sages; 
Lavoisier, méditant au fond de sa prison;
Socrate, sous les traits du juste Lamoignon;
Bailly, couvert de boue et souffrant sans murmure;
Sombreuil, par ses vertus consolant la nature,
Voilà, voilà les noms que j’aime à retenir
D’autres les apprendront aux siècles à venir,
C’est à toi de nous peindre, en tes vers si rapide,
Les rapides exploits de nos jeunes Alcides,
Tant de périls bravés, tant de tourments soufferts,
Et l’Arabe vaincu jusque dans ses déserts.
Le croirai-je, qu’au lieu de ces chants héroiques,
Tranquille, sous l’abris des chants hélvétiques,
Tu venais tous les jours, près du Rhin embrasé,
Sous le foudre ennemi voir Huningue écrasé,
Suivre dans l’air en flamme, avec des yeux débiles,
Ces comètes d’airain qui renversaient nos villes
Tu pleures, je le sais, plusieurs infortunés,
Qu’un injuste trépas à trop tôt moissonnés;
Je conçois ta douleur, l’admire, la partage,
Mais qui n’a dû pleurer après ce long orage ?
Ils sont punis des maux qu’ils nous ont faits,
Ces tristes exilés, qui furent des Français.
D’autres ont conservé le feu sacré des arts,
Ta patrie est encore digne de tes regards.