Henri Matisse au Musée des Beaux Arts de Lyon

Matisse, c’est un art qui n’est jamais immobile. C’est un artiste qui virevolte entre les techniques et les mouvements, la tradition et la modernité, qui ne se lasse jamais de reproduire sous toutes ses coutures un même visage et qui ose exposer le corps nu sans vulgarité aucune.
Le Musée des Beaux arts de Lyon nous propose un voyage dans l’univers particulier d’Henri Matisse à travers plus de 250 oeuvres sur deux étages. Découpée en plusieurs thèmes, l’exposition nous offre un éventail de moments de vie qui ont participé à créer un cheminement entre différentes pratiques de l’art et à son oeuvre intégrale. Henri Matisse, disséqué de 1868 à 1954, nous est présenté comme un peintre curieux et proactif.
Matisse est un peintre qui aime peindre la femme, dans toutes son élégance et ses formes. Par des nus, réalisés durant sa formation aux Beaux Arts, Matisse fait vivre la femme à travers le fusin, l’encre de chine ou la peinture. Il utilise le réalisme pour capter des regards, des traits singuliers, nous donnant des indices sur le caractère de la personne qui pose pour lui. Il décortique son modèle à sa manière, avec des portraits minimalistes, au simple crayon à papier, ou avec des portraits plus étoffés avec une douceur folle dans l’intention, même dans la nudité la plus complète. Le corps nu n’est pas vulgarisé : il est léger, flottant, comme le voudraient des tableaux de paysages. Parallèlement à cela, lorsque le corps n’est pas explicitement présent, Matisse joue avec les courbes des objets qui se présentent à lui. Ainsi, dans Paysage près de Collioure, le peintre s’amuse à inviter des formes presque féminines entre les branches des arbres près d’un bassin, qui évoqueront des années plus tard les traits très minimalistes de la femme, comme Nu Bleu II. Elle se fond également dans les eaux de La Japonaise, toile colorée et douce à la fois. La femme évoque dans ses tableaux la simplicité et la pureté de la nature, et par cela il ne serait ni abrupt ni rébarbatif d’en faire son sujet privilégié.
croquis
La danse est un autre grand thème de l’exposition. Matisse gratte sur du papier des croquis tourbillonnant de feuilles en feuilles, d’étapes en étapes du mouvement et du dessin qui tente de le suivre. L’exposition met en relation plusieurs séries qui nous étonnent par la justesse qu’a Matisse de capter le corps en mouvance sur un support figé. Il arrive à y déceler  une certaine maladresse ou au contraire une maîtrise du corps et des gestes par des nus féminins ou masculins. Matisse pose là aussi un regard horizontal, et ne décide de montrer que ce que le danseur ou la danseuse souhaite révéler. Ainsi s’affrontent des corps libres et des corps timides. Même de dos, le peintre capte la féminité de la danseuse avec une autre manière d’aborder le mouvement et les courbes.
Matisse ne cache rien, et c’est son maître mot : il peint ce qu’il voit. Il ne se dispense donc pas de montrer les formes disgracieuses des corps comme les bourrelets ou le double menton, et intervient même dans les traits de ses modèles pour les rendre encore plus imparfaites. Matisse s’amuse à déconstruire ses modèles (Ggreta Prozor, Madame Landsberg) pour les capturer à l’instant t où le tableau est réalisé. Ce n’est jamais la même personne qui se présente à lui, c’est une personne parfois timide, parfois audacieuse, parfois triste ou envieuse, chaque phase interpersonnelle d’une personne est sujet d’attention pour le peintre. Pourquoi figer quelqu’un, l’assigner à un habit, à une coiffure, à une position ou même, d’un point de vue technique, à un courant artistique, alors qu’il est un panel d’émotions et d’expressions ?Un détail appairait également dans plusieurs de ses tableaux : les yeux noirs.  Peut-être est-ce un aveu du peintre de ne pas pouvoir maîtriser entièrement les pensées de la personne face à lui ? Certains de ses sujets d’étude resteront donc un mystère – même sa femme, Madame Matisse, qui sera amenée à poser plusieurs fois pour lui -. Cela ne dessert pas son art, car l’artiste peut se plaire dans ce qu’il a a proposé, comme l’homme peut se plaire de l’amitié ou de l’amour qu’il éprouve pour une personne en sachant qu’il ne la connait pas entièrement. La finalité est parfois plus importante que le détail.
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Madame Landsberg, 1914

Madame Landsberg,

Madame Landsberg, 1914

L’exposition marque l’évolution du croquis illustratif, qui cède sa place à un art plus dérangé, subversif, suggéré, comme ses célèbres silhouettes aux courbes élargies. Les traits singuliers disparaissent au profit d’une représentation symbolique. La femme, la religion, l’art, la nature, tous ces éléments deviendront des lignes épurées aux couleurs vives que l’on a aujourd’hui en mémoire. Henri Matisse a rencontré autant d’époques de que de figures, et le Musée des Beaux Arts rend hommage à la pluralité du travail de ce peintre de renom.
– Clara Passeron

Henri MATISSE Jazz Planche VIII - Icare planche réalisée au pochoir d'après les collages et sur les découpages d'Henri Matisse Paris, Tériade éditeur, 1947 Musée Matisse, Nice Don des héritiers de l'artiste, 1963 Inv. n° 63.4.148.8

Henri Matisse, le laboratoire intérieur, au Musée des Beaux Arts jusqu’au 6 mars 2017

2 réflexions au sujet de « Henri Matisse au Musée des Beaux Arts de Lyon »

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    Best regards
    Clara

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