Interview avec l’équipe du film de Ce qui nous lie

Cédric Klapisch est descendu sur Lyon présenter son dernier film : « Ce qui nous lie ». On y retrouve Pio Marmai, Ana Girardot et François Civil, les interprètes de Jean, Juliette et Jérémie, fratrie élevée en Bourgogne. Cette dernière se retrouve liée par le décès du père qui leur lègue tout le domaine viticole. À eux, désormais, de tenir les rênes de cet univers particulier où la convivialité mais aussi les conflits règnent. Rencontre avec le réalisateur et les acteurs Pio Marmai et François Civil.
Tourner 4 saisons autour de la famille de Jean n’a-t-il pas été un projet fastidieux ?
Cédric Klapisch : J’ai su dès le départ qu’il fallait être patient avec ce film, et je continue car il sort dans longtemps (rires). C’était un film lent, on dit souvent dans le cinéma qu’il faut tourner dans l’urgence, là il n’y avait pas d’urgence. Il s’agissait vraiment d’un exercice de patience lié au sujet : parler du temps qui passe, du vin qui vieillit bien surtout si nous attendons dix ans, vingt ans. J’ai d’ailleurs commencé à penser à ce film il y a dix ans, j’ai fait les photos de repérage il y a sept ans et on a ensuite commencé à filmer, en 2010 donc. Le temps ensuite est passé relativement vite.  Sur le tournage on se disait « Waouh on va revenir là dans un an », on savait qu’on allait vivre quelque chose de particulier. Et ça a été le cas.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce film : l’histoire du vin ou les liens familiaux ?
Cédric Klapisch : Je suis parti du vin, et cela m’a emmené à la famille et aux frères et soeurs. Au départ, je voulais appeler le film « Le vin ». Puis « Le vin et le vent », qui s’est appelé comme ça durant tout le tournage. Et à la fin du tournage on s’est dit que le film parlait surtout des trois frères et soeurs. « Ce qui nous lie » c’est cette idée de fratrie, de transmission, de ce qui rassemble les gens à la fois dans une famille et de manière générale. Le vin est fédérateur et convivial.
Pio Marmai et François Civil, connaissiez-vous déjà l’univers du vin ou était-ce une toute nouvelle expérience pour vous ?
Pio Marmai : Le monde en lui-même non, la boisson oui bien sûr (rires). On a rencontré ce monde de manière assez directe et c’est le point fort du tournage. On a appris, au fur et à mesure du tournage, comment fabriquer du vin. On a pu donc développer un certain savoir-faire, sans pour autant prétendre à être vigneron, mais apprendre a égrapper, à fouler, toutes ces choses techniques donnent de l’épaisseur au jeu d’acteur. Qu’est-ce que tu en penses François ?
François Civil : C’est oui. (rires) Je dois vous dire que j’ai un grand père vigneron en côtes du Rhône, à Chateauneuf du pape. Et pourtant, alors que j’y ai passé beaucoup d’été étant jeune, ce monde était pour moi très adulte. En Bourgogne je me suis rendu compte du contraire en rencontrant beaucoup de jeunes de mon âge qui dédient leur vie à ce métier là. Nos trois personnages sont jeunes donc c’était intéressant de se calquer à leur façon de faire.
Pio Marmai : C’est vrai que pour le personnage de Jean je me suis aidé d’un jeune homme vigneron rencontré pendant le tournage, sans que je le lui dise. Il y avait quelque chose en lui, dans la manière dont il travaillait, dont il parlait, dont il se tenait qui m’a parlé. J’étais vraiment en observation.
N’était-ce pas compliqué de garder un équilibre entre les frères et sœurs, de sorte à ce que chacun puisse affirmer sa personnalité ? 
Cédric Klapisch : C’était notre préoccupation avec Santiago (NDLR :Santiago Amigorena, co-scénariste du film) car ils sont très différents et pourtant ils s’entendent. Et ce n’est pas toujours le cas, certaines familles se déchirent. Là on avait envie que ça se passe bien et que malgré leur différence, malgré leurs conflits, malgré leurs engueulades, il y a un truc qui existe en lien avec le titre : ce qui nous lie. Qu’est-ce qui rassemble les gens qui ont des parcours très diversifiés.
Ce film est assez étonnant venu de vous, quand on le compare par exemple à la trilogie de L’auberge espagnole, Les poupées russes et Casse-tête chinois, vouliez-vous marquer la transition entre vos anciens films et ce que vous réaliser aujourd’hui ?
Cédric Klapisch : Plusieurs choses. Déjà j’avais envie de tourner dans la nature, j’avais jamais filmé dans la nature et c’est le premier gros changement par rapport à mes anciens films. Cela amène forcément un côté épuré au film. Car tourner dans une ville ou même dans une rue étoffe le paysage. Il y aussi mon âge qui m’amène à d’autres désirs et d’autres envies de filmer. Puis je crois que j’avais été au bout d’un truc.avec la trilogie où je parlais de la complexité du monde, du bordel ambiant, je me suis dit que je n’allais pas continuer à parler de ça. J’avais comme l’impression d’avoir fait le tour de cette question là. Effectivement j’avais envie de quelque chose de plus linéaire, plus simple. On peut voir quelques similitudes entre le personnages de Xavier (NDLR : personnage central de la trilogie) et celui de Jean dans le sens où ils se cherchent, rêvent d’aventures, mais moins dans la comédie rocambolesque comme les précédents scénarios.
Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?
Cédric Klapisch : J’ai fait la série 10% dernièrement, même s’il n’y avait que six épisodes à la demande de France 2. Je pense qu’ils étaient timorés au départ, tout le monde avait peur de cette série. Ils pensaient que ça ne marcherait pas et ont été très surpris du contraire ! Ils pensaient à leur cible comme la ménagère de 50 ans ce qui nous a fait sourire car il y a d’autres personnes qui regardent la télé ! La télé française n’a pas du tout le même fonctionnement que HBO ou Netflix aux Etats-Unis. Comme ça concerne toute sorte de public, ils choisissent vraiment minutieusement les séries de peur d’entacher leur image, alors que leurs publics, eux, bougent.
Concernant les autres projets, on écrit en ce moment avec Santiago sur une autre série télé et un long métrage. Je ne sais pas lequel des deux sera fait en premier mais ce sont deux choses très différentes.
Ce qui nous lie, sortie prévue en juin 2017
 
Propos recueillis à l’hôtel Sofitel Lyon Bellecour par Clara Passeron
Remerciements à l’équipe du film Cédric Klapish, Pio Marmai, François Civil et Santiago Amigorena 

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