Festival de Cannes 2017 : La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó

Présenté au Festival de Cannes 2017 et projeté au cinéma Comoedia (Lyon 7ème) dans le cadre d’une semaine dédiée aux long-métrages récompensés, La Lune de Jupiter est un thriller-documentaire d’un nouveau genre. Centré sur Aryan, un jeune syrien fuyant son pays pour rejoindre l’Europe et sur sa rencontre avec un chirurgien peu conventionnel, cynique et boit-sans-soif, le film nous amène dans des terrains peu connus du cinéma d’auteur.
Blessé par balles par la police des frontières lorsqu’il arrive sur les berges hongroises, Aryan découvre, encore sonné par les bruits des armes à feux, qu’il peut léviter. Le Docteur Stern, qu’il rencontre sur un camps de réfugiés, va alors le prendre sous son aile et l’aider à retrouver son père, en contrepartie, bien-sûr d’un petit service. Le Docteur va emmener Aryan auprès de malades incurables et fortunés, jouant de ce don comme un miracle annonciateur de changements. La police ne tarde pas à retrouver les traces du jeune réfugié, sensé être mort et apparaissant pourtant toujours dans les fichiers de police.
La force du film réside d’abord dans la mise en scène avec une caméra subjective. L’action se vit comme dans un battement de cœur, fragile et intense. Les effets de tremblements, façon caméra sur épaule, nous amènent sur place, à la façon d’un documentaire et rendant ainsi la particularité d’Aryan plausible. Plusieurs protagonistes se poseront notamment la question d’une existence possible d’un ange sur terre. À cela se rajoutent des jeux d’ombres avec le corps flottant du jeune homme que l’on ne décèle pas immédiatement. Mirage ou réalité ?
Aryan, un sauveur venu du ciel ?
Lors d’une scène forte dans laquelle Aryan se retrouve piégé dans un appartement, et ne trouve d’issue qu’en sautant, le réalisateur choisit de suivre son ombre qui défile sur le mur d’un immeuble duquel il descend, plutôt que de filmer une chute frontale. L’ombre traverse ainsi les fenêtres de chaque étage, offrant une visibilité totale sur la vie des habitants de l’immeuble. Cette mise en scène glorifie Aryan, qui apparaît alors comme omniscient, pénétrant les esprits de manière neutre et juste. La lumière est également un choix scénaristique fort. Le réalisateur choisit une photographie aux teintes orangées, rendant l’ambiance générale du film malfaisante. Nous sentons une forme d’incommodité, de chaleur angoissante qui suit les personnages où qu’ils aillent. Y a-t-il seulement un endroit sûr dans cette ville ? La lumière n’est alors nette qu’aux moments où Aryan défie l’apesanteur. Les plans larges rendent alors la ville plus apaisée, plus douce. La ville ne semble sereine qu’en présence de ce miracle. Kornél Mundruczó joue donc sur l’ambiguïté entre misère et spiritualité.
Un film à l’empreinte politique forte 
Entre ces deux mondes se cognent les propos incisifs du Docteur Stern, personnage ambiguë dont les intentions semblent malhonnêtes. Critique envers la société, la politique et les modes de vies actuels, il devient le personnage terre-à-terre du film rendant justice aux conditions, peu mises en scènes quant à elles, des réfugiés. Il ajoutera une phrase lorsque Aryan lui demande où il pourrait aller : « Il n’y a pas d’endroits sûrs à l’écart des blessures de l’Histoire. » Criante de vérité, cette réplique ajoute à ce long-métrage déjà noble un regard dénonciateur sur les conditions des migrants. Personne n’échappe à l’Histoire.
Les courses et les images imprécises et confuses décrivent donc totalement la détresse des personnages, l’un prêt à tout pour retrouver un proche dans ce vacarme ambiant, l’autre rongé par des remords dont on ne découvrira l’origine qu’à la fin. La Lune de Jupiter offre quelques instants de grâce, vécus comme des pauses dans cette intrigue haletante, sublimés par une bande originale envoûtante. À voir.
La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó
Sortie prévue en novembre 2017

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