Netflix et les comédies romantiques

Amateur de cinéma, il est possible depuis quelques années maintenant de visionner des films et séries depuis son ordinateur grâce à un abonnement Netflix. Le site propose plusieurs catégories dans lesquelles on trouve, entre autres, les comédies romantiques. Les films ou les séries pour filles. On connaît. De Gossip Girl à Pretty Little Liars, aux romances populaires telles que N’oublie jamais, le lagon bleu, Cher John ou The lucky one, Netflix semble tirer profit de ce qui semble bien fonctionner auprès du public féminin. Dans la catégorie des comédies romantiques, nous trouvons donc tout un pan de long-métrages, plutôt actuels, autour de relations amoureuses parfois comiques, parfois légères, parfois dramatiques. Les plateformes comme cette dernière se doivent de proposer un catalogue de choix de films et de séries aussi diversifié qu’étonnant. Mais c’est sur ce deuxième volet que Netflix souffre d’un symptôme de blockbuster hollywoodien : le cliché. Rien, ou presque, dans les long-métrages destinés aux amateurs de romances et de comédies dramatiques, ne déroge à la règle du cliché. Analyse.

Des acteurs beaux, déjà. Que ce soit dans la série Riverdale, sur-médiatisée par le site, ou ses derniers long-métrages mis en avant You Get Me et Le dernier jour de ma vie, les jeunes adolescents sont musclés, maquillés, sexy, accrochés à une croyance vieille comme le monde que la beauté attire et donc enchante. Certes; il est important de donner des premiers rôles à des jeunes comédiens peu connus, mais nous sommes en juste droit de nous demander pourquoi chaque nouvelle tête se doit d’être plaisante à regarder ? La nuance dans la palette du jeu d’acteur peut se faire aux travers de visages plus simples, plus universels. La série 13 reasons why proposait une certaine fraîcheur en terme de casting, même pour ses rôles principaux. Ce qui semble laborieux pour la plupart des directeurs de casting. Ce naturel, voulu ou non, a insufflé à cette série un registre dramatique authentique, loin des apparences et de l’esthétisme à outrance dont il est difficile de se détacher en tant que spectateur. En définitive, un long-métrage peut être beau sans nécessairement proposer un casting d’acteurs beaux. La beauté n’est ici pas le charme, qui est un élément subjectif, mais les critères physiques assurés pour plaire tant à la jeune fille qu’au jeune garçon. Le doux visage d’une actrice suffit-il au succès, et couvre-t-il le talent ? Pas sûr. Ceci étant, Netflix badigeonne son accueil de gros plans de visages hollywoodien parfaits, tandis que les autres catégories de films proposent des affiches diverses. Difficile d’imaginer pour la plateforme qu’une idylle intéressante pour le genre cinématographique peut se dispenser d’un casting trié sur le volet.
Le caractère des personnages. Il accentue voire conforte le cliché des comédies romantiques sélectionnées. Bien qu’utile pour poser un cadre lors la phase introductive du long métrage : « Voici donc l’amie de l’héroïne, et ici celle avec qui elle ne s’entend pas« , le caractère monotone des personnages secondaire engourdit parfois davantage plus qu’il ne pimente le film. Le scénario est donc sans surprise : s’il y a une peste, elle s’y tiendra jusqu’au bout, jusqu’en arrivé au moment où l’héroïne principale usera de bonne morale pour lui faire prendre conscience de ses actes. S’il y a des parents exigeants, une scène nous révélera les raison de leur inquiétude. Et cela prend, car l’univers coloré en nuances de rose où le sucre coule à flot se prête aux bons sentiments. Au fond, personne n’est vraiment méchant, chacun a ses failles. Il y a donc un combat entre l’introspection du personnage principal, qui offre davantage d’émotions, et les caractères lissés de ceux qui l’entoure, comme s’il fallait mettre à tout prix en lumière la torture psychologique du loyal personnage, confronté à l’amour et à ses tourments.
Les relations entre les personnages. S’il y a bien un concept aussi étrange que récurrent dans les comédies romantiques préfabriquées, c’est la capacité à créer des relations grâces auxquelles les personnages interagissent sans qu’il ne se créé aucune émotion. Le manque d’authenticité nous pousse à croire que l’amitié ne se résume qu’aux discussions de comptoir et aux fêtes endiablées à 70 dans une maison démesurément grande. Jamais un temps pour se poser. Pour laisser place à l’exercice difficile du silence dans les dialogues, grâce auxquels se brisent parfois les masques et où le charme opère. Dans les romances choisies par Netflix, l’intrigue autour du personnage principal règne sur les vies de ceux qu’il côtoie. Bien qu’il y ait parfois de l’attachement envers certains personnages secondaires, le risque est alors de sentir la frustration de ne pas épier davantage l’intimité de ces compères de fortunes – ou d’infortunes -. Les relations avec les parents sont également trop souvent manichéennes. Lorsque les personnages sont jeunes, ils s’accordent à croire que le monde leur appartient et que leurs parents souhaitent limiter leurs envies d’aventures ou ne les comprennent pas dans ce qu’ils traversent. Soit, comme c’est le cas parfois, leur relation est fusionnelle sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. Qu’est-ce qui fonde cette complicité ? Quel est l’écart entre ce que savent leur parent de la vie de leur chérubin et ce qu’il se passe réellement ? Comme toute communication se restreint à des allers et venues dans le salon ou la cuisine, le spectateur ne dispose pas des moyens suffisants pour jauger cette relation, tant est qu’il y en ait. Celui ou celle que l’on suit les condamne donc à des gens de passage. Dommage.
En définitive, Netflix n’est pas un mauvais bougre car il n’est pas le créateur de ces long-métrages romancés et clonés à répétition. Le problème est de n’être limité qu’à cette vision de l’histoire d’amour par le choix que le site fait de proposer tel ou tel film. Or, la comédie romantique peut-être douce. Sensible. Poétique. Emplie de non-dits. Humoristique, mais sobrement. Elle peut être Pierrot le fou, Lasky jedné plavovlasky, Juno, Le temps d’un Automne Hiroshima Mon Amour, Blue Valentine, Le Mépris. Elle est universelle mais n’est jamais la copie conforme d’une autre. Netflix, si tu m’entends, propose nous des paillettes dans les yeux. Pas à cause des sourires ultra bright des acteurs, mais grâce à l’émotion que véhicule une romance éternelle.
Mentions honorables :
Diamants sur canapé de Blake Edwards, Audrey Hepburn intemporelle et sublime en new-yorkaise détachée de tout sentiments et responsabilités, se cognant brutalement à l’amour sur la porte de son pallier.
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Annie Hall de Woody Allen, parce que réaliser un long métrage qui aborde le divorce lorsqu’on est soit même en train de se déchirer dans son couple apporte à ce film une fatalité toujours juste et précise dans le ton.
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Casablanca de Michael Curtiz, qui offre au spectateur une tension sensible, avec la difficulté pour un homme de devoir choisir entre la justice et la morale, et les sentiments qu’il éprouve envers une femme qu’il ne devrait pas aimer.

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