Théâtre Nouvelle Génération : une évolution risquée vers le contemporain

L’année 2017-2018 du théâtre phare du 9ème arrondissement de Lyon s’ouvre avec les propos de Joris Mathieu, directeur artistique : « 2017 signe l’anniversaire de la décentralisation, projet de société post 45, qui posait les questions du bien vivre ensemble. La culture tient une place indispensable pour créer une politique nouvelle ouverte sur le monde et sur l’autre. Au quotidien, nous nous posons sans cesses des questions autour de ces problématiques  : comment créer des lieux vivants, comment les partager, avec le public et avec les artistes. En vous rendant au théâtre, vous ne voyez que la partie émergée du monde du spectacle. En réalité, il y a tout un langage qui nous pousse à ne pas proposer simplement un catalogue d’offres culturelles mais des véritables rencontres artistes-public. »
À ces mots, le directeur artistique, arrivé à la tête du théâtre il y a quelques années succédant à Nino d’Introna, ont la plume sensible se destinait autant aux petits adultes qu’aux grands enfants, ajoute que le théâtre s’engage également dans l’accompagnement et la découverte de l’art par des ateliers divers, un peu loufoques mais gages de bons moments. Nous aurons donc le plaisir de bouger notre corps sur les partitions électroniques imaginées par David Rolland. Casques aux oreilles, nous suivons en musique plusieurs indications nous permettant d’utiliser tout l’espace d’une scène improvisée.
Le TNG propose toujours des spectacles pour tout petit, comme la pièce Monde dans laquelle les enfants sont au cœur d’une journée, de l’aube au coucher, par des jeux de lumières, des sons immersifs et un conte en voix off. Bon point également pour le pari de réaliser une pièce de théâtre… Sans hommes. Joris Mathieu invite sa troupe à une expérience inédite dans Artefact. Les robots restent, et les humains s’éteignent. Que reste-t-il ? Des écrits. Ceux de Shakespeare, par exemple. Un robot peut-il donc prendre la place d’un comédien, rendre une pièce émouvante, captivante ? Enfin, dans la veine de l’interaction entre artiste et public, Je suis la Bête recycle les casques dans une nouvelle manifestation, proposant de réciter la pièce depuis un micro, cachés des spectateurs.

Création Artefact – Ateliers TNG Lyon

Cette nouvelle saison 2018 d’axe donc davantage autour des performances que du théâtre. Devenue une institution contemporaine, de part la jeunesse et la créativité de ses nouveaux détenteurs, le TNG perd un peu de son charme des premiers instants. Évolution oblige ? Peut-être. Seulement, à trop bâtir des projets innovants, déjouant les codes du théâtre, nous pouvons nous demander si la création n’est pas uniquement dictée par l’originalité comme seul moteur. Il y a une cohérence à souligner dans le propos et dans le choix des artistes, qui viennent de milieux artistiques divers. Ainsi arrive une autre limite : à trop prôner la diversité se crée un brouhaha artistique. Le théâtre a fait le choix de l’esthétique,  notamment avec la plaquette de saison qui mêle  graphisme et onirisme, sans prendre conscience que le changement doit être sensible, subtil, éveiller l’imagination du spectateur. Les pièces de cette nouvelle saison ne sont pour la plupart que le reflet de l’imagination de l’artiste, qui, contrairement aux propos engagés à l’ouverture de saison, instaurent une distance entre public et créateurs. La distance peut être physique avec les casques comme seule connexion, ou bien culturelle, entre habitués du théâtre, des planches, des dialogues et l’univers particulier offert par le théâtre.
Une saison, donc, difficile à aborder. Nous sentons avec nostalgie le tournant d’un théâtre qui pouvait réunir  traditionnel et créativité. L’imagination n’est donc plus qu’un moyen de faire rêver mais de montrer au spectateur et à plus grande échelle au monde que les techniques théâtrales évoluent et qu’il faut suivre ce mouvement. Qu’il faut même l’accepter. Ce sera donc ça, le théâtre de demain ? Un spectacle exempt de dialogues, même d’hommes ? Un espace dématérialisé ? Une vidéo comme mise en scène ? Il est intéressant de s’ouvrir à la modernité de ces techniques mais il est surtout essentiel de garder les bases de ce qui a porté un art durant toutes ces décennies. L’invention doit donc surélever l’existant et ne pas le détruire. Affaire à suivre.
Théâtre Nouvelle Génération – 23 Rue de Bourgogne, 69009 Lyon
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