Rencontre avec Nicolas Winding Refn pour son nouveau projet : byNWR

​byNWR.fr
Nicolas Winding Refn, réalisateur reconnu pour ses films esthétiques et excentriques, a profité de la neuvième édition du Festival Lumière pour parler de son nouveau projet de cinéma : byNWR. Par cinéma, il n’entend plus la tradition de se rendre dans une salle aux nombreux sièges pour visionner à l’instant T un film projeté sur grand écran. Il n’entend plus, non plus, le cinéma que nous avons tendance à consommer depuis notre canapé, grâce à la multitude d’offres de sites en streaming disponibles sur internet. Ce que Nicolas Winding Refn promeut, c’est une sélection pointue de films anciens, restaurés pour la plupart, recolorisés parfois. Un film qui agira sur son spectateur comme une source d’inspiration et influencera les générations futures de réalisateur. Il nous dit à ce propos : « Je ne crois plus au passé, je crois uniquement au futur et à ce qu’il peut apporter. »
 
Une nouvelle solution de streaming 
ByNWR proposera un film une fois par mois, lié à un thème global sur un trimestre. Trois films par trimestre, quatre thèmes par an, de quoi explorer une grande étendue des perles cinématographiques restées trop longtemps archivées. Voire tues. Car le réalisateur souhaite avant tout faire découvrir, et pour cela montrer ce qui n’a jamais été vu par la grande audience : « Il y a de très bons sites de streaming, et je ne les remet pas en cause. Mubi, par exemple, en fait partie (NDLR : plateforme de VOD par abonnement avec 30 films par mois sur le credo « la qualité au lieu de la quantité »). On s’intéresse ici à un nouveau type de visionnage. »
Se rendre au cinéma n’est donc pas à supprimer de son quotidien, mais il est important selon lui de présenter plusieurs formes de cinéma. De pouvoir accéder au cinéma sur écran, sur ordinateur, sur smartphone. « C’est comme le sexe : vous avez tellement de façons de le faire, et c’est bon à chaque fois. »
Du passé aux possibilités actuelles 
En revenant sur le lieu de création du cinéma, rue du premier film à l’Institut Lumière, anciennement usine des frères Louis et Auguste Lumière, le réalisateur ajoute : « Ici est né le cinéma : il est donc possible d’enterrer son ancienne forme pour le faire renaître. L’institut est comme une Cathédrale, entourée de ses tombeaux. On leur présente notre respect mais l’idée principale est de se demander quoi créer maintenant. » À Nicolas Winding Refn d’ajouter qu’il faudra accepter l’idée et le concept d’un art entièrement gratuit, disponible à tous. Ses maîtres mots qui poussent ce projet à un développement à long terme sont : l’inspiration, la curiosité et l’amour. Il souhaite, selon ses dires, « annihiler le passé pour aller de l’avant.« 
Lorsque l’on parle du cinéma, nous parlons des œuvres, de ses artistes, et certains sont irrémédiablement oubliés. Le réalisateur nous confie que ce projet est aussi né d’une peur qu’il a lui-même d’être complètement oublié, que son oeuvre s’évapore à travers le temps. Il a donc racheté du matériel de sort à restaurer des anciennes pellicules, et leur donner un accès au monde contemporain : « J’ai mis sept mois à restaurer image par image un des films qui sera présenté à l’ouverture du site en février 2018. Mais il était nécessaire de le faire pour présenter cette vague américaine du siècle précédent. »
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Interview avec Nicolas Winding Refn :
 
Comment jouer avec l’ancienneté d’un film ? Car même sortie il y a une semaine, un film est déjà vieux.
Je pense qu’il y a une façon poétique de percevoir cela : un film n’est pas vieux jusqu’à ce qu’on le regarde. La temporalité d’un film est donc subjective. Le film voyage avec son spectateur, va jusqu’à le violer de l’intérieur pour pénétrer son esprit. C’est ce que j’essaye de faire avecdu site.
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Pensez-vous que les médias physiques n’existeront plus dans quelques années ?
Oui. Je ne crois plus à ces médias, il n’y a plus d’intérêts à en posséder. Quand je regarde les enfants, je me rend compte qu’ils ont une façon totalement différente de consommer les films, par rapport à ma génération ou à celle de nos parents. C’est important de cultiver la différence entre les générations : il est donc nécessaire d’enterrer ces anciens médias.
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Comment sera ce site, dans 10 ans ?
J’espère qu’il proposera essentiellement mes films ! [Rires]
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Comment sélectionnez-vous ces films : par des expériences personnelles, ou avec une véritable fouille dans les archives difficiles d’accès, comme le travail d’un programmateur en festival ?
C’est une combinaison des deux. Un mélange entre des films plus ou moins connus et des films dont la provenance est obscure, dont personne n’avait entendu parler. J’ai eu une expérience étrange avec l’université d’Harvard, qui est partenaire du site byNWR, au sujet de Nest and the Cuckoo Birds (NDLR : l’un des trois premiers films lancés en février 2018). Le film n’existait que parce que le groupe The Cramps avait écrit une chanson dessus. Il y a un an, j’ai eu un appel d’Harvard : ils avaient trouvé une copie du film dans un vieux cinéma. Et j’ai dit : mon dieu, il me le faut. Nous avons dont fait un partenariat et j’ai payé la restauration, je n’avais même pas vu le film ! [Rires] Je l’ai donc visionné, et c’était comme je l’imaginais : unique. On avait jamais vu un directeur mettre son nom sur un film autant de fois. Le film englobait aussi une histoire : réalisé par un inconnu, en Floride dans les années 50, totalement bohémien. On a donc mis en place une équipe d’enquêteurs pour fouiller son passé, il y avait des choses incroyables sur sa vie, si bien qu’on a trouvé cela tellement excitant que la personnalité du réalisateur fera aussi partie des films présentés sur le site.
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Propos recueillis par Clara Passeron à l’Institut Lumière, 25 rue du Premier Film, 69008 Lyon
Merci à Nicolas Winding Refn et à l’agence Bureau pour cette rencontre presse
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