William Friedkin et son rapport au cinéma

William Friedkin est un réalisateur américain qui figure dans les derniers en dates ayant réalisés des films à succès durant l’âge d’or du cinéma (années 70) aux États-Unis. Toujours adepte d’une certaine violence mais avec la douceur d’un regard de metteur en scène pointilleux, Friedkin a proposé au tout Hollywood et à plus grande échelle des films aux sujets forts : L‘Exorciste, récit d’une jeune fille possédée par un démon que l’on tente de faire sortir, La Chasse (présenté pendant le Festival Lumière le mercredi 18 octobre), l’histoire de meurtres à répétition dans un club gay SM des années 70, avec un Al Pacino en filature, et French Connection, sur la mafia à Marseille, avec toute la dureté à laquelle les policiers se confrontent, entre corruption et assassinats répétés. William Friedkin revient sur sa carrière, notamment sur ce dernier film qui lui a valu plusieurs récompenses, et nous parle plus globalement de l’industrie du cinéma. Rencontre au Comoedia, cinéma d’arts et d’essais et partenaire du Festival Lumière.

William Friedkin au Comoedia, le jeudi 19 octobre 2017

William Friedkin et la mise en scène

Les mises en scènes sont propres à chaque réalisateur. Ainsi, Friedkin nous parle des techniques utilisées dans sa réalisation notamment pendant French Connection, sur la traque de la mafia marseillaise célèbre pour ses trafics d’héroïne de hauts niveaux : « Lorsque vous mettez en scène un film, vous installez l’éclairage, vous expliquez au chef opérateur comment les acteurs vont arrivés sur le plateau, vous dirigez ensuite les acteurs : viens là, assis-toi ici, fais ce geste. Mais le cameraman est celui qui joue le rôle le plus important, il est en collaboration totale avec le directeur de tournage. » Dans French Connection, il y avait un cameraman singulier. Son nom était Ricky Bravo. Il avait entre autres filmé l’intégralité de la révolution cubaine aux côtés de Fidel Castro, juché sur une colline, de la Sierra Maestra à la prise de la Havane. « C’était quelqu’un de talent, et je lui faisait confiance. Alors dès qu’une scène commençait dans French Connection, je n’annonçais strictement rien de ce qui allait se passer. Les acteurs savaient où aller donc je disais simplement à Ricky : filme ! » Les choses étaient effectivement mises au point avec le directeur de la photographie du film. Ainsi, Friedkin voulait créer une ambiance de documentaire, où la spontanéité est reine. Aucune scène ou presque n’a été tournée deux fois. Il fallait créer du réel : peu importe la brutalité des mouvements de caméra. « Ricky me disait souvent qu’il filmait sans pouvoir voir quoi que ce soit. Mais ça m’était égal, la règle d’or était : n’éteins jamais la caméra. » Friedkin avoue ne pas avoir été intéressé par la composition des plans dans ce film, contrairement à la réalisation de l’Exorciste. Il ne fallait que de la spontanéité.
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Le succès massif de French Connection
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« Quand j’ai tourné French Connection, je ne m’attendais pas à recevoir des nominations aux Oscars, et encore moins à recevoir des prix. L’âge d’or de ce cinéma arrivait et je présentais un film provocateur, inédit, qui a capté quelque part l’attention. » French Connection aura reçu en tout 5 oscars sur 8 nominations. « C’était étonnant, parce que nous n’avions pas vraiment fait de script pour ce film. Nous connaissions simplement l’histoire. J’ai passé du temps avec les flics qui ont participé à l’arrestation de la mafia et c’est comme cela que nous avons eu tous les dialogues. » Le réalisateur soutient cependant qu’il ne croit pas aux Oscars, ou à quelques autres formes de récompenses attribuées par des jurés : « Un film ne peut pas être fondamentalement meilleur qu’un autre. Excepté pour soi, sur un plan individuel. Il y a des films que vous pouvez adorer alors que je n’en aurais jamais entendu parler, alors comment dire qu’un film est meilleur que tous les autres ? » L’industrie du cinéma est donc considérée pour William Friedkin comme une véritable machine à propagande, qui ne sert qu’à faire de la publicité à certains films, sans équivalents. Il s’agit d’une sélection strictement subjective. « Alors pourquoi dire que French Connection est meilleur qu’un autre film ? » ajoute-t-il. Quand on s’avance vers lui pour le féliciter pour ces divers prix, il s’étonne toujours de cet intérêt pour les récompenses. En s’adressant au public du Comoedia, venu voir ou revoir ce film culte, Friedkin ajoute : « Vous voir ici, 47 ans après la sortie de French Connection, est un hommage beaucoup plus probant qu’un Oscar.« 
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Tout le monde peut faire du cinéma
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William Friedkin encourage ainsi les jeunes talents qui ont envie de créer, d’inventer, de proposer un nouveau cinéma, de se lancer et ce par n’importe quel moyen. « Il est possible de faire tellement de choses aujourd’hui, que je ne serais moi-même jamais capable de faire ! Investissez dans une petite caméra et de filmer ce qui vous intéresse. Postez ensuite votre vidéo sur des sites de partage comme YouTube. Des personnes verront ce que vous avez produit. Peut-être mêmes des millions. Profitez de cette chance. À mon époque une caméra était une arme massive d’environ 2 tonnes ! [Rires]« . Il complète ses propos en assurant à toutes les personnes du public qui souhaiteraient un jour réaliser un film qu’une petite caméra est aujourd’hui aussi performante qu’une caméra professionnelle : « J‘ai moi-même un jour réalisé un petit documentaire simplement avec une Go Pro. » Il souligne le fait qu’il n’est pas indispensable de faire des études en écoles de cinéma, souvent très onéreuses. Pas besoin, non plus, d’avoir à ses côtés quelqu’un qui juge notre travail en le complimentant comme en le critiquant. Ni même d’avoir des grands producteurs ou des grands studios à ses côtés. Le seul frein que l’on peut avoir, c’est soi-même. Le réalisateur insiste à ce sujet : « Ceux qui brûlent d’envie de s’exprimer peuvent aujourd’hui le faire. » En regardant le public, il s’exclame : « J’ai vu des films comme cela, réalisés avec des petits moyens par des personnes qui voulaient raconter une histoire. Et c’était très bon, car ils n’étaient pas affectés par le virus du professionnalisme. So do it ! »
Propos recueillis par Clara Passeron durant le Festival Lumière
Le jeudi 19 octobre au cinéma Le Comoedia (Lyon 7ème)