Une petite traversée

Après tout ce qu’on a connu, après toutes nos déboires, on peut dire, enfin, qu’on s’était bien trouvé. Que le temps nous paraissait moins fade, les ponts faciles à traverser. Puis après les beaux jours, la lune vient nous trouver. Doit-on alors sourire à cette aventure de passage, ou doit-on l’oublier. Prétendre, en bon guerrier, que c’était l’amitié. Et se réjouir, enfin, de ne pas l’avoir brisé.
Alors faisons semblant. Prenons cette option là. Et regardons-nous, dans quelques jours. Ou bien dans quelques mois. Serait-ce un regard incertain, une once de culpabilité ? Un souvenir certain, qui peine à s’effacer ? Ou bien les longues semaines meubleront toute gène.
Pourrions-nous n’être qu’indifférents à ce passé nuancé. Feindre par paresse une totale adhésion. Pas question de se battre si nous avions raison.
Raison d’en finir, raison de se lasser.
De préférer grandir, d’en oublier l’été.
Qui fut si dense, parfait, léger.
On retiendra les embruns
De cet océan fugace.
À bientôt, j’imagine,
Aussi vrai
Qu’on se lasse.