Rencontre avec Léna Macka, jeune illustratrice lyonnaise

Jeudi 23 novembre, dans la galerie Superposition, connue des lyonnais curieux de découvrir les artistes street de demain. Parmi eux, Léna Macka, une artiste qui prend le pinceau aussi bien pour s’exprimer sur des toiles personnelles que pour styliser les affiches d’organisateurs d’événements lyonnais (ENCORE, Le Sucre, etc). Rencontre à l’occasion de son vernissage avec une sélection d’œuvres sur le thème de l’empathie.

Léna, peux-tu te présenter brièvement ?
Je m’appelle Léna Macka, je viens de Valence, j’ai 23 ans. J’ai fait un cursus d’arts appliqués à Bellecour Ecole, à Lyon, et ça va faire quatre ans que je fais de l’illustration dans cet univers là. Macka n’est pas mon vrai nom, ça veut dire « chat » en slovaque. C’était un pseudo Facebook à la base, puis au fil du temps c’est devenu mon nom d’artiste !

Comment l’illustration est-elle devenue une partie de ta vie et quelles ont été tes influences ?
Beaucoup de choses, en fait. J’avais besoin de me soigner à une époque de ma vie. Je suis quelqu’un qui m’exprime assez mal avec les mots et j’avais pourtant ce besoin d’extérioriser pleins de choses, de mettre des images sur pleins de questions que je me posais et j’ai trouvé ce moyen. Je m’inspire beaucoup du Fauvisme  (NDLR : mouvement artistique avec une simplification des formes et utilisation de couleurs éclatantes amenés par Braque, Derain, Matisse ou encore Dufy) et particulièrement du travail de Matisse. Je suis aussi inspirée par le travail de Keith Haring.

© Léna Macka

 

A quoi ressemblaient tes premiers croquis ?
C’étaient pour beaucoup des personnes disproportionnées. Je dessinais très mal et je continue à avoir de grosses lacunes en dessin… Cet univers était personnel à l’origine, je ne faisais donc pas vraiment attention à l’esthétique au sens direct. Cela ressemblait à bonhommes sans visages, qui se démantelaient. Pour moi, c’est une façon de rendre ces personnes universelles, et pour plus tard c’est devenu une invitation au spectateur de s’identifier et de s’accrocher à l’histoire du tableau.

Comment arrives-tu à raconter une histoire ? Et comment évites-tu les quiproquos ou les erreurs de jugement ?
J’aiguille sur un titre, déjà. Pour donner un petit indice, si on peut appeler ça comme ça. Par exemple, pour Windows (« fenêtres »), on peut voir qu’on parle d’introspection avec les fenêtres qui réfèrent au jeu du double miroir et à un côté voyeuriste quand on décide de regarder à travers celle de l’autre.

Pourquoi exposer ici, à la galerie Superposition, et passer d’un art assez personnel à un événement public ?
Surtout pour entendre ce que les gens disent, comment ils interprètent les dessins. Pour pouvoir rencontrer du monde, aussi, et débattre avec eux. Cela permet d’avoir du recul sur ce que tu fais. Je suis vraiment ouverte aux critiques tant qu’elles restent constructives.
Sinon, je passe beaucoup par les réseaux, comme Instagram. Avant de les partager, je montre les croquis à mon copain et à une bonne amie. J’ai souvent peur que ce que je n’arrive pas à exprimer à l’oral se retransmette sur le dessin. Et tout à son importance : du pot de plante jusqu’au cadre vide, tout a un sens énorme pour moi. Pour I is We, les deux bonhommes s’enlacent pour en former un troisième. Le « je » et le « tu » deviennent « nous ». Ce dessin représente bien le thème de l’empathie : comment arriver à s’imaginer être dans la personne, l’aider à gérer ses problèmes, la comprendre. Sur le tapis on voit quelques formes qui devaient représenter à l’origine des visages, comme des petits esprits qui veillent sur cette personne. Je les ai tellement déformé qu’ils sont devenus des motifs purement esthétiques.

© Léna Macka x ENCORE

Comment est arrivée ta collaboration avec ENCORE, collectif réputé à Lyon pour l’organisation d’événement musicaux ?

J’ai commencé à travailler avec ENCORE dans le cadre d’un stage, et pour Le Sucre c’était par une association avec qui je travaillais, Arlio, un webzine qui organisait à l’époque pas mal d’événements sur Lyon. On a renouvelé avec ENCORE pour une deuxième année, et le petit plus c’est que je serai payée.

Aujourd’hui tu aspires à quoi ?
Je pars sur Paris pour rejoindre le salon de tatouage Les Maux Bleus, et tatouer comme apprentie aux côtés de Carlo Amen. Il fait des choses assez cubiques, en couleur. Je vais quand même garder le dessin qui est vraiment important pour moi, et le tatoo va être la petite finalité. Je suis quelqu’un qui speed beaucoup et qui fait plusieurs choses en même temps. J’ai longtemps cumulé un 35h avec le dessin, les événements, tout ce milieu artistique. Qui vivra verra !

 

Propos recueillis par Clara Passeron à la galerie Superposition, 11 Rue Longue, 69001 Lyon

Exposition de Lena Macka du 23 novembre au 18 décembre 2017