Mondes Flottants – La 14e édition de la Biennale d’art contemporain de Lyon

La 14 ème édition de la biennale d’art contemporain s’installe en même temps que l’hiver à Lyon, devançant la neige de quelques semaines. Nous avions pu assister en novembre dernier à une symphonie bien particulière en plein cœur de la ville.  Le Dôme installé pour l’occasion sur la célèbre place Antonin Poncet (Lyon 2e) proposait une installation étonnante : une grande cuve d’eau chaude qui, par l’effet de la température, des mouvements des spectateurs et des différents cours d’eau, laissait s’entrechoquer des récipients vides de sorte à créer de la musique. Et donc de l’art.

À l’intérieur du Dôme – Place Antonin Poncet

Bon point, donc, dans la lignée artistique de cette année : créer de l’art dans une ambiance urbaine. L’installation prenait donc sens dans le décors aplani qu’offre d’habitude la place, par son étendue d’herbe prisée à la belle saison. Le passant était donc intrigué par cette structure érigée temporairement, laissant penser à une yourte Mongole. Seulement, La Sucrière a proposé une toute autre forme d’art, qui se veut plus brut, presque dénaturé d’une forme d’art au sens propre. Ainsi, dans les bâtiments de ce lieu, particulièrement fréquenté par la jeunesse lyonnaise avec son célèbre rooftop Le Sucre à deux pas, se sont installées pour trois mois de biennale des œuvres… originales.
Nous sommes frappés tout d’abord par l’immensité de la pièce et par ses installations éparses, presque posées là l’air de rien. Dommage, donc, d’avoir choisi comme témoin cette salle aux murs clairs, parsemés d’une oeuvre dont on ne saisira le sens qu’en la dévisageant de plus près. Cette volonté peut cependant se justifier par l’idée d’une métaphore de la société : dans sa cohésion, sa complexité et ses liens. Mais cela, nous ne le comprenons parfois qu’en nous épanchant sur les posters aux côtés des œuvres. Ainsi, nous comprenons que l’envolée d’oiseaux représente les migrants, ou que cet amas de pierres brutes abordent l’architecture dans son plus simple appareil. Mais est-ce à l’artiste de devoir justifier son oeuvre ? N’est-ce pas au spectateur de percevoir immédiatement, grâce à ses sens et à ses émotions, l’art qui lui est proposé ?
Une sensation de gène tient donc sur toute la durée de l’exposition : celle de tantôt de rien saisir de l’oeuvre proposée et maladroitement mise en place par la biennale, ou tantôt de ne rien saisir paradoxalement à l’explication donnée sur l’oeuvre même. À vous, par exemple, de traduire l’une des nombreuses phrases ayant pour but d’expliciter l’oeuvre : « La représentation d’une prothèse évanescente du bâtiment industriel« . Non là l’idée de railler le choix de ces explications. Mais l’art contemporain est si complexe qu’il peut rapidement mettre une distance entre le spectateur et l’artiste. Il est donc nécessaire de faire passer le message initial, si ce n’est pas la représentation physique de l’oeuvre, par des mots qui l’étaye grâce à un vocabulaire adapté à l’ensemble de l’audience, tant par l’âge, par le niveau d’étude que par sa sensibilité à l’art (d’avertis à amateurs). Tout le monde doit pouvoir critiquer ce qui est mis à sa portée, sans quoi l’art contemporain peut perdre sa définition même d’art urbain.
Cependant, cette 14ème édition prend le parti, osé, de sortir des sentiers battus. En faisant le choix d’installations quasi « organiques », Mondes Flottants invite le spectateur a se poser la question, qui, finalement, est la plus importante : qu’est-ce que l’art ? Est-ce que l’objet posé à côté de moi est art ? Ou le bâtiment industriel aperçu au détour d’un trajet ? Est-ce que tout peut se justifier et est-ce que tout est à sa place ?
Métaphore constante de la société et de ses failles, la biennale s’active à ne plus laisser certains maux de notre époque de côté : déforestation, crises politiques – en Colombie notamment -, crise des migrants, agriculture, manque de dialogues. Peut-être est-ce alors un choix de ne pas nous décortiquer des sens tout faits à ces installations ? Pas sûr. Mais le risque reste néanmoins à saluer. Vous avez jusqu’à janvier 2018 pour vous faire votre propre avis.
Lieux : La Sucrière – 49/50 Quai Rambaud, 69002 Lyon 
Le MAC – Cité Internationale, 81 Quai Charles de Gaulle, 69006 Lyon
Jusqu’au 7 janvier 2018  
© Clara Passeron