The Last Family de Jan P. Matuszynski

Beksinski est un peintre surréaliste reconnu dès les années 60 en Pologne. Maître de l’art abstrait, il s’exerce quotidiennement dans une pièce intimiste de son appartement polonais, à l’étage à deux chiffres d’une tour de quartier résidentiel. Entre quelques sons feutrés de radio, une cigarette, des venues discrètes de sa femme, Zofia, et tonitruantes de son fils, Tomasz, qu’ils ont logé pas plus loin que dans la tour d’en face, Beksinski évolue et découvre plusieurs formes d’art, comme le photomontage et la vidéo.
Jan P. Matuszynski propose un premier long-métrage qui sonne comme un biopic peu romancé : il s’agit là de la véritable histoire, dramatique, d’un peintre reconnu qui a fait de sa vie privée un objet d’art. Tout pourrait bien se passer. Le succès, même, pourrait redorer les sentiments froids entre ces membres d’une famille atypiques. Mais non. Car la mort rode presque en permanence dans cet appartement. D’abord Tomasz. Il a 20 ans, et essaye sans arrêt de mettre fin à sa vie. Médicaments, gaz allumé dans une pièce aux parois scotchées, il n’en est pas à son premier essai mais la musique va quelque part, lui donner une raison de repousser son geste si ce n’est de se résigner. Puis, dans l’appartement de Bekinski et Zofia, èrent deux vieilles dames. La grand-mère et la tante, dont la santé respective nous peine à envisager un avenir fringant. Mais si le réalisateur nous amène dans un quotidien plutôt basique, le choix du rebondissement est tout à son honneur.
Jan P. Matuszynski part avec la difficulté d’un biopic à la fois extraordinaire et extrêmement banal. Celle d’un artiste qui peindra pendant des années des œuvres reconnues, et filmera sa vie avec le soin d’un directeur de la photographie dans la nécessité de tout prendre, tout capter, tout garder. Cette lumière, ce coup de gueule, ces assiettes cassées et ces traits fatigués. Nous nous plongeons donc dans cette noirceur voyeuriste qui nous tend à la manière d’un film à suspense. Les scènes entre l’ascenseur du peintre et celui de son fils sonnent comme des chapitres d’une histoire toujours en rebondissement. Chaque visite d’un appartement à l’autre s’entrecoupe d’une marche silencieuse, sous la pluie, le vent, la grisaille. C’est une Pologne triste, même si l’art de Beksinski se veut jovial et emplit d’une imagination qu’il teste chaque jour. Le spectateur subit le silence de ces moments d’attente, de première porte d’entrée de l’immeuble jusqu’au pallier de son fils : que va-t-on y trouver ? Le calme ? La tempête ? La mort, ou la vie ? Beksinski compose avec tout cela et filme son quotidien comme une télé réalité. Et si, le véritable art, n’était pas celui qu’il peint mais ceux qui l’entourent ?
 
Difficile, donc, de ne pas voir le drame dès les premières scènes de The Last Family. Le titre, lui-même, sonne comme une annonce. Et pourtant, cette belle famille appréhende la fin comme une fatalité : elle rode tellement, entre ces femmes âgées, les actes suicidaires et les fumées de cigarettes, qu’elle devient familière. Membre à part de la famille. A cela vient même s’ajouter quelques touches d’humour noir comme la phrase lâchée par Beksinski à son fils, lorsque nous apprenons le cancer de Zofia : « Promets-moi de ne pas essayer de te suicider pendant qu’elle est en vie ».
The Last Family est, en somme, un long-métrage sombre mais saisissant. Dans les lubies artistiques de Beksinski se cachent des intentions nobles de repousser la mort au sein de sa famille. Mais peut-on vraiment choisir quand cette dernière frappera ? Et qui aura le dernier coup ?
Sortie en salles prévue le 17 janvier 2018