Los Modernos : Dialogues France Mexique, au Musée des Beaux Arts

L’exposition Los Modernos s’intéresse aux influences du Mexique et à son regard sur le monde. Conçue sous des thématiques précises et par ordre plus ou moins chronologique, Los Modernos rend compte de la pluralité des mouvements que le grand Public n’associerait pas spontanément à cette région du globe. Dès les années 1900, Diego Rivera s’empare de la culture mexicaine pour en créer son propre trait, partager avec le monde comme vitrine un gout pour les couleurs entre cubisme et figuration. Mais qu’en est-il des artistes mexicains pratiquant avant lui, et des européens pour qui le Mexique fut une source de création ?Ainsi, nous retraçons les différentes époques du Mexique et ses mouvements artistiques. L’hommage est rendu, aussi, aux peintres Européens ayant croisés leurs influences avec celles du pays durant leur parcours artistique. Léger, Bacon, Picasso : chacun traitera de sa rencontre avec le Mexique sous un trait de pinceau qui lui est propre.
Dès ses débuts, le Mexique côtoie de près les mouvements artistiques de ses compères outre-Atlantique. Les artistes explorent, analysent, pour recréer un art tout aussi coloré et fantasque. Naissent ainsi des peintures qui s’apparenteraient aujourd’hui au photomontage dans le domaine de la photographie. Ainsi, les portraits d’artistes comme Gino Severini ou Maria Izquierdo se plaisent à mélanger figuration et imaginaire. Parfois le fond manque à la peinture, donnant un aspect presque inquiétant aux personnages pris au piège d’un univers sans décors. Puis d’autres portraits s’amusent à créer, cette fois, un décors autour de ses sujets immobiles. l’art populaire tire les racines d’un passé précolombien. Ainsi, l’un des premiers peintres français à traverser l’Atlantique, Jean Charlot, devient une figure importante de l’art mexicain et entame ce qui fait le lien de l’exposition : les relations entre la France et le Mexique.

Maria Izquierdo – Ma tante, un petit ami et moi

Los Modernos parcourt donc les mouvements : cubisme avec la confrontation de Léger, Delaunay et Gleizes avec le regard de Cueto, Rivera et Zarraga. Les premières inspirations s’entremêlent rendant un art complémentaire, nécessaire, permettant de tirer vers le haut le talent du Mexique au regard de ses compères français. L’Europe regarde désormais le Mexique frontalement, avec l’envie de tout comprendre sur les démarches esthétiques singulières du Muralisme entamées par Diego Rivera, David Alfaro Siqueiros et José Clemente Orozco. L’exposition, qui jusque là nous juxtaposait les œuvres de la France avec celle du Mexique pour en dépeindre les ressemblances nous propose de nous aventurer vers un Mexique nouveau : un Initiateur. Octavio Paz citera cette époque par ces mots : « Un groupe de peintres vit la réalité avec d’autres yeux, un regard neuf et non avec celui de l’art académique ». Cette phrase témoigne de l’immense travail dont a fait preuve une poignée d’artistes pour soulever leur pays au rang des plus grands peintres du XX ème siècle.
L’exposition rend également hommage aux femmes, peu citées dans les relations France-Mexique de cette période charnière. Fida Kahlo, notamment, fascine par un art démesurément coloré, surréaliste et sombre dans le fond. Libérées des codes, ces artistes vont préférer un art plus personnel, à la portée symbolique très forte. Seulement, le spectateur ne peut identifier tous ces symboles et c’est ce qui rend l’art mexicain si saisissant. De là, la britannique Leonora Carrington, la française Alice Rahon, la Mexicaine Maria Izquierdo et l’espagnole Remedios Varo véhiculeront une appropriation sensible, empreinte de poésie, du surréalisme. Seulement, et là serait le point négatif de l’exposition Los Modernos, le Musée des Beaux Arts rend parfois floue la barrière des nationalités et mélange les œuvres sans réelles associations. Difficile, en tant que spectateur, d’identifier la personnalité propre à chaque région du monde. Mais peut-être est-ce là une volonté de l’exposition que de confondre tous les regards pour n’en faire qu’un chapitre commun dans l’Histoire France-Mexique, à travers les collections du MUNAL (Museo Nacional de Arte) de Mexico et de la collection personnelle du musée des Beaux-Arts de Lyon.

David Alfaro Siqueiros – Muerte al Invasor (1942)

 

Alice Rahon – La Ballade de Frida Kahlo (1956-1966)

Los Modernos nous offre tous les codes pour comprendre les relations croisées entre les peintres européens et les peintres mexicains. D’un art qui s’inspire de, à l’appropriation, pour aller jusqu’à la création et aux mouvement précurseurs, le Mexique traverse autant de marées artistiques que de révolutions au sein du pays. L’exposition met également le doigt sur certains artistes de l’ombre; délaissés dans les références collectives, et redore l’image d’un Mexique audacieux aux multiples ressorts.
Los Modernos au Musée des Beaux Art de Lyon, 20 Place des Terreaux, 69001 Lyon
Jusqu’au 05 mars 2018
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