Les coins de métro

Elle est une personne des coins de métro. La personne qui observe. Silencieuse, pliée dans cet espace infime mais conçue pour elle. Là où les sacs pendants des mains de leurs maîtresses cachent nos souliers. Là où les souffles se brisent sur la capuche du voisin d’à côté. Il n’y a pas une place où l’on peut tendre les bras, pourtant l’espace se remplit de pensées. « Vais-je être en retard ? », « suis-je assez maquillée ? ». « Que j’en ai marre. », « qu’il me tarde d’être en été. »
C’est une personne des coins de métro. Qui entend tout, tendant l’oreille lorsque celle-ci n’est pas casquée. Les respirations suffocantes des coureurs d’escaliers, les soupirs matinaux et ceux des fins de journée. Des écolos aux économes, des jeunes mamies aux sans permis. Tous se pressent, aucun répit, mais la paresse, elle, réconfortent les gens assis. Passant des traits usés à des traits qui se tendent. Ce que souhaiteraient rien qu’un petit peu leurs jambes.
Une personne de coin de métro analyse. Elle n’a que ça à faire. Alors, elle imagine. Des vies mouvementées, des chemins de vie volés. Croise des regards rieurs, d’autres un peu plus graves. Mais pas grave, qu’on se dit, quand on est compressé dans un métro. C’est juste une phase, un bout, un rien, de notre chemin jusqu’au boulot. Ou notre retour d’un apéro.
L’air frais ventant les quais font oublier ce que c’était, d’être isolé, discret; voyant le monde par un hublot. « Fini », enfin, soupirent les gens de passage. Qui pourrait croire que ce schéma ne serait plus jamais pareil ? Combien de trajets pour combien de visages ? Des wagons infinis, des visages indéfinis, et seul, dans notre coin, on répétera sans cesses la même chorégraphie.
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