Les Garçons Sauvages, entre violence et onirisme

Betrand Mandico nous dévoile son premier long-métrage, suite logique d’une importante série de courts, étendue sur plusieurs année de réalisation. Nous voici donc dans un film à la croisée du conte et du récit d’aventures, où se mêlent poésie et inconfort. Les Garçons Sauvages est l’histoire de 5 jeunes-hommes, violents, violeurs, mentant et jurant sans vergognes, et de leur rencontre avec celui que l’on nomme Le Capitaine. La méthode du Capitaine s’annonce peu commune mais sonne auprès des parents et de la Justice comme l’unique solution pour calmer les ardeurs de ces cinq anti-héros.  Ainsi débute une épopée en mer houleuse et précaire à destination d’une île aux propriétés étonnantes. Tentant à maintes reprises de se révolter, les garçons se voient rapidement condamnés aux mains dures de leur bourreau.
Bertrand Mandico nous emmène dans un voyage étrange, fantasmagorique, qui entraînent un spectateur novice dans un univers indescriptible. Mêlant photographie en noir et blanc et scènes en couleurs, le réalisateur rompt avec l’évidence et le déjà-vu. Les cinq garçons ne forment qu’un. L’utilisation habile du négatif gomme leurs caractéristiques propres, des couleurs de leurs visages jusqu’aux habits. La violence ne s’anime qu’à eux cinq et la cruauté émane d’un même corps. Ainsi grandit le film jusqu’à l’arrivée sur l’île et leur rencontre avec le Docteur Séverin, sonnant le début d’une division.
La masculinité est donc l’emblème de ce film d’aventures expérimental, aux scènes érotiques et crues, faisant immédiatement échos au sulfureux Orange mécanique de Kubrick. Mais là où réside la force de Mandico, est sa capacité à créer des images tel un façonnier, apportant à ce long-métrage une dimension irréelle, surnaturelle. Nous plongeons dans un univers où la masculinité l’emporte dès les premières scènes mais où la nature et le pouvoir de certaines paroles viennent basculer le schéma établit, apportant une douceur patiemment attendue face à la dureté de certains passages. La sauvagerie porte là un double sens entre inhumanité et lieu à la végétation luxuriante. Quelle sauvagerie l’emportera sur l’autre ?  Se tenir près, donc, à absorber toutes les frasques de Mandico mais également à s’ouvrir à la diversité de la bande-son qui regorge de surprises, allant d’un rock passionné de Scorpion aux mélodies envolées d’Offenbach et Tchaïkovsky.
Les Garçons Sauvages sont de ces films si bruts et pourtant extrêmement travaillés qui, à double tranchant, vous enivrent ou vous lamentent. Toutes émotions subjectives mises de côté, la prouesse artistique est à saluée tant par le jeu des jeunes actrices totalement bluffantes dans la peau de ces marginaux, tant par la création visuelle et sonore d’un monde parallèle inclassable. À voir.
Les Enfants Sauvages de Bertrand Mandico, sortie en salles prévue le mercredi 28 février 2018
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