Mary et la fleur de la sorcière du studio Ponoc

Mary est une jeune fille pleine d’énergie, coincée chez sa tante dans une période de l’année ressemblant aux vacances d’été. Elle déborde tellement d’envie de découvertes, que ce n’est sans grande surprises qu’elle se met à suivre un mystérieux chat, venu l’accompagner durant sa pause déjeuner. Ce dernier la mène à une fleur bleue étincelante, cachée entre les herbes folles. Cette fleur déploie alors toute sa magie et ranime un balais non loin de là qui faisait corps avec les branches. Mary s’envole sans trop d’assurances vers un îlot mystérieux, caché entre les nuages. Se dresse alors devant elle une école de magie hors du commun.
Mary, Ah, Mary, tu ravives tant de souvenirs d’enfance. Les références sont multiples dans ce dernier né du studio Ponoc, vestige du studio Ghibli. On y croise un grand escalier survolant le vide ressemblant à celui du Voyage de Chihiro, un élan sur lequel Mary grimpe, comme  Ashitaka dans Princesse Mononoke ou encore une maison perdue au milieu de la nature comme la maison d’enfance d’Hauru dans Le Château ambulant. Evidemment, on pense surtout au Château dans le Ciel, sans doute l’oeuvre la plus onirique de ces films d’animation japonais. Ces petits détails parsemés de ça et de là, qui ne changent pas grand chose à ce récit inédit, sont des madeleines de Proust à l’univers du maître de Ghibli, Miyazaki.
Mary s’émerveille face à l’utilisation de la magie mais découvre rapidement l’envers du décors. Les professeurs s’adonnent à des pratiques défiant les lois de la nature, n’hésitant pas à faire du mal à tout un pan de la faune. Cette soif de pouvoir mêlée à la magie donnent un conte faussement enfantin dans lequel il n’est pas anodin d’y trouver un public mûr, malgré l’apparence coloré et enchanteresse des dessins. Ainsi, Mary et la fleur de la sorcière évolue en un récit engagé, tentant de braver la folie des dirigeants de l’école sensés véhiculer les valeurs de la connaissance, du partage et de l’enrichissement. Face à ce nouveau monde aussi magique qu’inquiétant, la jeune Mary peut compter sur un sens profond de la justice et les conseils avisés de sa famille et son nouvel ami Peter. La magie justifie-t-elle la cruauté ? La possibilité d’augmenter les capacités de l’Homme suppose-t-elle quelques ratés ? Dans ce bouillonnement d’interrogations, nous sommes confrontés à des vices sombres rappelant la quête éternelle de la Pierre Philosophale, poussant les Hommes aux plus vils péchés. On pense naturellement au premier volet de la saga Harry Potter, avec la découverte de Poudlard et sa rapide confrontation à cette étrange Pierre, mais aussi au plus tragique destin des frères Elric dans Full Metal Alchemist et de leur rencontre avec un professeur attiré par les chimères (Nina…).
L’Ode à la nature n’étant jamais loin dans les récits des studios Ghibli, cette dernière nous prouve encore une fois qu’elle peut à tout moment reprendre le dessus. Et même sur la magie. Car, finalement, la magie est la création de l’Homme, et si ce dernier peut-être atteint alors la magie aussi. Ce conte réussit le pari assez osé de dire à son spectateur que nous n’avons pas nécessairement besoin de magie, au même titre que nous n’aurions pas besoin d’autant de sources d’émerveillement ancrée dans la volonté des dirigeants de firmes en hautes technologies. La magie serait-elle comparée à notre ère de digitalisation ? Peut-être, peut-être pas. Mais l’étonnant récit de Mary et la fleur de la sorcière vous emmènera dans un anime fortement imbriqué à notre époque, mais avec la douceur et le brin de folie éternels des héritiers de Ghibli. Ponoc en devient donc son digne successeur. Foncez.
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