la Belle et la Belle – Rencontre avec l’équipe du film

Margaux et Margaux mènent une vie pleine, semée de quelques moments de joie et de tristesse, entre Paris et Lyon. Une vie banale, en somme. Au détour d’une soirée parisienne, elles se rencontrent dans la salle de bain tamisée de l’appartement. La rencontre semble anecdotique lorsqu’elles s’aperçoivent qu’elles doivent toutes deux laver une tâche sur leur vêtement respectif. Mais le jeu monte d’un cran lorsqu’elles s’aperçoivent qu’elles partagent plus que de la maladresse et un prénom. Il s’avère en effet qu’elles partagent la même vie, à deux âges différents.
Le titre La Belle et La Belle évoquerait presque une histoire d’amour, en résonance avec le titre du conte La Belle et La Bête. Diriez-vous que l’amour est le thème principal de ce film ? 
Sophie Fillières (Réalisatrice) : Oui, l’amour porte le film. Il s’agit en quelques sortes d’une histoire de réconciliation avec soi-même. Les deux Margaux sont les deux faces d’une même femme, à deux âges différents. Le chemin qu’elles vont chacune emprunter durant le film va être une sorte de processus pour apprendre à s’aimer.  Elles vont aussi apprendre à être amie au sens fort. Notamment après l’arrivée de Marc (NDLR : interprété par Melvil Poupeau) qui vient créer un triangle amoureux.
Sandrine Kiberlain (actrice, interprète de Margaux à 40 ans) : Oui, c’est un cheminement vers l’amour que l’on porte à soi-même : apprendre à se connaitre, se comprendre, puis s’aimer. Puis le titre en lui-même intrigue, demande à réfléchir. C’est aussi ce qui m’a poussé à lire le scénario quand j’ai entendu parler du projet.
Pourquoi avoir choisit de n’avoir qu’un seul personnage qui interprète Marc, pour deux Margaux à des chemins de vie différents ? 
Sophie Fillières : Je me suis posée la question peut-être trente secondes à l’écriture du scénario : doit-il y avoir deux Marc ? Mais très rapidement, quand Melvil Poupeau a accepté le rôle notamment, je me suis dit que ça marchait avec l’une comme avec l’autre. Marc est comme le point aigu d’un triangle qu’ils forment à trois, sans que cela ne fasse glauque avec l’une ou surjoué avec l’autre. Melvil est quelqu’un que l’on a vu grandir avec les films, au cinéma. Il a commencé très tôt, travaillé avec beaucoup de réalisateurs, en passant de l’enfance, à l’adolescence puis à la maturité. Il nous est familier sans que l’on puisse pour autant le cerner à la fois comme comédien qu’en tant que personne. Melvil dégage quelque chose de princier, à la fois nonchalant, élégant et craquant. Il fallait qu’il les fasse craquer toutes les deux !
Sandrine Kiberlain : Et elle l’a trouvé ! [Rires]
L’idée originelle du scénario était-elle de réunir deux femmes que tout oppose, l’une d’âge mûr et l’autre entrant dans la vie active, mais partageant le même prénom ou bien aviez-vous d’emblée envie de créer un univers fantastique autour d’une seule et même vie ?
Sophie Fillières : la première idée que j’ai eu était très simple : deux filles s’appelaient Margaux. Puis, je me suis dit qu’il fallait que ce soit la même vie un peu par hasard, en étant sans doute influencée par d’autres œuvres cinématographiques comme Big de Penny Marshall, ou des acteurs phares comme Cary Grant, Audrey Hepburn (NDLR : jouant tout deux dans Charade, de Stanley Donen). Ce qui est original, du moins je l’espère, dans la proposition, c’est qu’il ne s’agit ni d’une plongée dans le passé, ni d’avoir une comédienne que l’on vieillit puis rajeunit. Il fallait traiter cela de manière quotidienne, sans que cela soit spectaculaire. Il fallait deux comédiennes différentes qui viennent apporter une douceur dans l’approche de ce qui va devenir une évidence.
Cela vous est-il déjà arrivé de vous retrouver dans la vie d’une autre ? D’avoir ce sentiment fort de connexion partagée par Margaux et Margaux ? 
Sandrine Kiberlain : Cela m’est arrivé avec un personnage, et non une personne de la vie courante. Il m’est arrivé au Conservatoire, à l’époque où je débutais, d’interpréter le personnage de Belise dans Les femmes savantes. Il y avait comme une évidence en dessinant son costume ou en mimant ses pas. C’était comme avoir été décrite par Molière lui-même plusieurs siècles en arrière. J’étais tellement inspirée par elle. Je pense que lorsque l’on est inspiré, on se projette en eux si fort que l’on a presque l’impression qu’ils partagent notre vie, et nous aide à nous connaître, aussi.
Agathe Bonitzer (actrice, interprète de Margaux à 20 ans) : Il m’arrivait souvent de croiser une femme quand je sortais de chez moi, tous les matins, pour aller au collège. Elle était assise à la terrasse d’un café, le Café de Bretagne. Je me disais « Cette femme, c’est moi plus tard ». Elle dégageait quelque chose de fort : elle était belle, elle semblait avoir une vie intérieure riche, elle fumait des cigarettes sur la terrasse d’un café ce qui est tout à fait fantasmé voire cliché. Puis dans toutes les amitiés que l’on peut avoir, on a ce besoin d’identification à l’autre. Ce qui est différent dans les histoires d’amour. En amitié, il peut y avoir quelque chose de toxique, de nocif dans la façon que l’on a de se projeter dans l’autre ou lorsque l’autre se projette trop en nous. L’amitié entre femmes, notamment.
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On pourrait s’attendre à un conte, et pourtant l’histoire s’imbrique totalement dans le réel. Était-ce une volonté ?
Sophie Fillières : Ce qui m’intéressait pour La Belle et la Belle, c’était de prendre un postulat totalement improbable dans le réel, qui dépasse toute possibilité, et de le traiter de manière extrêmement réaliste. Bizarrement, il s’agit de mon film le plus réaliste, car elles sont confrontées à des choses du quotidien : la situation amoureuse, la cigarette, des petits détails qui construisent une vie. Ce balancement entre quelque chose d’impossible et la réalité peut être une forme de conte. En tout cas l’invention sert à une forme de vérité : ce qu’elles éprouvent en cheminant l’une à côté de l’autre permet de leur donner les moyens d’accéder à leur vérité.
Propos recueillis lors de l’avant-première presse au Sofitel – Lyon Bellecour (Lyon 2ème arrondissement)
Merci à l’UGC et à l’équipe du film de La Belle et La Belle