Call me by your name, un déchirement comme une première histoire d’amour

Call me by your name a été le film événement de ce mois de mars 2018. Nous y faisons la connaissance d’Elio, jeune homme de 17 ans cultivé, amateur de musique classique, et Oliver, tout jeune doctorant, arrivé dans la maison familiale d’Elio pour travailler aux côtés de son père durant l’été. Tous deux ne semblent pas se lier d’une grande amitié aux premiers abords, mais c’est discrètement que les regards s’installent. Plus poussifs, plus allongés. Une passion pudique naît et créé, dans une ambiance estivale sujette à la découverte des corps, une douce montée en pression.

Le réalisateur Luca Guadagnino nous initie à la lenteur qui ne se veut jamais longuette, ou ennuyante. Car s’invitent entre ces deux personnages un troisième de taille : l’Italie du Nord. Chaque ballade en vélo, terrasse de café ou baignade dans des cours d’eau nous ramènent à nos plaisirs d’enfance dans lesquels tout était prétexte à voyager et jouir de tous ces petits plaisirs de la vie.  Dans ce décor pictural d’une Italie sauvage, nous avons les parfaits ingrédients d’un conte romanesque où le désir n’est au début que suggéré.

Ainsi, c’est par des effets de scènes efficaces que le réalisateur convient d’accélérer les choses, comme pour les maillots de bains séchant dans la baignoire dont les couleurs défilent, comme les journées. Jusqu’au moment de l’attention que se portent objectivement Elio et Oliver. Au début dans la retenue, l’histoire s’accélère et nous happe de telle manière à ce que l’on s’impatiente, tout comme Elio, de voir se retrouver à chaque fois les deux amants. La montée du désir est donc l’un des éléments clés de ce film. Les attentes d’Elio nous saisissent, ses regards posés délicatement sur Oliver, la douce sensualité avec laquelle leurs bouches se rejoignent. Nous tombons amoureux non pas de l’un ou de l’autre, mais de leur passion.

Le réalisateur réussit à recréer la parfaite nostalgie des premiers sentiments, où l’être aimé disparaît aussi vite qu’il nous a marqué. Et qui, pourtant, nous affectera encore de nombreuses années. La musique rend ainsi hommage aux années pop dans lesquelles se rencontrent Elio et Oliver, comme le groupe The Psychedelic furs, marquant les débuts d’un cadre plus resserré sur ses deux acteurs, sans pour autant que le contact physique n’ait lieu. Mais là où Lucas Guadagnino nous empoigne le cœur comme un souvenir retrouvé est dans le choix d’une bande origniale axée sur les compositions de Sufjan Stevens. Mystery of Love porte Elio et Oliver comme le symbole universel de la fraîcheur d’un jeune couple, où tout est à porté de mains, tout est encore à vivre. Ils savent que leur aventure aura bientôt une fin mais, à cet instant présent, ils ne comptent pas les heures. Visions of Gideon nous saisira davantage.

« Call me by your name, and I’ll call you with mine  » cerne parfaitement la candeur des premières histoires dans lesquelles nous inventons nos propres règles, nos mots d’amours, et nos petits jeux. Cette phrase éponyme de l’oeuvre nous renvoie chaleureusement à l’enfance et ainsi à l’innocence, parfait terreau des relations fusionnelles et passionnelles. À voir.

Call me by your name, de Luca Guadagnino à partir d’un scénario de James Ivory
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