Andy Warhol Ephemera – L’Exposition

Les éphémères : ces petits bouts de papiers, flyers, affiches, couvertures d’album ou de magazine, toutes ces images, entres autres, qui rythment notre quotidien. Un regard passé et nous voilà interpellé par ce que l’illustration désigne. Puis une seconde écoulée et nous vaquons déjà à d’autres occupations. Là est le sort des éphémères : ils ne durent jamais très longtemps.
Joseph Belletante, directeur du Musée de l’Imprimerie et de la communication graphique, a souhaité mettre en avant la collection impressionnante d’oeuvres d’Andy Warhol jamais répertoriées. Depuis 1960, l’artiste a cultivé un univers pop singulier, détournant la symbolique de certaines idoles en vogue ou nos objets du quotidien (boites de conserves, dollars…). Il est depuis fortement ancré dans la pop culture, aux côtés de ses semblables Keith Haring, Jean-Michel Basquiat, Roy Lichtenstein, Yoko Ono ou plus récemment le graffeur Banksy. Grâce aux fines recherches de Paul Maréchal, fervent admirateur de son art, certains travaux ont pu être révélé auprès de plusieurs musées (Montréal, Pittsburgh, New-York, Norfolk…) jusqu’à celui de l’Imprimerie, à Lyon.

L’exposition Ephermera est une immersion totale dans sa vision de publicitaire, déjouant sans arrêt les codes de l’époque. Elle dédie trois immenses salles à la collection de Paul Maréchal dans l’univers toujours aussi coloré et fantaisiste de l’artiste. Andy Warhol n’a pas toujours créé pour dénoncer, il a aussi, notamment à ses débuts, créé pour vendre : partenariats pour des maisons de disques, pour la presse, étiquettes à destination des petites et grandes surfaces ou pour des marques de vêtements. Ces éphémères confirment ainsi la puissance de l’art, car même dédié à un instant, il peut encore nous enivrer des heures durant. Les enjeux de ces éphémères sont ancrés dans les techniques actuelles des métiers de la communication, ayant pour devoir primaire de capter l’œil du passant et lui mettre en tête les informations principales inhérentes au produit ou à l’événement. Traversant toutes ces créations, l’idée d’une personnalité toujours en avance sur son temps nous prouve que bien que menant sa vie de publicitaire officieusement, Andy Warhol reste à part entière un artiste populaire majeur de la fin du 20ème siècle.

Affiche du film Querelle, 1982, version allemande

Sac de courses pour la marque BENETTON

 

Album The Smiths (1984)

La collection recueillie par le musée nous rend compte de la multitude des vies qu’à pu entretenir Andy Warhol jusqu’à la fin de sa vie. Nous plongeons dans un univers prosaïque, de travailleur répondant à un annonceur. Le musée évite la hiérarchisation des œuvres par importance du client ou bien la chronologie, qui auraient tout deux alourdit la thématique. Ici, il s’agit simplement de vaquer de collaborations en collaborations, passant d’une couverture d’un album des Smiths à celle d’un groupe obscur, Rat Fab. Ce qui nous permet, entre autres, d’apprécier les différentes techniques artistiques employées par Andy Warhol. S’essayant à la photographie par une séance photomaton ou testant des techniques de colorimétrie particulières comme la chromolithographie (impression en 3 couleurs), Warhol s’amuse à déployer son art vers des enseignes traditionnelles.

L’exposition Andy Warhol Ephemera joue donc sur les enjeux parallèles de certaines vies d’artistes, comme dans celle de tout à chacun. Le besoin de gloire se cogne parfois à une réalité plus rude qui est de produire pour vivre ou suivre le rythme d’une carrière en plein envol. Ces éphémères mis bout à bout balayent des époques, des tendances et des bribes d’histoires. L’exposition permet ainsi de jouir d’une double lecture entre la vie d’artiste d’Andy Warhol et la nécessité de ces documents de passage, scellés à notre quotidien. À voir.

Exposition Andy Warhol Ephemera, au Musée de l’Imprimerie et de la communication graphique, 13 Rue de la Poulaillerie, 69002 Lyon

Jusqu’au 16 septembre 2018

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