L’Homme qui tua Don Quichotte, un conte épique mais… chaotique

Vivement attendu à Cannes, le réalisateur Terry Gilliam (Las Vegas parano, Monty Python Sacré Graal, L’Armée des douze singes…) est revenu en pleine forme avec son film The Man who killed Don Quixotte, sorti en France le même mois que le FestivalUn réalisateur en vogue retourne sur les lieux de tournage de son premier film, projet d’études sur la vie de Don Quichotte, et se rend compte que ce projet a impacté considérablement le destin de plusieurs habitants du village. L’ancienne dulcinée est partie faire carrière, laissant son père et perdant de vue certaines mœurs qu’il lui avait inculqué. Le Don Quichotte de l’époque croit aujourd’hui dur comme fer qu’il est ce dernier. Et dans le village tout entier règnent méfiance et misère.

Ultra référencé, le film de Terry Gilliam se noie dans des reconstitutions de projets de films menés sur cette dernière décennie. Pour un spectateur exempt de repères chronologiques menant ce long-métrage à être reconstitué plus d’une fois, le résultat est sans appel : un scénario décousu et peu convainquant. Là où Terry Gilliam nous captivait dans son film aujourd’hui culte Las Vegas Parano, le contexte de deux hommes un peu trop portés sur les substances illicites pouvait se prêter à des moments flottants et désarticulés. Or, nous nous perdons ici dans des mises en abîmes liées à la perte de rationalité des personnages principaux, interprétés par les excellents Jonathan Pryce, le faux Don Quichotte, et Adam Driver, réalisateur cynique du nom de Toby Grisoni. La difficulté de s’accrocher à ces personnages est réelle tant ces derniers manquent d’empathie. À force de côtoyer leur folie ou leur cynisme, la lassitude vient pâlir l’ambiance déjà pesante du film.

Parallèlement à ces moments de battement, notre attention se porte alors sur le décors, élément dominant du film, entre désert et atmosphère de Château. La photographie peine à se révéler surprenante ou même gracieuse. L’esthétique globale rend donc hommage au fond : on s’y amuse, sans grandes émotions.

Reçu à Cannes en grande ovation lors de sa première au Théâtre Lumière, le samedi 19 mai 2018, ce salut tient davantage de la persévérance du réalisateur à accoucher d’un projet fastidieux que de ses qualités intrinsèques. Un hommage rendu à Jean Rochefort et John Hurt, pionniers du projet et décédés ces derniers mois, clôture obligeamment le film. Malgré cette bienveillance générale, L’Homme qui tua Don Quichotte peine à produire des étincelles. À éviter.

 

Film visionné durant le Festival de Cannes, le 19 mai 2018
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