3 Jours à Quiberon d’Emily Atef

1981. Romy Schneider, actrice iconique de son époque et adulée dans toute l’Europe, semble usée par sa carrière débutée à l’âge de 14 ans. Elle séjourne alors dans un hôtel, à Quiberon, dans une France qu’elle a connu d’amour et d’aventures avec Alain Delon. Seulement là, il ne s’agit plus de rires ou de plaisirs. Plus autant, du moins. Romy apparaît triste, portant sur ses épaules fragilisées ses rôles de mère, de femme, de veuve. Et portant surtout, depuis trop longtemps, les étiquettes qu’on lui a collé. Malgré ce contexte, elle accepte de conduire une interview avec un ancien ami photographe, accompagné d’un collègue journaliste. À ce trio s’ajoute alors une amie d’enfance, Hilde, venue prendre soin de l’actrice.
Nous passons donc 3 jours à Quiberon avec ces quatre figures, dont chacune d’entre elle va révéler, au cours du film, ses propres failles. La réalisatrice Emily Atef nous immerge dans une ambiance minimaliste, entre les chambres d’hôtel du Sofitel et les plages de Quiberon, dans des nuances de noir et blanc. Nous avons donc l’étrange impression, amorcée dès les premières images du film par la ressemblance frappante entre l’interprète de Romy Schneider, Marie Bäumer, de nous trouver dans un documentaire poignant où se livre à cœur ouvert l’actrice. Si cette impression demeure, elle n’en est que confirmée par la véracité de l’interview qui sera publiée quelques mois plus tard au magazine Stern, cité dans le film, sur cette année 1981.
Entourée du photographe Robert Lebeck et du journaliste Michael Jürgs, Romy parle de ses blessures, de ses ratés, non sans une pointe de manipulation amenées par ces deux professionnels. Le regard est ici le point fort du film.  À travers les yeux de Romy, nous sentons la tristesse d’une âme d’enfant enfermée dans un corps trop rapidement exposé. La réalisatrice propose un jeu de regard entre celui de l’amie, profondément bienveillante, et du journaliste, épiant en arrière-plan les faits et gestes, mais surtout les paroles qui coulent à flots irréguliers de l’actrice. Car il ne s’agira que de cela, durant ces 3 jours : une fluctuation incessantes de dires, une oscillation dramatique entre une joie presque candide et un profond mal-être. Romy est celle que tout le monde aime, que tout le monde adule. Mais aussi que tout le monde accable au moindre faux pas. Elle est cette Sisi éternelle que ses rôles actuels ne détrôneront jamais.
Marie Bäumer offre une prestation remarquable de la pluralité des émotions qui traversent de toute part l’actrice, à chaque moment, à chaque question, à chaque cigarette. L’opacité de la fumée qui meublent tous les recoins des scènes ouvrent une réflexion intéressante sur l’opacité de la vie. Même lorsqu’elle est ouvertement triste, la douceur de sa voix et un optimisme viscéral font d’elle une figure de combat. Ce à quoi elle rajoutera, raturant, pour correction, la conclusion fataliste du journaliste :  « Je vivrai, et heureuse en plus« .  À voir.