Une aventure à Cannes – Pass 3 Jours

C’était il y a plus d’un mois, et pourtant, la sensation de fouler la croisette, pleine d’envie et d’une curiosité folle de découvrir les dessous d’un Festival de renom, résonne encore comme une comptine régulière. C’est vrai que j’y étais. C’est vrai que, malgré la vitesse à laquelle ces trois jours ont sifflé, c’était vraiment une belle aventure.

Contexte. Le Festival de Cannes ouvrait cette année une accréditation appelée « 3 days in Cannes  » (international oblige). Cette accréditation donnait accès aux séances des films de la Sélection Officielle (Compétition, Hors Compétition, Séances Spéciales, Un Certain Regard, Cannes Classics, Cinéma de la plage) durant le Festival et permettrait à des jeunes venus de tous milieux, tous pays confondus, de participer à ce battement de cœur commun, vibrant de nouveauté et de découvertes. Pour le dire a eu la l’immense chance d’être reçu parmi les 1000 accréditations attribuées aux cinéphiles entre 18 et 28 ans sur ce nouveau format. Annoncé comme un premier pas vers la reconnaissance des amateurs du 7ème art exempt de réseau qui se a tisser sur une toile de Géricault, encensé par les médias culturels, et largement promotionné par le Festival lui-même, nous arrivions sur la croisette le cœur gros et le carnet de notes cornés glissé dans notre sac à dos.
Seulement, tout n’est pas toujours si rose. Evidemment. Un premier état de transe m’a traversé quelques secondes après l’ouverture du mail du Festival, déverrouillant une première porte d’accès au Palais : comment se loger ? Car oui, nous avons tous les pass droit durant trois jours, mais il faudra bien trouver où dormir durant, au minimum, deux nuits, et dans l’optique de profiter du dernier soir avec la cérémonie de clôture, trois. Quelques options s’offraient alors :
– Errer jusqu’à épuisement dans les salles obscures abondant le Palais des festivals, et, lorsque le film n’était pas si bon ou que les nerfs ne tenaient plus, fermer les yeux et se laisser bercer par la chaire molletonnée des fauteuils rouges. Priant ainsi pour que la bande originale du film n’alterne pas entre techno minimale et rock des années 90. Même si, en temps normal, j’adore ça.
– Brandir une pancarte à chaque fin de soirée du Festival mentionnant la recherche d’un logement pour la nuit, moyennant un repas ou simplement des partages d’expériences autour de ce milieu. Comme pour Edwin, croisé par hasard dont je découvrais l’histoire plus tard dans un article (son aventure ici)
– Tenter le tout pour le tout, en appelant oncle, tante, amis, connaissance, journalistes rencontrés sur divers événements, anciens collègues. Tout était à balayer.

L’option 3 semblait être la meilleure. Nous ne savons jamais d’où peuvent arriver les mains tendues que l’on recherche impatiemment. Et parfois, cela nous réserve de belle surprise. Un ami d’une amie descendait durant la semaine, hébergé par sa boite de production parisienne. Un coup de fil passé à son maître de stage plus tard, le tracas était envolé : « La boîte est d’accord pour que j’héberge une amie ! Il faudra simplement éviter les soirées  » . Aucun problème. Puis ce n’était certainement pas dans cet appartement que se passeraient les soirées cannoises, la croisette nous attendait, avec son lot de soirées bordant la mer et la terrasse Villa Schweppes, aux allures du rooftop Le Sucre à Lyon, qui attendait selon les dires les certains Eddy de Pretto, Busy P et Orelsan. Logement : coché.

Arrive ensuite la question du transport. Lyon-Cannes : 5 heures de voiture. Chouette. Mais je n’ai pas de voiture. Et pas non plus de permis (prend ça, ego). Restaient alors les alternatives du train ou du covoiturage. Pourquoi pas les deux ? En regardant sur le site Ouigo, le low-cost de la SNCF, je fus ravie de voir qu’il était possible d’effectuer un trajet Lyon-Marseille, en 2 heures de temps, pour la modique somme de 10 euros. Oui. 10 euros. Merci internet, merci la SNCF malgré tout ce que tu peux provoquer de haine en nous pendant tes grèves. Sauf qu’il ne s’agit pas du Festival de Marseille, vous l’entendez. La relève a donc été prise par Blablacar, que l’on ne présente plus. Un trajet Marseille-Cannes d’environ 2 heures coûtait environ 15 euros, pouvant même descendre à 12 euros pour les plus économiques. Le trajet était donc réservé, pour une durée totale de 4 heures au lieu des cinq prévues sur une route prise uniquement en voiture, et coûtant environ 50 euros aller-retour. Transport : coché.

Jeudi 17 mai, 8h08, arrivée à Cannes. Ou plutôt au Cannet, surplombant la ville, le chauffeur du Blablacar nous souhaitant pas entrer dans cette zone de guerre et nous le comprenions bien, mes compagnons de route et moi. Un petit bus nous déposa alors en plein milieu de la croisette, où nous arrivions, valise cabine en main et sac ou sac de voyage au dos. Rapidement, je croise des collègues du Pass 3 jours grâce au signe distinctif du badge orange pendant à notre cou par un cordon noir officiel du Festival de Cannes. Classe. Bon. Où va-t-on les chercher, ces Pass ? Quelques doigts de vigiles tendus gentiment, affinant la direction à prendre, j’arrivais au bureau des accréditations. Le précieux me fut alors remis, ainsi qu’un sac en coton noir au logo du Festival, un catalogue officiel et quelques magazines et prospectus divers. Accréditation : cochée.

Voici alors le vif de l’expérience Cannoise, même si ce qui précédait enrobait toute cette aventure et s’avérait être, de surcroît, des étapes essentielles à la préparation d’un séjour de ce type, où nous ne connaissons personne et ne sommes préparés à rien. Les individus et les couleurs de badges affluent dans un rythme incessant de de hâte, d’empressement, de joie et de pression. L’idée majeure ? Trouver des places sur des films où seules les personnes avec invitations peuvent entrer. Mais alors, comment décocher ces invitations ? Simple. Avec une feuille, un stylo, et sa plus belle écriture. Cela fait tout drôle au premier abord de voir des personnes quémander des billets, et puis, quand on voit que certaines personnes leur tende alors ce papier épais, nous nous disons que rien n’est impossible. Et nous brandissons, à notre tour, un papier mentionnant une invitation pour Un couteau dans le Coeur avec Vanessa Paradis, Capharnaum, de Nadine Labaki, Dogman, de Marcello Fonte, ou encore Solo, le préquel de Star Wars sur la vie d’Han Solo. Après plusieurs demandes directes, qui paraissaient plus chaleureuses que d’exposer frontalement sa pancarte « Recherche invitation [mentionner le nom du film]« , certaines personnes de la queue s’affairant devant le Théâtre Lumière, lieu de la projection de plusieurs films de la sélection officielle,  se sont mises à tendre les sésames :

« Mon mari devait venir avec moi, mais n’ira pas  » ;

« Je ne peux pas vous donner d’invitation pour ce film-là mais si vous voulez, j’ai une invitation pour un autre film à 17h au Théâtre  » ;

« Notre cinéma de quartier qui est partenaire du Festival nous a donné beaucoup d’invitations, il est impossible de tout voir !  » .

Chaque situation expliquait la raison de ce don, simple et accompagné d’un sourire bienveillant. De personnes âgées ne pouvant enchaîner toutes les séances aux journalistes aux invitations débordant de leur carnet, les invitations se donnent, s’échangent, se troc. Mais ne se vendent jamais. Il suffit de persister, et d’attendre. Parfois une demie heure, parfois trois heures sous un soleil battant pour prétendre à une invitation de la Cérémonie de Clôture, annonçant qu’une centaine d’invitations seraient données le jour même à l’entrée. Mais la beauté dans l’attente réside dans le fait que tout le monde peut être quelqu’un. Le temps d’un défilé, d’une montée des marches, d’une séance ou d’une interview sur la croisette. Cela semble difficile à imaginer et requiert une certaine forme de patience et d’aplomb, mais le résultat apporte de belles surprises et des surprises tellement inattendues qu’elles en deviennent mémorables.

Certains films visionnés sur Invitation donnée : Capharnaüm et Dogman.

Cannes est donc un cafouillis intense, dans lequel vrombissent les passants, les réalisateurs et les cinéphiles. On y parle anglais, français, japonais ou italiens. On y découvre des long-métrages superbement bien filmés et écrits et on s’étonne, parfois, de l’encensement d’une projection nous laissant sur notre faim. L’émulation vive des accrédités du Pass 3 jours offrait à ce Festival une jeunesse innocente et désireuse de tout voir, tout savoir. S’abreuver durant trois jours de tout ce que cette expérience a à donner. Nous étions comme une colonie de vacances de cinéphiles lâchée sur le parvis du Palais, majestueux et surpeuplé. Ce court séjour à Cannes m’a marqué, car il a montré d’une part que tout rêve pouvait être accessible à un amateur persévérant, mais surtout qu’en se donnant quelques astuces entre chaque festivalier, nous pouvions constater que ce milieu n’est pas fait que de mondanités vaines et de requins. Le cinéma et son univers semblent réserver quelques belles surprises.
À tous ceux qui veulent y croire : vous êtes déjà à la moitié.

Festival International du film de Cannes, du 08 mai au 19 mai 2018
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