Encore quelques poussières

Elle a peur de vieillir. Peur, et elle le sait. Tout comme elle connaît la bêtise de cette pensée. Car vieillir, on y est destiné. Voir nos ongles se durcir, nos peaux s’effriter. Nos joues se creuser et nos envies s’amoindrir. Mais elle en a peur, et c’est un fait. Peut-être a-t-elle un rêve à atteindre qui se brisera avec les rides ? Une soif d’apprendre qui coule au précipice, un bateau chargé d’Histoire voguant vers la dérive.

Elle a peur en regardant les gens. Pas seulement ceux qui passent, aussi ceux qu’elle connaît. Elle sait, qu’avant elle eux aussi avaient un rêve. Et c’est ça le pire : comment en sont-ils là ? Par résignation ? Par désir ? Leur a-t-on un jour dit « Tu ne réussiras pas » ? Ont-il un jour voulu fuir ? Ou finir comme cela et comme ceux-là ? Finir, ce n’était pas son plus beau mot. Ils n’étaient pas finis. Mais ils n’étaient plus à réinventer. Y avait plus qu’à bannir les folles idées, à noircir les défis à cocher.
Elle les regarde et y cherche la misère. Possible qu’elle fabule, qu’elle y ajoute du drame. Mais s’ils ont ce visage, c’est bien pour une raison. Signe du temps qui n’épargne personne. Il faut payer comptant. Récolter pour après les fruits des années. La cagnotte sonne. Vous avez 60 ans.
Alors elle veut tout donner, maintenant. Vivre pour le moment. Le moment présent. Y vivre. Surtout, y rester.
© Pour le dire