Gustav Klimt à l’Atelier des Lumières – Paris

Dans les rues du 11ème arrondissement de Paris, un étrange Atelier se cache. L’Atelier des Lumières. Et si son nom rappelle les frères du Cinéma, il n’est pas sans évoquer le concept-même de cette institution culturelle : bâtir l’oeuvre autour de la lumière. Ainsi, l’Atelier des Lumières propose une exposition immersive de Gustav Klimt, suivie d’une découverte plus succincte de l’artiste Hundertwasser et du collectif Poetic AI. Découverte.
Passés les portes noires du début de l’exposition, nous découvrons une pièce singulière dans laquelle l’art se colle à notre peau, et défile sur celle du voisin pour se plaquer contre d’immenses murs originairement blancs. La lumière s’expatrie de tableaux en tableaux, et nous, spectateurs, traversons cette pièce, intrigués. Nous nous arrêtons. Et contemplons. Au gré des minutes, les gens s’assoient et s’approprient, d’un balancement de tête, les murs de l’Atelier. Autour de nous, il y a aussi la musique. Classique, et c’est de mise : les instruments et les chants lyriques accompagnent les oeuvres avec énergie, vivacité, sans quoi le concept tendrait à s’épuiser. L’exposition immersive de Klimt se contemple les oreilles grandes ouvertes et offre des scénettes animées dans une cohérence artistique de douceur et de poésie.
Un concept qui interroge sur la manière de s’approprier l’art, de le contempler et de découvrir une vie artistique. L’Atelier des Lumières propose une immersion évoquant les nouveautés en termes d’art, mêlant le traditionnel à la technologie audiovisuelle. Une transformation des musées classiques qui ne peut séduire dans son intégralité.
Effectivement, si l’approche se reconnaît être intéressante, elle dénote totalement de ce que certains publics peuvent rechercher dans une manifestation culturelle : la tranquillité, l’équilibre, le temps pour soi. Or l’Atelier compte les minutes, et c’est pour dire : notre créneau doit être choisi à l’avance et le programme est strictes : une moitié de temps pour Klimt et les deux autres quarts pour ses camarades Hundertwasser et Poetic AI. De quoi, donc, s’abreuver expéditivement les oeuvres.
Toutefois, la réalisation artistique de l’Atelier pallie certaines craintes et conclusions hâtives, notamment grâce à son envie de faire naître l’art sur ses murs et non de le coller de manière abrupte : les tableaux prennent véritablement vie, l’Arbre de Klimt grandit branche par branche pour finir en Arbre de vie (frise murale en mosaïque, 1905-1909). Et si certaines oeuvres paraissent hors propos, comme les scènes bibliques des débuts de l’artiste, les tableaux de l’artiste autrichien Hundertwasser collent parfaitement à cette dynamique, proposant des formes géométriques, des tons vifs et percutants qui s’adonnent à une danse colorée.
Poetic AI propose, comme final, une aventure expérimentale dans un décors ultra-moderne, minimaliste, en noir et blanc. Nous sommes comme pris à l’intérieur d’un ordinateur rempli de donnés ou dans le ventre d’un humain aux cellules démultipliées. Entre silence et vibrations, rappelant certaines images du film Interstellar de Christopher Nolan, Poetic AI opte pour une mise en scène qui dénote de ses prédécesseurs et qui, pourtant, semble être la plus proche de la cible que viserait l’Atelier.
En définitive, l’exposition Klimt – Hundertwasser – Poetic AI étonne par son inventivité, mais ne sert pas nécessairement chaque artiste exposé. Pour Klimt, cela laisse un sentiment de frustration en vue de la richesse de la production artistique du peintre et de la collection recueillie. En revanche, les artsites plus contemporains comme Hundertwasser et Poetic AI se collent parfaitement avec ce revirement artistique.
Image d’illustration : © Culturespaces / E. Spiller
Klimt, Hundertwasser, Poetic AI
L’Atelier des Lumières, 38 Rue Saint-Maur, 75011 Paris
Jusqu’au 11 novembre 2018
© Pour le dire