Le « Captain Fantastic » Vietnamien

Peu armée sur la route caillouteuse de Hué, sur un maigre vélo de ville sûrement plus âgé que moi, nous nous perdions peu à peu dans cette ville située vers le centre du Vietnam dont les livres de voyageurs y prêtent la caractéristique de ville des tombeaux Royaux. C’est en cherchant la le mausolée de Minh Màng, que nous sommes tombés nez à nez avec un drôle d’individu en scooter, alerté par notre engin sans moteur et nos regards perdus. Quelques indications sur la route plus tard, nous le retrouvions un peu plus loin sur la route face à deux voyageurs typés européens. Ils étaient en moto et le suivait pour se rendre dans sa maison, y boire un peu d’eau et se poser face à une carte, une vraie. Nous décidâmes de les suivre, à nous quatre voyageurs, jusque chez lui. Chez lui, c’était tout un monde.
Sa maison, que nous pensions être une cabane organisée pour se prélasser entre les arbres fins d’une forêt de bordure de route, était véritablement son chez lui : « Ici, il n’y a pas de dépenses, juste la nature. Ma maison, je l’ai construite en trois semaines. Je me levais tôt, travaillais, mangeais un Phô (NDLR : plat typique vietnamien à base de bouillon, de nouilles, de viandes et de légumes) et je me remettais au travail. » Son anglais et ses quelques mots en français permettait à son récit de prendre vie dans notre imaginaire, de nous rendre compte de cette drôle de situation hasardeuse dans laquelle nous venions de nous rendre.
Quand on lui demande s’il a une famille, il nous répond qu’il a deux fils. Les deux sont partis : l’un pour le Laos et l’autre pour la Chine. Alors, ne se sentait-il pas un peu seul, loin de la foule joliment chaotique des villes vietnamiennes ?
« Je préfère rester seul, je suis heureux comme ça. Je rencontre des gens parfois, sur la route. Comme vous. Et je travaille en tant que pompier dans les montagnes. J’ai 55 ans, je veux une ville tranquille, silencieuse, sans pollution et grands immeubles. Peut-être que dans un an je perdrai la mémoire, mais pour l’instant je suis bien. »

 

« On a besoin de rien. Ici, j’ai ma maison, la nature, c’est tout ce qu’il me faut. »

Exilé politique après avoir été impliqué dans la guerre américaine de 1971 à 1974 marine avec les américains, cet homme que nous regardions à nous 4, trois français et un suisse, nous semblait avoir vécu de sombres heures.
« Je ne soutiens pas le parti communiste et leurs idées. Ils sont tous fous pour moi. Quand j’écoute les informations, j’entends la corruption, guerres, les conflits au Moyen Orient… Tout ce qui n’a pas avancé. J’essaye de me renseigner, parfois. Et j’apprends le français aujourd’hui car je me suis fait quelques amis sur la route. Ils m’ont récemment envoyé une bouteille de vin rouge français, et je vais leur écrire une lettre pour les remercier. »

C’est après nous avoir servi un repas et quelques morceaux de pastèque que nous avons traduit de l’anglais la carte qu’il souhait leur envoyer en français.
Nous étions encore sonnés par cette rencontre et décidèrent, heureux d’être lié par cette anecdote fantastique, de continuer la route ensemble.

@ Pour le dire