1 mois au Vietnam – Récit d’un voyage immersif

First day, strange day
En sortant de l’aéroport, une chaleur étouffante nous prend au corps. Nous y étions préparées, le Vietnam en cette période de l’année se hisse en pleine mousson, encore pris par les fortes chaleurs de juin. Le climat est chaud et humide. Mais rien de bien inquiétant. Perçant les nuages gris, le soleil était là. Le jeune homme venu nous rejoindre pour nous accompagner à l’hostel, moyennant quelques euros en plus sur la nuit, etait là lui aussi. L’aventure pouvait commencer.
Hanoï est la première grande ville dans laquelle nous atterrissons. C’est une ville déroutante, même pour de jeunes citadins européens. On connaît la ville, on connaît le tourisme, on connaît même les anecdotes sur les conduites nerveuses de certains voisins de ville ou de pays. Ici, il faut savoir se frayer un passage. Prendre place, ou bien finir aplati sur la route ou dans une casserole sur un trottoir. Car la rue est leur territoire. Les moteurs de bicyclettes à moteur vrombissent, les bruits des klaxons se fondent dans une masse bruyante de gens, de discussions de rue, de cuisine, et d’échanges verbaux de motos aux piétons.
Étrange aussi, de sentir que nous ne sommes pas forcément à notre place dans ce bouillonnement local. La barrière de la langue y est pour beaucoup, et freine immédiatement les besoins de renseignements, les demandes d’ingrédients mélangés dans un wok. Une fois l’antre pénétrée, et la première barrière sautée, il est encore question de différence dans la prestation donnée aux locaux et celle donnée aux blancs, comme nous. Une valeur semble toujours nous lier : l’argent. Ce qui n’est pas étonnant : nous sommes touristes, nous sommes blancs. Nous sommes alors habilités à tout payer, même au prix fort. C’est pourquoi il nous est conseillé avant même d’acheter un produit local de couper toujours le prix par deux. La journée est épuisante et c’est après une nuit de treize heures au Hanoï Golden Hostel que nos esprits, échauffés par la nouveauté et la fatigue, se règlent à l’heure locale.
 
Green eyes, green sky, green lands
Pour partir dans l’extrême Nord du pays, à la frontière de la chine, les bus couchettes sont fortement recommandés. Moins chers que le train, relativement confortables et généralement prisés des touristes, ils sont une valeur sûre d’une nuit à moindre frais. Ce qui se paye, en revanche, peuvent être les quelques frayeurs sur la conduite des chauffeurs vietnamiens. Leur règle n°1 ? Pousse toi que je m’y mette. Et même sur une route à double sens de circulation. Si je vous écris, c’est que je suis toujours en vie. Et pourtant, nombreuses ont été les fois où j’imaginais qu’elle me serait ôtée, dans un virage serré des montagnes de Cat Ba ou en collant l’arrière train d’un gros camion si bien qu’il dû se dégager entre Hoi An et Phong Nha.
Arrivés à Sapa, le tourisme s’articule autour des locaux, qui quittent leur village pour la journée pour nous guider durant le trek. Ils partagent leur expérience, leur vie. La conversation est souvent limitée à quelques mots pour les locaux, mais les guides pratiquent un anglais que certains français pourraient envier. Dans la nature verdoyante èrent cependant de nombreux déchets aux abords des villages. Les habitants semblent ne pas considérer la richesse de leur environnement, mais à la réflexion nous regardons cela d’un œil occidental. Tandis que nous cherchons à réduire nos productions de déchets et à avoir un impact environnemental minime, eux ne voient que cette verdure à perte de vue sans subir ou bien être sensibilisé à ces problématiques. Dans ces montagnes infinies, attisent les âmes d’aventuriers de certains ou rappelant des souvenirs de films d’animation japonais pour d’autres, tout semble tourner autour d’une nouvelle richesse pour la région : le tourisme. Cette situation semble gagnant-gagnant : nous venons jusqu’à eux pour nous imprégner de dépaysement et de rencontres d’ethnies aux vies diamétralement opposées aux nôtres. Eux, s’activent autour de nombreuses pratiques touristiques : les nuits chez les habitants rémunérées, la vente de produits artisanaux, la mise en place de cyber café donnant accès au monde entier. Dans ces villages, les hommes construisent et les femmes servent de guide, ornées de leurs tenues traditionnelles et transportant panier sur le dos, ou bébé de quelques mois. L’immersion est totale.
Les femmes aiment leur situation. Le tourisme a amélioré leurs conditions de vie et nous sentons tout de même, parfois noyé dans l’aspect étrange de l’achat continu, un profond intérêt pour ma diversité culturelle que nous leur transmettons. La plupart n’ont jamais quitté leur village, et encore moins Sapa : « Ici nous avons tout », explique Thin,  jeune femme de 22 ans ayant vécu dans son village de 200 habitants depuis sa naissance. « Et puis, je n’ai pas d’argent pour aller à Hanoï et je ne connaîtrai rien là bas. Nous aimons ce qu’on fait, chacune est indépendante et aide son village à sa façon » . Nous sentons entre ces femmes une réelle proximité, une solidarité. En construisant, en guidant, en fabricant divers objets, en cultivant le riz dans les rizières interminables, les villages de Sapa sont totalement autonomes. Une école, un hôpital, quelques commerces, cela leur convient et rendent ces excursions d’autant plus authentiques.
Commerce équitable, mais commerce profitable
Les plus grands apprennent aux plus petits à commercer, dès l’âge parfois de 3 ou 4 ans. Cela laisse parfois une sensation amère d’utilisation de l’innocence enfantine au profit d’un commerce peu fructueux pour eux. Mais les différentes nationalités des touristes avec nous confortent à l’idée que dans de nombreux pays, les enfants peuvent subir pire traitements pour amadouer le client. Il y a toujours pire, c’est une règle universelle.
Sun, un jeune homme vietnamien mais voyageur comme nous, nous donne son point de vue  : » Il est plus profitable de voyager où tout est payé et organisé par avance. Sinon, nous passons notre temps à donner des tips, ne connaissant pas la valeur des choses. La relation est plus saine quand on a déjà tout payé. » À cela, il ajoute : « On peut aussi réserver par avance en ligne pour bénéficier des prix plus bas comme avec Booking. Mais gare à la surveillance. Si tout est hyper connecté, et la Wi-Fi donnée dès le pallier passé, il s’agit souvent d’un moyen pour le pays de tout connaître de vous, étrangers.  » Les hostels et hôtels sont donc sous contrôle du gouvernement et toute recherche suspecte sur internet est tracée dans le système de la police. « Ils savent tout de vous et où vous êtes à tel moment. Il faut donc être prudent. » souligne Sun. Il est donc parfois préférable d’organiser son voyage petit à petit, en passant soit par des agences, soit par des locaux.
Mais le commerce n’est pas qu’une pression négative ressentie par le voyageur. Pour Stéphanie, globe trotteuse allemande, il s’agit au contraire d’une bonne chose : « Je pense qu’il est normal parfois de payer plus que des locaux, car nous pouvons le faire. »  Le Vietnam est un pays qui tend vers l’occidentalisation, et cela se ressent à différents degrés : les locaux nous alpague, en tout lieux et à toute heure, pour acheter tantôt de l’eau, tantôt des objets locaux, tantôt des cigarettes. Certains menus proposent des burgers, des pizzas et autres spécialités qui n’ont rien à voir avec celles du pays. Le Vietnam veut plaire, veut attirer, veut profiter (enfin) d’un tourisme qui a longtemps été peu profitable pour eux. Et pour cause, certaines régions étant dépourvu d’internet jusqu’au début des années 2000 et la langue anglaise ne figurant que dans très peu de sites touristiques. Le revers de la médaille, car il y en a toujours un, est la sur-consommation pour toute visite.
Les gérants des Homestay ou des hostels/hôtels l’ont bien compris. Pour chaque check-out remise des clés après un séjour, un commentaire positif ou une note élogieuse sur TripAdvisor est toujours suggéré, dans le cas ou le « oui » à la question « Tout s’est bien passé ?  » se serait immiscé au préalable dans la conversation. Et il est vrai que, globalement, cela se passe toujours bien. Les gérants d’hôtels ont le sens de l’accueil et des petites attentions : fruits à volonté, café ou du thé le matin, lit double pour chaque voyageur même dans une chambre à 2 personnes. Comme à Sapa, où l’authenticité se paye au prix fort d’objets artisanaux, le commerce se fait avec le sourire et la bienveillance. De quoi être moins regardant.
La vie touristique
Le Vietnam attire de nombreuses nationalités : anglais, français, irlandais, américains, australiens, hollandais… Il n’est donc pas rare d’entendre chanter toutes sortes de langues mais une seule nous réuni tous : l’anglais. De quoi pratiquer son anglais hésitant de 4ème, perfectionné, bien heureusement, par les séries et films en VO sous titrées. Nous sommes donc imprégnés par les différentes sensations de voyage amenées par la différence de culture de chaque pays. Tous n’ont donc pas la même réaction face à ce qu’il découvre, et c’est bien normal. Rappelons que pour la plupart, le Vietnam est une claque culturelle en termes de mode de vie et de paysage. Notamment dans l’extrême Nord avec ses nombreuses ethnies. Alors pour cela, rien de mieux que de discuter. Tout le temps. Dans un restaurant, dans une auberge, au détour d’un trajet de bus ou encore mieux, dans un homestay, où la nuit se passe chez l’habitant avec un petit groupe mixte de voyageurs (4 à 8 personnes). Car, finalement, nous embrassons tous avec plus ou moins la même ardeur cette région inconnue. A la différence de taille que nous ne partons pas avec les mêmes outils, les mêmes savoirs. Un conseil alors : écoutez, tendez l’oreille, parlez aux voyageurs que vous rencontrerez, même si vous ne parlez pas bien anglais. Aucun n’a jamais émis de jugement de valeur, tant que l’échange général se fait dans la bienveillance. Essayez d’imaginer un russe vous parler en français : s’il balbutie quelques mots, avec toute la volonté qu’il aura de communiquer avec vous, vous aurez déjà le sourire aux lèvres. Il en est de même des deux côtés.
Les anecdotes de voyage ont donc été de précieuses compagnes grâce auxquelles nous découvrions des adresses hors des sentiers battus par l’occidentalisation (désolée Mr. Routard). Bonnes surprises, nouveaux itinéraires, partager ses aventures lie les voyageurs d’une commune passion d’apprendre et s’émerveiller aussi longtemps que dure notre odyssée. Osez, donc, à vous retourner si vous entendez parler français, à partager alors vos histoires, à briser la glace avec votre voisin de train, ou à provoquer la rencontre dans des voyages organisés, où le touriste est dominant. Mais si vous êtes plutôt voyages planifiés ou l’improviste peine à percer la coquille de l’organisation, ces anecdotes serviront du moins à étoffer vos idées du pays.
Clap de fin 
Il est important de rappeler que ce bilan, comme l’ensemble des mots qui viennent d’être couché sur pap… taper sur ordinateur, sont personnels. Ce bilan relève donc d’un ressenti sur ce mois d’été passé à sillonner le pays et se construit, aussi, par des expériences qui nous ont été propres. Chaque chose se monnaie désormais, un parking pour sa moto s’il y a une jolie cascade à aller voir, une entrée pour grimper sur un sentier avec un point de vue, bref, pour tout ce qui a attrait à l’exaltation du touriste occidental, le tourisme vietnamien y pose un droit d’entrée. Après plusieurs années à vivre sous l’ombre de la Thaïlande, il devient peu à peu un repère de blancs venus puiser en ses terres une dose de dépaysement. Un autre volet de cette occidentalisation est le changement des mœurs. Les vietnamiens sont généralement pudiques, se baignent en tee-shirt, s’effleurent la main quand ils marchent en couple. Nous, nous arrivons avec nos gros sabots en parlant fort, exhibant nos corps comme dans le Sud de la France et souhaitant, à raison évidemment, tout goûter et tout vivre. De quoi parfois effrayer ou mettre une distance. Mais dans les zones moins touristiques, les contacts sont plus faciles, les vietnamiens plus avenants et souriants. Ainsi, se perdre dans les sentier d’entre deux grandes villes offre de belles surprises, tant en termes de paysages que de rencontres avec l’habitant. Faites en votre propre expérience.
Un mois au Vietnam entre Sapa et Hoi An, du 17 juillet au 17 août 2018
© Pour le dire
photographies © Clara Passeron