Petit Pays, un roman aux saveurs de l’enfance dans l’horreur de la guerre

Gabriel a 33 ans. Il vit à Paris. Enfin, dans une banlieue à une heure de la capitale. Il lace chaque matin ses chaussures vernies, prend le métro, va à son travail. Et exécute les journées comme n’importe quel employé. Mais Gabriel n’a pas toujours été cet employé parisien. Il n’a pas, non plus, toujours connu le métro, les rues bondées de monde aux visages indifférenciés. Il vient de Bujumbura, au Burundi. Et le passé va subitement le happer dans sa vie bien rangée.
Gabriel, c’est Gaby, 15 ans en arrière. Gaby a 9 ans, vit avec sa mère, son père et sa petite soeur. Il aime manger des mangues, près des arbres fruitiers de sa maison, et trainer avec sa bande de copains. À tous les 5, recroquevillés dans un vieux combi Volkswagen, ils rigolent, discutent des gens de leurs quartiers, des caïds de leur école qu’il faudrait égaler, des prochaines balades en rivière. Comme ils sont drôles, certains adultes. Et comme c’est bizarre, de parfois se dire « Hutu » ou « Tutsi ». Gaby ne comprend pas vraiment pourquoi l’on devrait s’identifier à l’un ou l’autre. Apparemment, il s’agirait d’une différence physique : un nez plus fin, des jambes plus courtes. Alors Gaby suit ses journées comme elles arrivent, comme chaque enfant de 9 ans.
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Gael Faye revient sur une enfance, comme la sienne, où l’innocence se voit bousculée par la guerre et la mort. Gaby prend rapidement conscience que son petit pays ne se limite désormais plus à sa maison, à son impasse, à son groupe d’amis. Son pays devient champs de bataille et les bruits des armes à feux se font plus réguliers, plus proches à mesure que le roman avance. Nous découvrons un conflit insidieux par le regard d’un enfant, dans les années 90, au regard juste et à l’analyse éveillée des choses qui l’entoure. Par une écriture fluide, captivante, qui nous fait frôler la terre de cette Afrique éreintée par les coups et le sang. L’écrivain ne perd jamais cette innocence dans laquelle baigne Petit Pays, même face aux plus sombres maux traversés par Gaby. Quand tout son monde s’écroule, que lui reste-t-il sinon la force de rêver aux jours meilleurs ?
Pour un premier roman, Gael Faye nous saisit par une histoire et une plume efficaces. En choisissant ses racines comme décors, il réussit à transmettre les émotions d’une enfance universelle mêlée à l’environnement particulier de son pays. Ainsi se déploie Petit Pays, sur une lignée juste et sans temps mort.
À s’y plonger dès la rentrée, pendant le long trajet de notre maison jusqu’au boulot, ou dans notre canapé une fois rentré.
© Pour le dire