Interview de l’illustratrice Lucie Mouton pour Cacti Magazine

Cacti est un magazine gratuit distribué dans des lieux culturels Lyonnais. Orienté vers une ligne éditoriale féministe, il regorge d’informations culturelles, de bons plans, de pages humoristiques et d’illustrations colorées. À l’occasion de la sortie de son 5ème tome, après un an d’existence, le magazine était présent sur le rooftop du Sucre, lieu culturel Lyonnais que l’on ne présente plus. Pour marquer cette rentrée, le magazine proposait une scène ouverte, du stand up, des échanges sous fond de musique électronique et d’un soleil couchant. Rencontre avec l’illustratrice phare du magazine : Lucie Mouton.
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Bonjour Lucie, peux-tu te présenter brièvement ? 

Je m’appelle Lucie Mouton, j’ai 27 ans et travaille sous le nom de Studio Liu comme illustratrice et designer textile en free lance et suis également l’illustratrice récurrente de Cacti magazine. En sortant d’un BTS design de mode, j’ai commencé à travailler pour quelques marques à Lyon en tant qu’assistante styliste.
Comment as-tu démarrer cette aventure et quelles étaient tes motivations premières ?
Claudia et moi sommes amies depuis très longtemps, presque 10 ans maintenant (NDLR : la fondatrice de Cacti Magazine). Il y avait une volonté, dans leur démarche, de transmettre un message féministe par le biais d’un magazine sans pour autant aborder ces sujets de manières lourdes ou autoritaires mais plutôt de façon décomplexée et émancipée. L’idée était donc de partager et d’informer. Très rapidement, j’ai été sollicité pour faire des illustrations d’articles. Aujourd’hui, nous sommes plusieurs illustrateurs et illustratrices à collaborer, le temps d’un tome ou plus.
Tu as donc pu suivre l’évolution de ce magazine depuis un an ?
Exactement, j’ai pu également travailler sur la version web arrivée plus tard que la version papier. Cette année, Cacti est le Coup de cœur du Petit Paumé (NDLR : guide référence de loisirs et culture distribué annuellement à Lyon rédigé par les étudiants de l’EM Lyon) qui élit chaque année un projet lyonnais à récompenser. Cela nous apporte un petit plus en terme de visibilité.
Chez Cacti, tu dessines principalement des femmes, aux formes discrètes ou généreuses, aux visages multiples. Cela était-il ta première vocation en tant qu’illustratrice ?
Pas du tout ! Avec Studio Liu, je représente essentiellement la nature, les plantes, les animaux. Quand j’ai démarré l’aventure Cacti, j’ai été baignée par cette atmosphère féminine et ai du apprendre à dessiner des corps. Les illustratrices comme Pénélope Bagieu ou Diglee m’ont alors beaucoup inspiré, de part leurs illustrations engagées et leur légitimité dans le milieu, leur permettant aujourd’hui de présenter des ouvrages importants voire nécessaires dans le débat féministe. Ayant travaillé quelques années dans la mode, la couture m’inspire aussi dans mon travail : les matières, les broderies, les motifs et les couleurs sont des éléments dans lesquels je puise aussi beaucoup.
Certains mouvements ou événements’ont-ils déclenché un intérêt pour le féminisme ou, pour parler plus globalement, dans la condition de la femme ? 
Cela fait quelques années que je m’intéresse au féminisme, à la condition de la femme. Pas uniquement en France, dans le monde entier. Avec mes amis, filles notamment, on arrivait parfois à des anecdotes de rue comme des garçons qui nous abordaient de manière pas toujours polies. Je me suis déjà, à titre personnel, fait traiter de « pute », fais suivre, pointer du doigt. À force d’en parler, je me suis rendue compte que c’était quelque chose de courant. J’avais alors 18-19 ans. Et même plus jeune, quand à 16 ans on m’a proposé de l’argent alors que j’attendais des amis.

© Lucie Mouton

Rejoindre Cacti était-il aussi un moyen pour toi de rejoindre la parole féministe ? 
Oui, totalement. Il y a des choses encore très grave qui se passe dans le monde. J’ai pu rencontrer des femmes mariées de force à 14 ans, des femmes anciennement battues. Alors, quand le projet est né de créer un magazine ouvert sur ces problématiques là, cela a fait sens avec mon envie d’apporter ma contribution à ce combat.
Comment réagis-tu au fait que ce mouvement soit parfois condamné par l’image d’un mouvement oppressif, condamnant l’homme de manière absolue ?
Je pense d’abord que c’est un combat qui doit être mené aussi bien par les hommes que par les femmes. C’est un combat de l’égalité qui doit se faire par rapport à la perception de la femme dans la société : elle doit être parfaite, maquillée, doit se taire. Et cela vaut aussi pour l’homme, à qui on a longtemps attribué des conditions pour être le parfait mâle viril : être musclé, fort, aimer le sport, ne jamais pleurer. Tous ces clichés qui ont la peau dure sont violents pour les deux sexes.
C’est donc davantage dans l’éducation que doit se faire le changement. Il faut insuffler ces mouvements d’égalité pour permettre aussi aux femmes qui sont toujours mariées de force, excisées ou qui ne peuvent avoir recours à l’avortement d’exister au regard du monde et de leur montrer que l’on prend conscience de leurs combats.
Propos recueillis par Clara Passeron le vendredi 7 septembre 2018 au Sucre, 50 Quai Rambaud, 69002 Lyon
Merci à Lucie Mouton pour cette interview 
Son site : Studio Liu
Son Instagram : @Luciemouton-Design 
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