Voyez comme on danse, le nouveau film de Michel Blanc

La danse, ce sont eux qui l’exécute. Y prennent-ils du plaisir ? Vaguement. Y sont-il contraints ? Totalement. Voyez comme on danse est le nouveau film chorale de Michel Blanc, où l’on y croise Julien (Jean-Paul Rouve), dont la paranoïa grandissante expliquerait d’autres vices cachés, notamment à sa compagne, Lucie (Carole Bouquet). Pendant ce temps, son fils Alex (William Lebhil) se voit déclarer par Juliette (Jeanne Guittet) non pas sa flamme mais un bébé de trois mois, qu’elle est bien décidée à garder. Face à une mère à fleur de peau et maladroite, Véro (Karine Viard), Juliette trouve refuge chez sa marraine, Elizabeth (Charlotte Rampling) elle-même en prise à des conflits de taille avec son mari, Bertrand (Jacques Dutronc), qui disparaît du jour au lendemain pour réapparaître en prison. Vous avez le décor ? Difficilement ? Pourtant suivez la danse et chaque mouvement et vous en connaîtrez tous les revirements.
Michel Blanc signe, après plus de quinze ans, une suite rocambolesque de son long-métrage « Embrassez qui vous voudrez » (2002), donnant cette fois-ci la parole aux enfants. Dans un décor parisien fait de beaux appartements, de bureaux sur grands boulevards et d’immeubles plus ouvriers, Michel Blanc donne à ce film choral les bons codes pour réussir : la mixité. Toutes les classes sociales se côtoient et tous les âges, aussi. Chacun apporte son pas, à sa manière, et alimente ce ballet incessant d’une heure trente de comédie. Dans le drame comme dans l’humour, le scénario, habilement ajusté à ses comédiens, ne lasse jamais son spectateur. La fraîcheur des nouvelles têtes du cinéma français, comme William Lebghil, également à l’affiche du film de Thomas Lilti « Première Année », sème subtilement une désinvolture et une nonchalance appréciable dans ce casting à fortes têtes.
Alors le charme opère et chacun nous livre, à sa manière, ses failles et sa sensibilité. Voyez comme on danse n’apporte rien au genre, le film chorale ayant plus que jamais fleurit dans les propositions du cinéma français sur 2018, mais propose une aventure sans temps mort, et donc appréciable, de ces coureurs plus que danseurs parisiens. Lorsque la course se freine, qui d’entre eux resteront en lice ?
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Rencontre avec le réalisateur Michel Blanc 
Comment créer tous ces rapports entrecroisés entre les personnages de Voyez comme on danse, tout en adaptant les nouvelles relations avec les anciens personnages d’Embrassez qui vous voudrez ?
Pour moi il y avait certaines évidences. Jacques Dutronc, Charlotte Rampling, devaient figurer dans ce nouveau long-métrage. Pour Gaspard (NDLR : Gaspard Ulliel, qui interprétait dans Embrassez qui vous voudrez le fils de Véro) c’était différent. Je lui ai envoyé le scénario, mais je savais qu’il était dans une autre dynamique en ce moment.  Interpréter de nouveau dans un personnage, quinze ans plus tard, dans un film choral, cela n’est pas évident pour un acteur à la carrière changeante. Le reste de l’équipe est venu naturellement.
On sent une mixité intéressante entre l’ancienne génération d’acteurs et une nouvelle génération du cinéma français, était-ce voulu ? 
Ce n’était pas prémédité. Je voulais que l’élément déclenchant soit une jeune fille de 17 ans qui arrive chez sa mère et qui avait juste oubliée de prévenir cette dernière et le père de l’enfant. L’idée étant ensuite que cela créé un déséquilibre entre tous les personnages, de près ou de loin de cette jeune fille. J’avais aussi envie d’avoir dans ce film deux acteurs que j’adore : Jean-Paul Rouve et William Lebghil, avec qui j’ai eu la chance de tourner ces dernières années. Je les voulais et ai écrit les rôles en fonction d’eux. Donc l’idée d’un film transgénérationnel n’était pas le fondement même du film. En revanche, une scène transgénérationnelle apparaît et me tenait à cœur lorsque le fils, Alex, demande conseil à Madame Andrée la voisine, dont la voix roque et le ton nous montre qu’elle a sans doute eu une vie beaucoup plus rock’n roll que la plupart des jeunes du film.
N’est-il pas difficile d’entraîner le lecteur jusqu’au bout avec cette palette de personnage où les caractères sont bien à part les uns des autres ?
J’aime justement cette pluralité de caractères, et ce que j’aime par dessus tout c’est cacher des choses aux spectateurs pour les révéler aux derniers instants du film.  Avec le personnage de Jacques Dutronc, par exemple, on sent que ce n’est pas un vrai cynique. Un peu comme les After Eight, j’aime que la couche de menthe soit là et il faut croquer dedans pour le savoir. Puis d’autres surprises plus étonnantes qu’il serait utile de réserver au spectateur ! [sourire]
Le montage, les temps morts balayés, tout votre film tient sur un rythme haletant.
Cela fait depuis cinq films que je travaille avec la même monteuse, et le soucis est toujours le même dans la comédie; il faut faire avancer les choses. Pour reprendre des termes musicaux, il faut que ça swing ! Lorsque l’on donne un tempo dès le départ, il faut s’y tenir sinon le public se met en retrait. Il fallait que chaque scène démarre brusquement, tout comme la fin. Pour vous dire, à la fin du premier montage le film durait 1h43. Puis en deux mois, le film faisait 1h24. Nous avons enlevé presque vingt minutes de regards trop longs, de voitures que l’on a pas besoin de voir démarrer sur cent mètres comme dans certaines séries françaises [Rires]. Voyez comme on danse nous renvoie à la phrase « Comment ils dansent sur un volcan« . Alors s’ils s’arrêtent, ils se brûlent. Aucun ne peut s’arrêter.
Y a-t-il une part d’improvisation de la part de vos acteurs ou tout doit être fidèle à l’écriture initiale ?
Je n’aime pas que les choses soient figées, sinon j’aurais travaillé dans l’administration. Quoi que, aujourd’hui cela tend à changer. [Rires]. Je trouve cela, au contraire, merveilleux de voir les comédiens et les dialogues évoluer, changer, s’interpréter différemment à l’écran. C’est pour cela que je choisis de ne pas faire d’essais : les comédiens reçoivent leur texte et le jour J du tournage, on lance la caméra et on adapte. La seule chose qui était fixée était la musique de fin Let’s play the music and dance.
Sortie en salle le 19 septembre 2018
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