Girl, de Lukas Dhont

Lara est une jeune fille douce, ambitieuse et passionnée par la danse classique. Elle déménage avec son père et son petit frère pour se rapprocher d’une école de danse réputée, dans laquelle elle a été admise. Un nouveau défi, donc, et une nouvelle vie à portée de main : Lara pourra enfin devenir une fille.
Lukas Dhont donne à son spectateur de quoi réfléchir sur ce genre de cinéma peu aisé à introduire, dans un contexte social sensible à la quête de nouvelles identités. Les questions polémiques autour du genre sont alors balayées pour se concentrer sur une histoire, celle de Lara, qui ne demande aucun regard compatissant ou approbateur. Ainsi, Girl ne se revendique pas en drapeau de la liberté des identités mais en biopic dramatique d’une jeune fille voulant se battre pour devenir qui elle se sent être depuis sa naissance. Il exprime le combat, quotidien, d’une jeune fille et de sa place difficile à trouvée, dans son groupe de danse comme au sein de sa propre famille. Lara le sait, elle est une fille. Mais les autres la voit-ils comme telle ? Comme la femme forte qu’elle est en train de devenir, la danseuse ambitieuse jusqu’au sang pour arriver à faire des pointes comme toute autre ballerine ? La diversité des sujets abordés permettent au film de proposer une palette nuancée du monde de la danse, des relations entre adolescents, et d’adolescents à adultes.
Porté par un jeu d’acteur saisissant et poignant, le film séduit essentiellement par la performance de l’acteur Victor Polster, incarnant une jeune fille sans que le moindre doute ne s’installe pour le spectateur et dans la relation fusionnelle entre Lara et son père, incarné par Arieh Worthalter. Les seconds rôles dansent autour de ces fortes têtes dans une recherche permanente de naturel, de sourires piégés, de contre-champs floutés. Girl est un personnage mais aussi un regard, dans toute sa sensibilité, sa complexité, que le réalisateur et le spectateur portent envers Lara. Alors, lorsque la voie de recours à sa transformation s’altère, nous retenons notre souffle avec elle. Son combat devient le nôtre, jusqu’aux dernières images.
Immersif, sans vague et terriblement sensible, Girl est un film à voir.
Girl, de Lukas Dhont, à l’affiche – Octobre 2018

© Pour le dire