L’Enfance d’un Maître, un documentaire au cœur du bouddhisme

À l’heure où il semble difficile de penser à son avenir, la vie lui en a donné un tout tracé. Kalou Rinpoché est un jeune homme de 27 ans, à qui on a, dès l’âge de deux ans, prêté le pouvoir d’être la réincarnation d’un maître Rinpoché. Ce petit garçon, né à Darjeeling en 1990, devient alors connu de toute la communauté bouddhiste. Il est décoré, visité, et assez tôt coupé de sa famille.

Aujourd’hui, à 27 ans, Kalou s’interroge. Est-il légitime ? Peut-il transmettre la foi bouddhiste d’une manière aussi pure et traditionnelle que ses ancêtres ? Le documentaire L’Enfance d’un Maître tisse les bribes de vies entre enfant, adolescent et adulte de Kalou Rinpoché. Jeanne Mascolo de Filippis et Bruno Vienne ont suivi Kalou, enfant, jusqu’au jeune homme qu’il est devenu. Un jeune-homme qui se cherche, se questionne, se promène à Paris comme un parfait inconnu. Un jeune homme qui donne des conférences, au Tibet et partout dans le monde, à une communauté vibrant à son moindre mot. Il retrace à l’aide d’images et de films son enfance, passée principalement au Tibet. Le documentaire met donc en exergue le décalage entre sa vie en Inde et sa vie parisienne, décors riches, ornements flamboyants et célébrité, confronté à la toile triste d’un Paris pressé. Cette figure de traditionaliste contemporain nous montre les deux visages du bouddhisme, en écho à l’ensemble des religions.

« Je n’ai rien de spécial je suis comme tout le monde. Je mange trois fois par jours, je tombe parfois malade, j’ai besoin de faire des pauses et j’ai besoin d’amour » Kalou Rinpoché

Après la gloire vient donc l’envie d’une vie normale. Kalou se plaît à utiliser une métaphore moderne sur la réincarnation dans les jeux vidéo, comme dans Call of Duty, en parlant de sa propre réincarnation. Il questionne la religion, le refus du mariage, d’une vie comme tout être humain en somme.

Il semble nécessaire alors de saluer le courage et l’humanité des deux réalisateurs pour avoir vécu aux côtés de Kalou enfant, dans une communauté qui semble réfractaire aux changements et aux idées occidentalisées. Jeanne Mascolo de Filippis et Bruno de Vienne sont restés accrochés vingt-cinq années à son histoire, ont souffert de ses malheurs et de ses maux. Ont eu des doutes, parfois, sur les bien-fondés de ce destin qui semble aussi étrange qu’extraordinaire, surtout pour un public européen. Il convient toutefois de nuancer le propos, parfois empreint de naïveté, des réalisateurs, dans ce discours sur-moderniste de l’interprétation de la religion. Un Maître sur Facebook, un pape qui tweet, peut-être est-ce donc l’avenir d’une communication entre religion et fidèles.

L’Enfance d’un Maître de Bruno de Vienne et Jeanne Mascolo de Fillipis

Actuellement à l’affiche-novembre 2018 © Pour le dire