Le Misanthrope de Thibault Perrenoud, du classique aux moqueries contemporaines

Alceste vit, braille, s’injure. Il plaint les hypocrites et l’entre-soi mais s’envenime lui-même dans une jalousie qui le ronge, jusqu’à la quête d’une vérité qu’il préférait supposer. Alceste est jeune et assiste à cette ouverture de la vie en société. Là où il fait bon de médire et où l’honnêteté est un défaut. Alors, dans une mise en scène tout à fait novatrice, le spectacle de Thibault Perrenoud prend place.
D’abord, la foule de spectateur est éclairée. Utilisé comme partie prenante dans la pièce, le public est pris à partie. Parfois, il condamne, il rit avec le comédien du sort des autres personnages. Par la grimace et le discours, la mise en scène meuble l’entièreté de la salle du Théâtre de la Croix-Rousse. Des portes de sorties de secours aux gradins, des coulisses avec câbles apparents au bord de scène, les comédiens s’approprient tous les mediums pour entrer et disparaître à leur gré. Alors résonnent les dires d’Alceste jusqu’au plafond s’il le faut, tant il a en haine cette société et ses défauts.

© Alice Colomer

Un lien avec des éléments anachroniques brisent parfois la langue de Molière à qui Thibault Perrenoud emprunte le style et la rime rendant ce spectacle plus accessible et moins convenu. Des Misanthropes, il y en a milles. Mais celui-ci use d’expressions familières, écoute son conseiller Philinte, qui, en recul et cigarette au bec, apparaît plus comme un psychanalyste qu’un allier de jeu. Et de cette profonde complicité naît une amitié qui se suit sur ces deux heures. Malgré les coups bas, les perfidies, les tromperies. Interprétés par Marc Arnaud et Mathieu Boisliveau, Alceste et Philinte créaient immédiatement une sympathie chez le public.
Malgré la lourdeur de certaines lignes – adoucie par des pointes d’humour noir -, cette version ultra-moderne du Misanthrope séduit par une fraîcheur en échos avec les lignes du Théâtre Croix-Rousse. Certains éléments donnent l’impression d’être dispensables, comme la canette de bière de 8.6 ou les marshmallow englobés à certains passages à vide des comédiens, mais construisent aussi l’originalité de la mise en scène. Du moderne, car il en faut, des vers justes et biens écrits, parce que c’est beau. Ce Misanthrope pourrait donc presque se nommer « Les Mésaventures d’Alceste » par son aspect juvénile, risible et profondément récréatif.
Le théâtre de la Croix-Rousse joint donc encore une fois les prérogatives artistiques du théâtre contemporain aux Maîtres du classique qui rodent dans ces lieux.
Au théâtre de la Croix-Rousse jusqu’au 18 janvier 2019
© Pour le dire