Joel Meyerowitz – La rue comme complice

Soixante ans de photographies. C’est autant d’années de passants, de regards vagues ou langoureux, de sourire en coin et d’amoureux. Certains sont passés près de Joel Meyerowitz sans que ce dernier ne les voient. Et d’autres, les plus chanceux, se sont pliés bien malgré eux à l’exercice du sujet improvisé. Un appareil calibré selon l’année et c’est tout une époque qui s’immortalisait sur papier.
New-York, années 60, des habits et une atmosphère feutrée. Puis les années 70-80 qui, pour le photographe, sont les années du changement radical. D’un point de vue technique, d’abord. L’impression en couleurs devenait moins fastifieuse, les pigments plus riches. Mais surtout, il y avait cet embrun de liberté dans les rues : la vie s’y passait et chaque moment était à capturer. L’expérience de la rue avait changé.

Joel Meyerowitz : Restrospection

Joel Meyerowitz revient donc en format papier, avec son livre sobrement intitulé : Rétrospection. On y voit en première de couverture une voiture, d’un ancien modèle et clairement localisée sur le territoire américain. « Land » et « Food » sont les deux mots que nous pouvons lire. En une photographie, son art est résumé : la rue, les paysages, la nourriture. Ces moments de vie, ces moments du quotidien, et ce que l’on trouve dans la rue lorsque l’on prend sa caméra. Et la particularité d’un bon photographe de rue est de capturer ces petits riens pour en faire un cliché de référence. Dans la rue, il y a le couple de Doisneau, la nuit de débauche de Maciej Dakowicz, le bord de mer de Ray-Jones, la mouette de Martin Parr.

© Maciej Dakowicz – Cardiff after Dark

Et Joel Meyerowitz est l’un des pionniers dans cet art qu’est la street photography. Car les anglicismes gagnent toujours. La lumière couvre les têtes des passants ou le toits des immeubles. Les plans sont larges et permettent une totale prise de l’environnement. Le sujet n’est souvent pas isolé, ce qui donne à cette photographie une impression de prise immobile. De temps suspendu.
Il y a l’ambiance, aussi. Des passants qui ne demandaient rien et qui sont pris au vif. Et de cette unique prise, Joel Meyerowitz en a fait une histoire. Un sourire s’interprète de mille et une façon et c’est à celui qui regarde de donner l’air de la chanson.

Le livre de photographies comme oeuvre d’art

Retrospection se parcourt donc comme tout autre livre d’art : vigoureusement ou en prenant son temps. Une à une. Chaque photographie a une histoire, une époque, n’oubliez pas. Il est bon parfois de fermer les yeux et de s’imaginer dans cette allée et sentir sur ses yeux clos les lumières douces des années passées.
L’importance du papier donne encore de quoi repousser l’électronique. Le plaisir y est tactile, dense, et personnel. Et avoir Joël Meyerowitz dans son salon n’a pas de prix.

© Joel Meyerowitz

 

© Joel Meyerowitz

 

© Joel Meyerowitz

Le site du photographe ici

© Pour le dire