La représentation de l’homosexualité sur petit écran

D’un cinéma de genre à un détail scénaristique

Longtemps taboue sur les écrans ou relayée aux films de genre, l’homosexualité est un thème que l’on retrouve aujourd’hui dans de nombreuses œuvres cinématographiques. Parfois, elle est le sujet de biopics de célébrités adulées comme les récents Elton John (2019) et Bohemian Rhapsody (2018). Parfois, elle livre des drames coups de poing comme 120 battements par minutes (2017) ou Call me by your name (2017). Puis, elle se fait plus discrète et tisse un fil scénaristique comme dans Marvin ou la Belle Education (2017). Autant de façon de l’écrire et la filmer que de façon d’émouvoir le public à son sujet. En résulte donc ce sentiment presque étrange de voile levé, et, surtout, de nouveaux angles d’approche pour mieux en parler.
C’est surtout qu’aujourd’hui, les grandes romances ne sont plus forcément hétérosexuelles. Et les questions que l’on se pose sur l’être aimé peuvent davantage être projetées si l’on regarde une série où les personnages vivent une histoire d’amour qui nous ressemble. Malgré tout, une identité sexuelle se ressent intimement, se découvre et se déploie tout au long de notre vie. On en a lu quelques brefs passages dans des livres, on a pu voir des images subversives. On peut, aussi, développer une image assez arrêtée sur le sujet. Notamment lorsque ce n’est pas notre identité sexuelle. D’autant que les longs-métrages ou séries médiatisés tels que La vie d’Adèle (2013) – un sujet sur l’homosexualité sans en parler ? Difficile – livrent autant de fraîcheur dans le milieu du cinéma que de clichés au spectateur. Mais, l’avantage, est que depuis cette année 2013, marquante pour le cinéma gay, la parole se libère et devient contrastée. Arrivent alors sur petits écrans des scénarios hybrides, subtils, moins manichéens. L’homosexuel.lle n’est pas forcément le personnage décalé et sympathique dans sa différence. 13 reasons why, Skam, Sex Education apportent une pierre de taille à un édifice encore fragile. Trois approches, trois signatures et quelques réponses au flot de questions que l’on peut se poser, à l’adolescence comme dans notre vie d’adulte, lorsque l’on ère dans ce tunnel compliqué du choix amoureux.

Skam, une série adolescente chorale sur des problématiques actuelles

Skam est une série norvégienne qui reprend les codes assez décomplexés des séries pour adolescents. Quotidien à la maison, vie au lycée, discussions entre amis. Une vie d’adolescent jonglant entre banalités et ascenseurs émotionnels. Dès la saison 3, on y suit de plus près un jeune garçon dénommé Isaac. Si Isaac n’a pas les codes d’un personnage à l’homosexualité affirmée, il ne semble pas non plus être un hétérosexuel assuré. Le jour de la rentrée de 1ère, il fait la connaissance d’Even. Ce dernier est grand, blond, et c’est un garçon. Pourquoi, alors, se trouve-t-il troublé lorsque ce dernier lui parle ? Pourquoi se met-il à mentir à sa bande de copains pour s’éviter des questions, des complications ? Alors Isaac tente les sites de rencontres homos, pour voir si ce sentiment se confirme à la vue d’appareils masculins franchement exhibés. Non, ça le dégoûte plus qu’autre chose. Définitivement, il n’y a qu’Even qui le laisse à croire qu’il pencherait de l’autre bord.
L’orientation sexuelle n’est donc toute tracée. Parfois, une personne suffit à nous dire que c’est la bonne, peu importe son sexe. Parfois aussi, on se monte la tête à penser que nos proches réagiront de telle ou telle manière s’ils l’apprennent. Faites leur confiance autant que vous estimez leur amitié. Et c’est ce que choisira finalement Isaac : aimer au delà de (ses) préjugés.

Sex Education, une trame secondaire sensible cachée dans un nom racoleur

Sortie en début d’année 2019, la série donne une parole libérée sur les questions d’orientations sexuelles. Ici, tout le monde s’assume, de tout bord qu’il soit. On y retrouve une griffe un peu trash qu’on avait adoré chez les adolescents de Skins (2007-2013) et un humour décalé à la American Pie. Le propos ? Otis et Eric sont deux amis dans un même lycée. Otis est du genre timide, Eric, lui, semble s’être tout trouvé : un style coloré et original, une attitude assurée et un pas décidé, Eric revendique et joue parfois de son homosexualité. Il ne semble pas non plus être blâmé pour cela. Un jour, en attendant son ami à un arrêt de bus pour un concert à la thématique « drag queen » , il se fait sauvagement frappé par des garçons qui, eux, refusent de cautionner cette assurance. Traumatisé par cette expérience, Eric se renferme et refuse de porter homosexualité en étendard comme il le faisait jusque là.
Eric est, à l’inverse d’un adolescent qui ferait son coming out, une personne à l’identité sexuelle affirmée et qui ne s’en cache pas. Mais la société, parfois fragile, cruelle et/ou arriérée, montre qu’elle n’est pas entièrement prête. Se confronter soi-même à ce sentiment amoureux est alors mis en abîme par la confrontation aux regards des autres. Eric reprend alors fièrement les rênes de sa vie. Une scène de messe à l’église nous fait d’ailleurs comprendre que ses parents et la communauté à laquelle il appartient le savent et l’aiment tel qu’il est. Quel plus beau message pour se remettre en selle.

L’homosexualité dans un schéma de famille homoparentale

En parlant du regard des autres, on en vient à cette troisième et dernière série qui nous a fait un peu plus comprendre les enjeux et difficultés de vivre pleinement son homosexualité quand on a 15-18 ans. Courtney est l’une des héroïnes de la série 13 reasons why. Adoptée par des parents homosexuels, elle est dans le dénie de son homosexualité. Dans une Amérique parfois conservatrice, son schéma familial ne passe déjà pas inaperçu. Alors, quand elle découvre qu’elle est elle-même attirée par des personnes du même sexe, elle refuse de s’ériger en cliché de la jeune fille homo élevée par des homos. Elle ne veut ni infliger ça à ses parents, ni donner raison à ceux qui refusent le mariage et l’adoption des couples homosexuels. Jeune fille brillante et camarade de classe d’Hannah, le personnage principal de la série, Courtney se retrouve mêler à une histoire de baiser volé, échangé entre deux filles. Elle choisit donc le silence comme allié et le travail comme exutoire. Devenir une bonne élève, la meilleure. Rendre fière ceux qui l’ont élevé et fermer le clapet aux détracteurs. Seulement tout ne se passe pas toujours comme prévu à l’adolescence, et les envies comme les pulsions peuvent nous trahir.
Préférant d’abord cacher son homosexualité pour ne faire de tort à personne, elle en vient petit à petit à un constat simple : elle aime les filles, et c’est comme cela. Surtout, elle ne peut empêcher les autres de médire et elle ne peut s’essouffler en vain à convaincre quelqu’un aux valeurs et aux mœurs aux antipodes des siennes. Un mantra à retenir.

Avancer, se comprendre, s’assumer, tant de passes difficiles que l’on traverse à l’adolescence, ou plus tard même. Et quand c’est tout un pan de nos convictions qui est décimé, que reste-t-il ? L’amitié, la famille, et l’art. Car grâce à ces séries, on a pu comprendre un peu plus ce que c’était, de se trouver là, planté entre deux choix : entre le silence et la parole, entre le refus et l’acceptation, entre la peur et l’affrontement.

Photographie en couverture : @Kevin Laminto


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