La tresse, de Laetitia Colombani

Comme une traînée de poudre, comme un souffle venu de différents horizons, mélangeant les paysages, les épices, les odeurs propres à chaque continent. Trois femmes et une envie nécessaire d’exister, mêlée chacune à un événement qui fera tout basculer.

Smita vit au village de Badlapur, en Inde. Elle est une Intouchable : invisible pour les habitants, elle nettoie les maisons des gens plus aisés qu’elle. C’est-à dire beaucoup de gens. Son quotidien, éreintant, lui permet à peine de vivre avec son mari et sa fille, Lalita. Sa condition, indigne et injuste, la révolte. Elle décide un jour que sa fille ne suivra pas ce destin tout tracé : elle ira à l’école.
Sarah vit au Canada. Avocate redoutable et redoutée, elle enchaîne les affaires telle une militante acharnée. Réussir, pulvériser le plafond de verre, Sarah l’a fait et ne compte pas céder sa place. Pour être l’associée du bureau d’avocat prestigieux Johnson & Lockwood, elle a dû faire de nombreux sacrifices. Mais, un beau jour, l’imprévisible frappe à sa porte.
Giulia habite en Italie. Jeune femme positive, elle aide son père dans son atelier de perruque. Ici, on récupère les cheveux des Siciliens, un à un, pour les rassembler en une chevelure unique. Mais la tradition se perd, et, suite à un terrible accident de son père, Giulia doit affronter seule l’avenir du magasin.

Laetitia Colombani raconte des histoires à la façon d’un quotidien sublimé. S’il n’est ni beau, ni rose, mais il est délicatement conté. À l’aide d’un vocabulaire fin et éclairé, on devine comment sont ces femmes, que tout oppose, jusqu’au physique et à l’âge. On perçoit, à travers les pages, que le soleil a teinté d’une couleur ocre certains visages, ou que les épreuves mêlées au climat a blanchi certains traits à outrage. Ce sont de véritables odyssées de vies où nos yeux et nos désirs se plongent dans un flot d’images. Ces femmes deviennent nos amies, leur combat le nôtre et cette force qui les anime nous pousse à avancer le livre aussi vite qu’elles, piqué par la curiosité. L’écrivaine structure son roman par des bribes d’histoires entremêlées et scinde ses chapitres du nom du continent pour ne pas perdre son lecteur. De cette façon, le lecteur peut suivre la danse.
La tresse ramène des souvenirs de lecture de La couleur des sentiments (2010), de Kathryn Stockett, sorti en film l’année suivante avec, entre autres, Emma Stone et Viola Davis. On y suit le combat de femmes noires aux Etats-Unis pour détruire les conventions sociales à travers l’arme redoutable d’une amie : un livre. Les femmes dépeintes par Laetitia Colombani ont cette pureté de l’âme qui les conduit à ne pas céder à la facilité des coups-bas ou de la méchanceté. Et à chaque fois qu’elle tombe, elles puisent une force encore plus viscérale pour se relever.  Ce roman, autant que dans ces destins croisés, mêle une sensibilité constante par ses mots et une droiture millimétrée par des phrases courtes, incisives. Comme s’il n’y avait pas le temps à la longueur et aux grandes descriptions.

En parcourant La tresse, on se demande, aussi, pourquoi ce nom. À lire.


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