Le Monde de Steve Mc Curry exposé à La Sucrière

Le récit des photographies de l’américain Steve McCurry débute en Afghanistan, en 1979. À travers un travail de contact direct avec la population, Mc Curry s’imprègne des modes de vie et des enjeux des régions conflictuelles. L’organisation Esprit des Sens a réuni 200 photographies à découvrir à travers un audio guide, inclue dans la prestation. Il remplace ainsi les écrits, devient un élément moderne et permet une meilleure fluidité dans la circulation. Chaque photographie ou presque est affublée d’un numéro. Au visiteur de tracer son chemin en choisissant sa propre logique numérique.

Steve McCurry est alors assigné, dès la première étape de ce voyage documentaire, au photographe qui capte les regards. Il piège en format plat les Hommes et leurs émotions. Fasciné par l’humain, ce photographe de rue saisit les regards comme une capture de l’âme. La mort semble apaisante et la guerre un élément annexe.
L’exposition continue dans une ambiance tamisée et silencieuse, presque religieuse. L’organisateur, en qualité de metteur en scène d’exposition, a pris le parti de ne pas clôturer les espaces et les thématiques mais de créer, dans La Sucrière, un labyrinthe ouvert. À travers des portraits au regard droit, on se trouve confronté à chaque personne, chaque destin, et pris d’une terrible responsabilité d’en savoir plus. De découvrir, comme McCurry, leurs pensées, leur vie, leur définition du monde. Qui sont ces êtres qui nous transpercent de leur rétine ? Comment rendre l’émotion universelle à travers des clichés qui sont, par essence, des éléments fixés ?

McCurry arrive à cerner en chacun l’état précieux du moment de la photographie. Ils ont quelque chose à dire, entendons ce souffle précieux érer dans ces hauts murs. L’audio guide donne la parole au photographe et permet de tracer le contexte de certains portraits forts.
Puis, à côté de ces Hommes, leur environnement. Car chaque lieu est porteur d’un combat, notamment dans ces zones chargées d’histoires. La nature prend parfois le relais du conflit mais McCurry rend, paradoxalement, une ambiance paisible où la vie surpasse le danger.
McCurry utilise ainsi l’objet de manière anecdotique comme pour illustrer l’expression d’une prison naturelle. Parfois, elle est plus frontale, comme ses clichés du Japon en 2011, de la guerre civile à Kaboul en 1992 ou de New York en 2001 lors de l’effondrement des tours jumelles. Découvrir et ne jamais juger son sujet, c’est là le mantra du photographe. Par là, l’horizontalité des portraits permet, sinon que de s’identifier, de se sentir leur égal. L’exposition devient l’idée d’une ouverture et d’une tolérance universelle.

Pas étonnant, donc, d’apprendre que le photographe a reçu, entre autres récompenses, la Médaille d’or Robert Capa, nom du célèbre photographe de presse pendant la guerre. Capturer l’humanité quand on pense qu’il n’y en a plus est la force ce photographe documentaire portraitiste, jamais misérabiliste.

Le Monde de Steve McCurry, à la Sucrière
Du 6 février au 26 mai 2019
© Pour le dire