Les enfants du temps : le nouvel animé résolument politique de Makoto Shinkai

Makoto Shinkai est un amateur du temps. Avec Your Name, il abordait une drôle de rencontre entre deux personnages qui échangent leurs corps à tour de rôle. Deux vies, deux temporalités différentes, et un rapport curieux avec le monde qui nous entoure. Dans son dernier film, le temps a un rapport avec la météo. Le Japon croule sous les précipitations, et seules des jeunes femmes mystérieuses, Les Filles Soleil, pourraient changer la donne.

Les enfants du temps : le passage à l’âge adulte dans ce monde ultra-connecté

L’importance de notre smartphone et de ses applications ultra-connectées ont fait l’objet de nombreux films ces derniers temps en France. Il y a eu Le Jeu (2017), de Fred Cavayé, sur les nombreux secrets que peuvent cacher notre téléphone. Puis le film de Cédric Klapisch, Deux moi (2019), traitait de cette intrusion constante et pourtant nécessaire dans le quotidien de la génération de jeunes actifs. Alors quand on est un jeune au Japon, maison mère de la technologie, on peut vite se sentir dépasser par toutes ces nouvelles formes de communication. Hodaka a du mal à trouver sa place. Tokyo semble être un monstre avalant ses quelques sous et espoirs en quelques semaines seulement. Il se résout alors à frapper à la porte d’un étrange inconnu rencontré durant sa traversée. « Voici ma carte, au cas où » lui avait-il soufflé. Cet homme, c’est Keisuke, journaliste spécialisé dans les sujets à « sensation ». En prenant part à un article sur Les Filles Soleil, Hodaka était à mille lieues de s’imaginer en rencontrer une, pour de vrai. Jeune fille espiègle et mature, Hina est à la fois fascinante et mystérieuse. Orpheline qui élève seule son frère, elle use aussi de stratagèmes pour s’élever dans cette capitale des possibles.

Hodaka (à gauche) Keisuke (au centre) et Hina (à droite) © Les enfants du temps

Un animé aux codes cinématographiques

Le réalisateur Makoto Shinkai confirme son talent pour tisser des scénarios à la Christopher Nolan. Dans un univers où le surréalisme effleure la réalité, il créé une atmosphère étrange où le secret se voit régner. D’où vient le mystérieux don d’Hina ? Pourquoi Hodaka débarque-t-il à Tokyo, fuyant sa ville natale, sans même avoir attendu sa majorité ?

Adieu la simple 2D et place à une animation qui trace des perspectives infinies, donnant à Tokyo une vision en hauteur propre à une captation de drones. On retrouve aussi des codes de la comédie comme l’inversion des rôles : le plus jeune conseille le plus vieux, avec un discours empreint d’une maturité et d’une sagesse presque risibles. Des codes que l’on retrouve dans certains animés, comme pour le personnage de Marco dans Le Château Ambulant (2005), mais aussi – et surtout – au cinéma avec le personnage de Rachel, la soeur du héros,qui donne des conseils en amour à son frère dans (500) jours ensemble (2009). 

Tokyo sous l’eau, une réalité dans 20 ans ?

Makoto Shinkai puise aussi son inspiration dans l’actualité. Notre environnement est en crise, nous en avons désormais la certitude. Dans Les Enfants du temps, les Japonais se désespèrent d’une pluie constante. Dans ce Japon actuel empreint de touches futuristes, l’été ne semble rien changer. Ce que relèvera d’ailleurs l’un des personnages : « Les enfants d’aujourd’hui n’ont pas de chance ; autrefois nous avions des étés ensoleillés » .

Hina © Les enfants du temps

Les images étonnent de clarté et de réalisme, on se croirait dans la ville avec eux, sous la pluie. Si la température grimpe, les précipitations et toute notre météo va rapidement être bouleversée. Dans l’animé, celle qui pourra sauver le cours des choses est incarnée par une jeune fille, mais quand sera-t-il pour notre monde ? Symbole de la jeunesse militante, Hina essaye mais s’épuise à tenter de faire face à cette énorme responsabilité. Dystopie ou réalité proche ? Les Enfants du temps se découvre comme un conte et se regarde comme un film à rebondissements. A voir.

Les enfants du temps de Makoto Shinkai – Actuellement à l’affiche
Janvier 2020
© Pour le dire

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