Les Filles du Docteur March de Greta Gerwig

En 1868, l’auteure Louisa May Alcott publait en Angleterre « Little Women » , récit d’une vie de famille colorée et sur l’émancipation des femmes dans la société. Traduit en France par « Les Quatre Filles du docteur March » , cette oeuvre de littérature pour enfants a rapidement conquis son public, et inspiré de nouvelles auteures. C’est donc naturellement que le roman fut adapté sur petits et grands écrans jusqu’à tomber entre les mains de Greta Gerwig. La réalisatrice s’entoure d’un casting léché : Saoirse Ronan (également à la tête du premier film « Lady Bird » en 2017) dans le rôle de Jo March, la douce Emma Watson en rêveuse romantique, Florence Pugh, une nouvelle tête qui sera assurément remarquée et enfin Eliza Scanlen incarnant la plus discrète des quatre soeurs.

Grandir, c’est renoncer à l’enfance et à ses idéaux ?

Greta Gerwig réussit donc à recréer cet univers fantasmé où la création garnit toutes les pièces de la maison March. Dans ce cocon chaleureux s’exprime alors les soeurs et les Arts, peinture, écriture, comédie et musique. Mais la réalisatrice concentre davantage son regard sur Jo March, la plus émancipée des quatre. Symbole d’une époque où les moeurs se bousculent, Jo rêve d’aventure et de liberté dans sa vie privée et d’être publiée et reconnue pour son talent dans sa sphère professionnelle. Alors se construit un film en deux volets : l’enfance et les débuts de la vie d’adulte. Si la réalisatrice peint des caractères singuliers, qui nous touchent profondément, le passage entre ces deux mondes manque, lui, de subtilité. L’effet de contraste entre le passé, aux tonalités douces, lumineuses, orangées, et le présent, avec une lumière froide, rend cette histoire tournée vers le passé. Quel est donc le message de la réalisatrice ? L’enfance et les débuts de la création artistique sont-ils la quintessence des moments de notre vie ? Ou bien sont-ils heureux précisément parce que nous sommes éloignés de toutes sortes de conflits ? Si cette mise en parallèle est convenue, le spectateur peut toutefois jouir de la construction des personnages, notamment ceux de Jo et d’Amy.

Amy March (Florence Pugh), Jo March (Saoirse Ronan) et Meg March (Emma Watson)

Grandir, c’est aussi se trouver

Greta Gerwig interroge donc conjointement la place de la femme et celle de l’artiste. Jo, Meg, Amy et Beth évoluent dans la société britannique de la fin du XIXe. La cinéaste puise dans ses personnages une certaine fragilité, murée par une soif inépuisable d’action. Jo et Amy symbolisent l’ambition des femmes dans cette société construite et jugée par les hommes. Difficile, donc, de s’élever sans modèle. Là est toute la modernité de la ré-écriture du scénario. On pense alors aux actrices et modèles de couleur, encore en quête, au début du XXIe siècle, de représentations sur la scène publique. On pense aussi aux communautés LGBT, à qui l’on a longtemps restreint la liberté d’être. Car si les soeurs March grandissent dans des idéaux différents, elles empruntent le même cheminement : être, sans jugement. Etre l’épouse pour l’une, être l’indépendante pour l’autre. Chacune doit être libre de sa vie de femme tant que cette voie est en accord avec ses principes et volontés. Et les hommes qui les entourent n’ont pas leur mot à dire.

Amy March (Florence Pugh)

Greta Gerwig donne à son spectateur l’envie de croire en ses rêves. Par des plans travaillés et des scénettes précises, constructives pour le développement de chaque personnage, elle attise la curiosité en chacun de nous. Que va-t-il rester des rêves ? Vous le saurez en suivant ces quatre charmantes sœurs sur grand écran. À voir.


« Les Filles du docteur March » de Greta Gerwig – Sortie le 1er janvier 2020
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