Les Nuits de Fourvière – Trois concerts, un lieu unique

Les Nuits de Fourvière est un festival lyonnais qui, depuis 1946, fait revivre l’un des sites archéologiques les plus emblématiques de France. Ce théâtre antique a été, d’emblée, perçu comme le moyen de consacrer ce cadre atypique aux Arts. L’événement rassemble donc divers catégories artistiques : musique, théâtre, opéra, danse et cirque.
Riche d’une programmation de plus en plus exigeante et au regard des tendances actuelles, avec l’essor cette année de la scène française dans la programmation musicale en radios et des festivals (rap français, variété française, musique indé ou electro), les Nuits de Fourvière ont mis le plein feu sur des artistes qui ont fait leur preuve depuis quelques années. Parmi eux : Eddy de Pretto, The Blaze et Clara Luciani. Retour sur trois expériences musicales dans ce lieu atypique.

Eddy de Pretto, un kid ambitieux aux textes poignants

Eddy de Pretto, c’est d’abord un parcours. Auteur-compositeur et acteur français, il grandit à Créteil avant d’arriver en trombe dans le répertoire de la chanson française. Un univers particulier rythme ses mélodies, entre voix simple et sons oniriques de son Launchpad. En concert, il s’émancipe de plus en plus. C’est alors qu’entre 2018 et juillet 2019, où Fourvière lui ouvrait grand les bras, Eddy de Pretto livre une prestation sincère et un brin enjouée. Il communique facilement avec son public, jusqu’à nous faire rire. Une jeunesse et une identité assumées, lui qui chantait dans son titre Kid le poids des codes de la masculinité. Faudrait-il être virile, faudrait-il faire du sport et ne pas pleurer. Alors, dans Fête de trop, Jimmy, ou encore Pas grave, il clarifie ses propos et s’adresse à la communauté gay, pour un message universel : « Sois comme tu es » . Un message contre l’homophobie qu’il semble toujours utile de brandir, au regard de l’actualité. Des rythmes entêtants, des textes poétiques qui trouveraient leur place dans des recueil de poèmes. Beaulieue est un message adressé aux jeunes de banlieues qui, comme lui, grattent les murs de la périphérie pour accéder à la capitale. Du talent, de l’énergie et une honnêteté dans le discours, une recette gagnante.

The Blaze, entre musique électronique et cinéma

Arrivés il y a deux ans dans le milieu de l’électro française, The Blaze est aujourd’hui une machine qui détruit tout, ou plutôt séduit tout, sur son passage. Cette electro enivrante prend forme dans leur clip; sous forme de courts-métrages. Dans Territory, le titre qui les a sans doute propulsé sur la scène nationale, ils racontent le retour au pays, en Algérie. Dans Heaven, c’est le bonheur simple de la famille à travers ces grands pic niques et ses champs immenses accueillant l’amour et la soirée à venir. Queens, à l’inverse, aborde le deuil, avec ce flot de moments de liberté et du quotidien qui reviennent et nous prennent aux tripes. La réalisation de ces courts-métrages est donc l’artère principale qui mène à l’univers de The Blaze. Comment, alors, faire venir le cinéma à la scène ? Le duo a fait le choix d’un dispositif ingénieux : au cube blanc les englobent jusqu’à se scinder en deux pour s’utiliser en toiles de projection, de part et d’autre de la scène. Les musiciens sont au centre et leur silhouettes sont propulsées par une immense lumière. Ils deviennent leur propre ombre chinoise. En clin d’œil à son public connaisseur, The Blaze a rappelé ses comédiens pour jouer des scènes différentes, à l’image d’un director’s cut. Il n’était pas évident de penser la musique électronique sur scène, notamment dans l’atmosphère d’un théâtre antique, car son décors est minimaliste : une table de mixage, un ou plusieurs membres, et c’est tout. Elle s’accompagne parfois d’un instrument comme en electro-swing, remis au goût du jour par Parov Stelar, où la trompette rejoint les sons électroniques. The Blaze prouve donc qu’avec des musiques vibrantes et un jeu de lumières bien pensé, mélomanes et amateurs d’electro peuvent eux aussi s’accorder.

Clara Luciani, voix grave et cœur fleurit

Plus pop, Clara Luciani n’en est pas moins une chanteuse à texte. La Grenade, cet hymne à la femme forte et indépendante, l’amène aux Victoires de la musique en 2018. Mais pas besoin de titres pour confirmer son talent. Clara Luciani, c’est d’abord une voix roque et douce à la fois, qui se plait parfois à s’utiliser seule, comme dans Drôle d’époque. En écho à Kid d’Eddy de Pretto, l’artiste s’interroge sur sa capacité à tenir le rôle de la femme parfaite, encore engluée à de nombreux stéréotypes. Son premier EP, Monstre d’amour, sortit en 2016, n’avait pas fait parler de lui et semble pourtant capter l’essence du travail de l’artiste : une guitare sèche, une guitare électrique, des textes introspectifs. L’amour, l’apparence, la société, le féminisme, Clara Luciani crie des mots doux qui font sens. Arrivée sur la scène des Nuits de Fourvière, c’est avec émotion qu’elle nous dit qu’il y a deux ans, elle était dans le public pour voir Iggy Pop. Aujourd’hui, c’est elle sur scène. Heureux, donc, d’ajouter à son talent une réelle sensibilité et humilité. Quelques notes de rock et des phrases lâchées au vent viennent ponctuer la soirée, qui prendra fin tardivement, elle qui s’impatientait de rejoindre cette liste prestigieuse d’artistes venus sur cette scène. Clara Luciani rejoint donc le rang des femmes à voix graves et intenses, à qui l’on souhaite une carrière longue.

© photographie de couverture : Lafont photographie

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