Le Lyon Art Paper 2019 : le papier remis au goût du jour

Slba présente Lyon Art paper

SLBA, qui ou plutôt qu’est-ce qui se cache derrière ce mystérieux acronyme ? La SLBA est la Société Lyonnaise des Beaux Arts, qui propose à Lyon plusieurs manifestations culturelles dans l’année. Parmi elles, le Lyon Art Paper. L’événement a rassemblé 60 artistes sur un thème équivoque : l’art sur papier. Dessins, crayons, aquarelles ou collage, ces 60 artistes sélectionnés sur plus de 400 candidatures sont présents durant les 4 journées de manifestation, du 03 au 06 octobre. Retour sur cette édition 2019 avec l’interview de Valérie Gavaud gagnante du Prix du Jury de cette année.

Le Lyon Art Paper : onirisme, fantaisie et symboles

Dessiner sur papier, qu’est-ce que cela nous évoque ? Pour la plupart, cela ramène aux croquis d’enfance. Ceux qui tuaient l’ennui, en classe ou dans notre chambre. Pour d’autres encore, c’est l’esquisse d’un premier émoi, une idée un peu folle d’en faire carrière. Ou d’un moins, d’en faire une École. Quelques années plus tard ou décennies pour certains, les voilà artistes. Et par artistes, on entend un regard, un choix de matériel, une volonté d’expression.

Exposition Palais de Bondy Lyon 5
Le Palais de Bondy, situé au 18 quai de Bondy, Lyon 5e
Exposition Palais de Bondy Lyon 5
Les artistes expliquent leurs oeuvres, échangent avec les visiteurs
Exposition Palais de Bondy Lyon 5
L’artiste, le visiteur, les deux se confondent au Palais de Bondy

Les oeuvres sélectionnées sur cette édition dégagent comme un écho, qui revient au fil des pas : imaginaire, nature et conscience. Comme si les artistes peignaient à l’unisson pour délivrer un message.
D’abord Didier Hamey : le noir et blanc et le trait vif qui emportent son spectateur dans des songes étranges. Puis Hélène Lagnieu, une poésie romantique symbolisant un esprit heureux de fleurir. Yannis De Michelis, avec son oeuvre explicitement intitulée “Conscience” réhabilite les personnages de contes ou de mythologie, avec une dorure presque sacrée.
Tous semblent donc exprimer librement, non sans une centaine d’interprétations possibles, les fluctuations de leurs états d’âmes. Tantôt joyeux, tantôt inspirés, tantôt mélancoliques. De nombreux artistes utilisent des références à peine perceptibles. Pour Sveta, cela va être la juxtaposition entre une scène de Zoo et une référence au jardin d’Eden, avec Adam et Eve dans le fond. Pour Valérie Gavaud, cela va être les métamorphoses d’Ovide.
Si le papier est le seul support utilisé pour le Lyon Art Paper, il s’en dégage une multitude de savoir-faires. Les membres de la Lyonnaise des Beaux Arts, évoquent ce goût du mélange des genres et des Arts. Le galeriste de Vis’art (Lyon 5e arrdt) et membre de l’association s’intéresse “à la convergence des arts dans le milieu artistique : la musique, la danse, l’art plastique, il est intéressant de s’ouvrir à plusieurs pratiques artistiques dans un même lieu. A ne pas confondre avec l’art contemporain qui peut faire fuir les gens et ne réunir qu’une certaine partie de la population. Le contemporain, oui, mais pour parler à tous, sinon on tombe vite dans l’élitisme et l’entre-soi”.
Le Lyon Art Paper propose plusieurs animations telle que la réalisation d’un “cadavre exquis” géant, réalisé par les artistes exposés. Mais, la plus symbolique sans doute, est la remise du Prix du Jury. L’ensemble des jurés votent pour l’artiste qu’ils préfèrent, ou pour celui qui aura marqué le plus leur esprit. Un choix difficile quand on sait que les artistes ont eux-mêmes été triés sur le volet. La grande gagnante a donc été annoncé ce samedi 05 octobre à 14h, par le Président de l’association.

Interview avec la lauréate du Lyon Art Paper 2019 : Valérie Gavaud

Valerie Gavaud laureate Lyon art paper 2019
Valérie Gavaud, lauréate du Lyon Art Paper 2019 © Pour le dire

Pour commencer, bravo pour votre prix. Pouvez-vous me dire de quoi s’inspirent les oeuvres présentées à cette édition du Lyon Art Paper ?

Valérie Gavaud : Mon travail se fait souvent à partir d’oeuvres littéraires, de sujets qui m’intéressent particulièrement, liés pour la plupart à la mythologie. J’essaye de rapprocher la mythologie à ce que l’on peut vivre aujourd’hui.

Beaucoup semblent utiliser ces rapprochements entre les mythes et l’actualité !

Valérie Gavaud : Effectivement, je pense que l’on retrouve ici plusieurs artistes s’inspirant des archétypes, des mythes, des contes, et qui proposent des parallèles intéressants. De mon côté, je tente de me rapprocher des histoires d’anciens Dieux. Je prends l’exemple d’un Roi, jamais satisfait et toujours excédé par les limites, les règles. Il décide un jour de couper les bois des déesses sacrées des forêts. Pour se venger, elles décident de lui jeter un sort : il aura toujours faim, et peut importe ce qu’il ingurgite, il ne sera jamais rassasier. Il dévore alors tout ce qui passe sous sa main, et finit par s’auto-dévorer.

Cela rappelle le mythe de Tantale, qui veut s’approcher de l’eau pour satisfaire sa soif et qui la voit toujours se dérober sous sa main.

Valérie Gavaud : Exactement. Je pense qu’on peut lier ces deux mythes aux tendances que l’on a, chacun de nous, à ne plus se satisfaire de ce qu’on nous propose, à ne jamais être repus. On veut toujours plus, de moins en moins de cadre et que ça aille de plus en plus vite. Mais parfois je me détache aussi de la société pour simplement retranscrire la peinture.

C’est donc d’abord l’oeuvre, dans sa création pure, et ensuite la prise de recul, pour interpréter l’oeuvre différemment ?

Valérie Gavaud : Tout à fait. En ce moment je travaille sur les traces du peintre Monsù Desiderio, au XVIe siècle, qui est en fait le pseudonyme de deux peintres français, François de Nomé et Didier Barra. Ils ont réalisé une peinture édifiante au moment des activités de l’Etna, en Italie. La mise en scène est forte : une architecture en ruine, des couleurs sombres, une atmosphère cataclysmique. J’ai donc voulu représenter leur parcours, en tant que peintres français, vers ce pays meurtris et vers l’accomplissement d’une oeuvre encore aujourd’hui énigmatique.

Pour aller plus loin…

Propos de Valérie Gavaud recueillis par Clara Passeron, le samedi 05 octobre 2019 au Palais de Bondy, 18 quai de Bondy Lyon 5e
Merci à la lauréate pour sa disponibilité.
© Pour le dire