Rencontre avec Régis Laope, à la Cité des Arts

Cité-des-Arts-Saint-Denis-la-réunion- (1)
Régis Laope, artiste, anime la Cité des Arts à Saint-Denis de la Réunion (974) en proposant un atelier ludique et complet. Ce lieu contemporain vie depuis février 2016 d’expositions d’artistes du monde, de représentations théâtrales et de médiations culturelles diverses. Rencontre avec cet homme, au détour d’une visite, qui relève les questions de la nécessité de l’art et de nos moyens d’action.
13940173_1193175297394147_859066543_o

 

Comment, selon vous, définiriez-vous la Cité des Arts ?

Je dirais que c’est un outil. J’aime bien l’idée car pour moi, les gens s’approprient un établissement. Ce sont des choses qui sont là pour nous aider à avancer, à s’améliorer, à évoluer. Donc l’outil définit bien cette institution.
Et d’où venez-vous ?
Ah, cette question ! Je m’appelle Régis Laope. Avec un e, que j’enlève pour spécifier ma griffe. Il y a plusieurs Laope mais quand on voit mes tableaux, c’est de moi dont il s’agit.
Comment êtes-vous arrivé jusqu’à cet atelier ?
Avec la Cité des Arts on a mis en place un projet, à savoir transmettre un savoir technique mais aussi transmettre aux gens l’envie d’accéder aux arts. Il y a également beaucoup d’artistes qui viennent dans mon atelier, ils se rencontrent, ils construisent leurs projets.
Certains artistes viennent-ils vous voir pour que vous leur apportiez des solutions ?
Oui, certains, et c’est ce que je trouve intéressant. On peut leur prêter main forte de plusieurs façon : avoir une pensé sur un mode de communication, sur comment exposer, ou mettre des titres sur des dessins. Des fois il y a des dessins qu’on ne dessine pas en fonction d’un titre. Tout ça se sont des réflexions, des messages. Il y a aussi la manière dont on peut concevoir son travail, le présenter aux gens, le faire apprécier.
Vous parlez du fait que tout le monde peut dessiner, tout le monde peut pratiquer l’art, comment en êtes-vous convaincu ?
J’en suis convaincu car pour moi l’art, c’est faire d’une certaine façon. Ça ne veut pas forcément dire avoir du talent : tu fais les choses selon ta façon à toi, comme il doit être fait. On dit souvent en plaisantant : « il faut faire les choses dans les règles de l’art ». Dans l’art, il y a des règles : on mélange le jaune avec le bleu et ça donne du vert, on trace des traits, on fait du pointillisme.
Donc les règles sont vraisemblablement les mêmes pour chaque style ?
Ce ne sont pas les mêmes règles, c’est-à dire qu’ils y a des règles qui se savent ou non, et qui s’utilisent ou non. Et on apprend à les utiliser à bon escient, en sachant pourquoi on les utilise. Un architecte travaille avec ses règles, sait que pour telle force utilisée il faudra consolider le tout. Et l’art c’est pareil.
Ces conseils sont en majorité destinés à des personnes qui ont déjà une approche de l’art, mais pour les personnes qui viennent vous voir et sont novices, comment arrivez-vous à créer ce lien ?
On leur montre comment utiliser le pinceau, comment mélanger la peinture, tenir sa feuille. Ce sont les fondamentaux. Et après, on évolue. Quand on connait les couleurs primaires, on passe aux secondaires. Quand on connaît toute les couleurs, on parle du chaud et du froid. Ensuite on parle de chromatique. Au fur et à mesure qu’il y a la connaissance, on passe à un autre niveau.
On parle beaucoup d’art thérapie en ce moment, vous retrouvez-vous dans cette pratique ? 
C’est un mot comme ça, que tout le monde cite en ce moment, qui peut même parfois faire peur. Mais c’est comme faire du jardinage, c’est une activité qui apaise. J’aime l’idée de transmettre aux gens de l’apaisement, et pouvoir leur permettre de mettre en exergue certaines choses. L’art c’est une solution, que je pratique depuis 2001. Le plus important est de faire les choses en phase avec soi-même et d’être bien à la fin.
Donc finalement que le rendu soit beau ou pas, l’art c’est avant tout exécuter pour créer, et se libérer ?
Le beau est totalement subjectif. Les tableaux de Picasso valent des millions d’euros mais ne sont pas forcément beaux. Ils ont été faits par Picasso, et c’est ce qui reste aujourd’hui. On y interprète ce que l’on veut, de la recherche ou bien du talent. Ce qui compte c’est ce que notre travail nous renvoie comme émotion : en le faisant, et après, quand on le regarde. L’atelier propose donc de s’approprier l’art et de le parler tous ensemble.