Rencontre avec Claire Days, une Cat Power à la française

Claire Days est une jeune chanteuse française. Après avoir enregistré son EP à Paris, entre avril et septembre 2017, elle décide de quitter le bruit et l’effervescence de la capitale pour poser ses valises à Lyon, où elle vit depuis deux ans. Depuis, les collaborations artistiques fructifient. On a pu l’entendre jouer cette année au Jazz à Vienne et au festival Woodstower. L’un pour écouter posément, l’autre pour festoyer. Peut-être ses deux personnalités ? Rencontre. 

Claire Days au festival Jazz à Vienne, juillet 2019 © Pascale Canard

J’ai découvert ton univers à travers quelques articles qu’on peut lire de toi sur la toile, mais j’aimerais connaître tes propres mots pour décrire ta musique ?

Claire Days : C’est un peu difficile de décrire mon style de musique. Quand quelqu’un chante et joue de la guitare, on dit souvent que c’est de la folk. Mais je suis pas totalement d’accord avec ça : je pense qu’on peut y trouver des influences soul, de jazz, du R’nb, un peu de rock et un peu d’indé. J’ai du mal avec ce qui est très calibré, aussi. J’essaye de m’éloigner de l’écriture « un couplet – un refrain – un couplet« . Quand j’écris, je ne réfléchis pas vraiment à ce qui va plaire ni à ce qui est à la mode, donc je dirais que cela s’approche plus de la musique indé.

Tu as décidé d’utiliser la langue anglaise pour écrire ta musique. Etait-ce un choix ou étaient-ce en raison de tes influences ou d’une envie d’écrire de manière universelle ? 

Claire Days : Ce n’était pas un choix premier d’écrire en anglais. Quand j’étais petite, vers 8-9 ans, j’ai commencé à me passionner pour des artistes qui chantaient en anglais. Mais à l’époque, ni ma famille ni moi ne parlions anglais. Je me suis donc munie d’un dictionnaire et ai commencé à apprendre, de mon côté. Pour moi, c’était la langue des artistes que j’aimais, qui me touchaient. Naturellement, j’ai écris dans cette langue, dès l’âge de 10-11 ans. Je disais surement des choses très bateaux et grammaticalement pas très correctes (Rires). Et cela s’est répercuté sur mes études, car je suis traductrice dans la vie, en dehors de la musique.

As-tu déjà essayé d’écrire en français, pour te tester sur un autre type de musique, de sonorités ?

Claire Days : J’ai essayé quelques fois, surtout parce qu’on me faisait souvent cette réflexion. Mais je ne pense pas être prête à écrire en français, ce n’est pas ma langue d’expression pour la musique. 

Je voulais revenir sur ton parcours, tu étais à Jazz à Vienne sur cette édition 2019, et je te rencontre au Woodstower un peu plus tard dans l’été. Est-ce que ces dates sont le fruit de beaucoup d’années de travail qui se voient récompensées cette année, ou est-ce que cela s’est fait progressivement, à partir d’un déclenchement, personnel ou professionnel ?

Claire Days : Il y a eu une année charnière, il n’y a pas si longtemps que ça : en 2017. J’étais à Paris, je sortais d’une école supérieure. J’étais traductrice auto-entrepreneur depuis 2016 et j’ai eu un gros questionnement sur ma vie, ajouté à une grosse rupture sentimentale. Je me suis rendue compte que j’allais être malheureuse si je reniais la musique, qui fait partie de mon quotidien depuis l’âge de 5-6 ans. Peu de personnes savaient que je pratiquais, je le montrais à très peu de monde. C’était un peu mon secret. Mais c’était ce qui me maintenait en vie, j’ai un rapport très profond avec la musique. 2017 a également été l’année d’une très belle rencontre, celle de Karim Attoumane. 

Qu’est-ce qui a découlé de cette rencontre ?

Claire Days : J’ai commencé à enregistrer avec lui, pendant 6 mois. Il me dit : « Bon Claire, avec tout ça tu peux sortir un EP« . J’étais en train de déménager de Paris à Lyon et j’ai décidé de rejoindre Le Labo, qui est rattaché au CRR de Lyon. Puis j’ai sorti cet EP et ai contacté plusieurs webzines lyonnais. J’ai eu trois-quatre articles qui m’ont permis de rencontrer des musiciens. 

La scène a donc commencé, et t’as permis de te montrer et montrer ton art ?

Claire Days : J’ai dû commencer, oui ! Et certains m’ont donné envie de quoi croire en moi, alors que je n’y croyais pas vraiment. J’ai rencontré Benoît du label Archipel qui m’a proposé de les rejoindre. Avoir des retours de professionnels était vraiment plaisant.

Aujourd’hui, tu oscilles entre Claire la musicienne et Claire la traductrice ?

Claire Days : Oui, je suis free-lance depuis 3 ans donc la traduction reste mon métier principal. J’ai réussi plusieurs étapes du concours musical Ninkasi Musik Lab à Lyon cette année qui m’a fait un peu plus connaître auprès du public lyonnais. Mais je ne peux pas dire encore que j’en vis, peut-être plus tard !

Extrait du clip Call it a day, sortie prévue le 23 septembre © Calvin Lutherer

Ton entrée sur la scène lyonnaise est donc parti d’une idée un peu folle et surtout courageuse, de quitter ta ville et ta chambre pour te montrer. Se lancer dans une passion comme cela n’est pas toujours simple, les gens préfèrent généralement garder leurs projets artistiques comme exutoire personnel, ce que tu as fait pendant longtemps, en se disant que cet art restera un pan annexe de leur vie active. A quel moment on se dit qu’on va collaborer avec des personnes, quand on a toujours été seul ?

Claire Days : Au début, j’aimais être seule dans mes projets. Mais je savais que ce fameux Karim, un ami d’ami, enregistrait des musiques. Je lui envoie deux maquettes, Independant Mind et The Bright Side, et lui me propose de me montrer comment enregistrer. On commence avec Independant Mind, puis une autre. Et au bout de quelques mois, encore une autre. On a finalement créé un patchwork de plusieurs morceaux, à l’époque très importants pour moi. La collaboration est donc née simplement. 

Un clip est d’ailleurs en cours de création ?

Claire Days : Tout à fait, le clip de Call it a day. Le clip a été réalisé avec un photographe réalisateur, qui vit à Paris, Calvin Lutherer. Les clips sont aussi pensés avec Karim, comme celui de Jeans et Tightrope Walking. Karim a également fait les photographies et le graphisme du premier EP. L’étape de création est simple avec lui : on part d’une envie et ensuite on fonctionne à la débrouille. Le plus important est de faire, même quand on est pas prêt, on crée. Quitte à revenir dessus dans deux ans et se dire « Ah ce n’est pas ce que je ferais aujourd’hui« , au moins il y a eu un début. J’aime aussi, depuis peu, impliquer des proches sur ce projet, notamment une amie en école de cinéma. Finalement, ce projet qui est né dans un espace très fermé, dans un cercle de moi à moi, s’est étendu et c’est pour le mieux. Le tournage est prévu pour dans deux semaines et le clip sortira fin octobre !

Comment projettes-tu ta musique dans le quotidien des personnes qui l’écoute ?

Claire Days : Au quotidien, il y a énormément de moments où on est seul. Il faut arrêter de croire que la musique n’est fait que pour danser ! Il faut pouvoir créer de la musique qui fait du bien quand on se retrouve face à soi même. J’aime la musique qui fait danser mais j’aime aussi celle qui te permet de faire une pause. Et on en a tous besoin.


Merci à Claire Days pour cet échange et son accessibilité.
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