Rencontre avec l’artiste Lino Di Vinci au 59 Rivoli

Le 59 Rivoli est un immeuble atypique regroupant une trentaine d’artistes, sur quatre étages. Situé à Paris, au 59 rue de Rivoli, le lieu est baigné d’histoires et d’empreintes artistiques. Bâtiment désaffecté puis squatté durant plusieurs années, il a su conserver de nombreuses traces de ces passages. Aujourd’hui encore, des artistes résidents s’y trouvent et nous racontent le passé de ce curieux établissement. Conservant l’harmonie d’une ambiance chaleureuse et des valeurs urbaines, le 59 Rivoli ouvre ses portes gratuitement au public. Il permet donc aux visiteurs de rencontrer, échanger, parfaire leurs connaissances avec les artistes qui pratiquent sur place.
Rencontre avec Lino Di Vinci, qui propose un art plastique mêlant plusieurs outils et techniques : peinture, aérographe, pastels.

Comment cela s’organise, de travailler au 59 Rivoli ?
Le 59 Rivoli est avant tout un espace pour travailler, une vitrine ouverte au monde. Je peux montrer mon art, échanger avec les visiteurs… Cela permet de lier les deux bouts de l’artiste : créer et faire vivre ses oeuvres. On organise également des expositions et des événements, entre artistes temporaires et artistes permanents.

Le 59 Rivoli, espace de créations artistiques à Paris
Un immeuble entièrement dédié à l’art, même dans la cage d’escalier

Vos œuvres dégagent de fortes émotions et, parmi elles, une semble ressortir : une curieuse impression de chaleur et de lumière qui émanerait de vos tableaux. Comment travaillez-vous ce rendu ?
J’utilise un aérographe, une sorte de pistolet qui créait des jets de peintures sur la toile. Après avoir dessiné les traits, au pastel généralement, j’ajoute de la peinture aquarelle et de l’encre en spray. Cela créé un contraste entre les traits, francs et décidés, et l’aquarelle qui déborde et apporte de la lumière. Avec le spray et la peinture blanche, on peut arriver à une impression de néon lumineux, qui s’accentue à la lumière artificielle.

L’oeuvre vers laquelle vous vous tenez est sans doute la plus emblématique de votre travail. On y voit une femme, qui semble pleurer et être en extase à la fois. Pouvez-vous parler de cette oeuvre ?
Cette oeuvre s’appelle « Les Larmes de Vénus” . Les larmes qui coulent de son visage deviennent comme des cellules, qui vont être créatrices et construire l’univers. Cela signifie que le négatif devient positif par la création. Comme la femme qui accouche : c’est douloureux et à la fois magnifique, car la vie vient après. C’est une forme de naissance.

artiste lino di vinci 59 rivoli paris
L’artiste Lino Di Vinci expose au 59 Rivoli, lieu alternatif d’art et de rencontres à Paris.

C’est également le but du projet : lorsque l’on fait un tableau c’est une sorte de naissance, l’artiste passe par un stade de douleur pour accoucher de quelque chose.
C’est vrai ! Le début de la création est souvent compliqué pour l’artiste. Je dois partir d’un état peu tranquille et ensuite l’oeuvre nous parle, nous prend au tripes. On entre dans son univers, elle nous attrape et nous apaise un peu.

Allez-vous parfois dans des directions contraires à votre envie initiale ?
J’ai le début bien en tête : je dessine une personne au trait, à l’encre ou au pastel, assez énergiquement. Puis, elle me propose quelque chose et m’inspire. Cela peut donc prendre du temps, selon « l’échange » spirituel qui se créé avec l’oeuvre. J’ai mis deux semaines pour créer ce tableau que vous voyez.

Le prix que vous donnez à vos oeuvres dépend-il de votre attachement à l’oeuvre ou du temps passé à la produire ?
Je vends l’oeuvre de manière très pragmatique et mathématique : au mètre carré ! J’estime que le mètre carré vaut tant, et donc le prix dépendra de la taille de l’oeuvre, si cela est un quart du mètre carré ou deux mètres carrés. Cela permet aussi de créer une cohérence dans la vente des oeuvres. Par exemple, pour la même dimension et la même structure, si je vous dit que ce tableau est à 3.000 € et celui-là à 300 €, vous aurez-donc tendance à vous dire que celui à 300 est vilain et l’autre est beau. Cela évite de devenir fou à se torturer l’esprit pour donner un prix à son art.

Gardez vous des oeuvres pour vous ?
J’en ai gardé cinq, qui sont chez moi, en Italie. Mais ici au 59 Rivoli je peux créer pour partager. C’est aussi le but de l’artiste : faire vivre ses oeuvres à travers d’autres personnes, et qu’elles voyagent dans le monde. Je n’ai pas d’enfants donc on peut dire que mes oeuvres deviennent mes fils et mes filles, et vont de partout, ce qui me rend heureux.


Propos recueillis par Clara Passeron au 59 Rivoli, 59 rue de Rivoli, Paris 1er
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