The Pajama Game, la Comédie Musicale de Jean Lacornerie et Gérard Lecointe

Jean Lacornerie et Gérard Lecointe s’accordent avec le chorégraphe Raphaël Cottin pour créer The Pajama Game, grand classique de Broadway. Une usine de pyjama est en pleine crise : ses ouvrières clament une augmentation de salaire de 7 cents 1/2, sans quoi elles feront grève. Un nouveau directeur, Mr Hasler, charmant et sûr de lui, arrive dans la ville, au fin fond de l’Iowa, et tente de trouver sa place. Devenir patron, changer d’air, et, peut-être, rencontrer l’amour. Pour le moment, ce n’est pas gagné. Mais un regard avec Babe, syndicaliste à la tête du mouvement, va peut-être déboussoler ses convictions. 

The Pajama Game sur les planches du Théâtre de la Croix-Rousse

Toute comédie musicale a son combat

Symbole de l’ouvrière du combat, Babe va donc rapidement prendre le pouvoir de la révolution. Ces 7 cents 1/2, ce ne sont pas seulement une lubie : c’est un symbole. Leur travail est fatiguant, répétitif, et les délais de production cadencés à la minute. On assemble, on tend, on coud, on recommence. Babe est donc un savant mélange entre la sympathie du personnage de Rita dans We Want Sex Equality, de Nigel Cole (2010) et la rage d’entreprendre d’Angie dans It’s a Free World! de Ken Loach (2008). Mais des films sur la classe ouvrière, il y en a des milliers. Alors, sous un regard artistique à six yeux, The Pajama Game prend une forme inédite. Une comédie musicale volontairement mièvre, où l’histoire d’amour est franchement facile, pour ironiser un contexte socio-économique peu éclatant. Jean Lacornerie prend donc le contre-pied en choisissant un décor à la Lalaland de Damien Chazelle, où les personnages sont affublés de couleurs vives jusqu’aux chaussures cirées, et où les sourires hollywoodiens cachent de profonds vices. Dans cette usine où tout paraît si beau, on côtoie l’adultère, le machisme, la jalousie maladive, les problèmes d’ego, les petits secrets. On en vient même à croire que si c’est chanté, ces maux s’amoindriront. Que nenni. Ici plane aussi le vent de West Side Story. 

Babe (Dalia Constantin)

The Pajama Game : une comédie musicale sucrée mais assumée

Jean Lacornerie ne s’encombre pas d’une trame scénaristique ficelée et complexe. Cela donne de quoi partager son public : les uns s’accrochent à cette romance fil rouge et aux déboires des ouvrières, et les autres peinent à voir le scénario entre ces chorégraphies. Une critique schizophrénique se construit entre l’entertainment et le fond du propos. L’équilibre chanson-dialogue est également difficile à trouver. The Pajama Game ne laisse aucun temps mort, comme pour tuer l’ennui ou mettre les poussières sous le tapis. Sur-chanter, sur-danser, sur-jouer : c’est un pari osé car il faut, pour que cela prenne, s’armer de sa meilleure troupe. Dalia Constantin (Babe), Marianne Devos (Brenda), Chloé Horry (Mabel), et les autres, réussissent parfaitement à concilier douceur de l’emballage et crédibilité du jeu. Métaphores et ironies planent donc au-dessus de la pièce. « Oui, c’est cul-cul, je sais » nous dira un personnage. Faute avouée, à moitié pardonnée ? 

The Pajama Game réunit donc tous les bons critères d’une comédie musicale : un combat, une histoire d’amour, des conflits sociaux, et de la bonne musique. L’Orchestre dirigé par Gérard Lecointe se fait et se défait. Des musiciens permanents ponctuent les dialogues et les comédiens prennent aussi le relais. Babe au saxophone, Mr Hasler à la clarinette, Brenda au violon, on a même, parfois, quelques airs d’accordéon. Cet air de musique entêtant, que l’on se plaît à siffloter après le pièce, signe la réussite du bien dans cet équilibre tangent. 

Joué à l’Opéra de Lyon puis au Théâtre de la Croix-Rousse en décembre 2019, The Pajama Game partira en tournée au printemps 2020. Affaire à suivre.

D’autres critiques de pièces au Théâtre de la Croix-Rousse : L’Absence de guerre, Le Misanthrope (saison 2018-19).


The Pajama Game, direction musicale Gérard Lecointe, mise en scène Jean Lacornerie et Raphael Cottin
Décembre 2019
© Pour le dire